« J’enrage du rythme de dingue, de me sentir écartelée entre le taf, la vie de famille, l’amour avec mon homme, la difficulté d’être maman et maîtresse dans le même espace-temps, le perpétuel manque de fric, la nécessité de la création. Tout ce business est le fruit de mes choix de vie, mais bon dieu, y’a des moments, je te jure, où l’amertume pourrait m’attraper dans sa main glacée. »

L’histoire de l’héroïne commence en Lorraine. Ses parents, descendants d’immigrés polonais et italiens, sont ouvriers, en lutte comme des milliers d’autres dans cette région où l’industrie sidérurgique portée par Usinor- Sacilor finit de s’écrouler. Une casse humaine dont la famille réchappe en quittant la région, en changeant de vie. Aujourd’hui, elle a 40 ans et une liberté revendiquée. Comme une « grande » et comme tant de femmes d’aujourd’hui, elle élève son fils, pilotant « seule, vaille que vaille, un rafiot conçu à deux ».

Ce road-movie urbain (plus ou moins autobiographique) ponctué de souvenirs d’enfance (du côté de Longwy), bourré d’humour et plein de vie est servi par une langue « fleurie » et savoureuse.

C’est le premier roman d’ Élisa Fourniret, 45 ans. Responsable de la Maison des Auteurs – SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques), à Paris, elle confie avoir exercé deux-trois métiers de qualité. De femme de ménage à vendeuse de sacs à main, d’opératrice de plateforme téléphonique géante à animatrice des centres de loisirs des Sapins Bleus, de France et de Navarre, et même de Wallonie. « Fallait bien s’essayer à la vraie vie, au sortir de l’université Sorbonne Nouvelle (Paris III), un mémoire sur Pier Paolo Pasolini en poche », souligne-t-elle.