Le don de l’auteur berlinois Mikael Ross pour évoquer l’enfance et la différence avec une intelligence sensible s’exprime à nouveau dans Apprendre à tomber, son dernier album chez Sarbacane.

Aux côtés de Nicolas Wouters, Mikael Ross a signé Les Pieds dans le béton, où des amis d’enfance affrontent la distance qui les sépare de leur adolescence, puis Totem, l’aventure sauvage et onirique d’un jeune scout face à lui-même et à ses semblables. Apprendre à tomber est donc son premier album en solo (mis à part Herrengedeck, auto-édité en 2008). On retrouve chez l’auteur les mêmes thématiques et surtout le même génie pour se concentrer sur des personnages enfantins sans jamais infantiliser ses histoires. On y suit Noël, jeune garçon dont le quotidien est bouleversé lorsqu’il se retrouve loin de sa mère, placé en foyer avec d’autres enfants « comme lui » atteints de troubles du comportement. Formidablement attachant, il va bientôt multiplier les rencontres et s’interroger sur l’amitié, l’amour, la vie… avec son regard bien à lui sur le monde, inattendu mais souvent juste et touchant.

On ne découvre qu’en annexe de l’album la nature exacte du cadre dans lequel évolue Noël et ses amis. Le méconnaître n’enlève rien à l’intérêt de l’album et permet même de le lire avec un autre regard ; nous n’en dirons donc pas plus. L’essentiel est de savoir qu’Apprendre à tomber est la preuve que l’on peut être captivé par une histoire dénuée de tout aspect rocambolesque, qu’on peut être ému tout du long sans grands élans de pathos. Tout est distillé avec subtilité, à l’image du superbe travail sur les couleurs de Mikael Ross, ces dernières habillant chaque saison mais aussi chaque atmosphère en fonction des émotions de Noël, paisible, intrigué ou bouleversé par sa nouvelle vie. Bref, une réussite totale pour l’auteur berlinois, qui a désormais au compteur trois albums irréprochables où l’enfance est la plus grande et souvent la plus étrange des aventures.