(© Vianney Huguenot)
La crise et la morosité ambiante n’ont pas éteint son impeccable sourire communicatif. Sourire, c’est l’un de ses remèdes, de ses credos. Jean-Pierre George croit surtout à la confiance, à l’innovation, au partage d’expériences, à la fin des vieux schémas, des postures en forme de scléroses. Rencontre avec un militant de l’entreprise, vivant à Mondelange (57), président d’Entreprendre et Vivre en Lorraine Nord (ELN) et défenseur d’une troisième voie, entre « un hyper libéralisme violent et un keynésianisme à bout de souffle ». 

D’emblée, il impose la nuance : « Je n’ai pas trois enfants, je suis père de trois enfants ». Une façon de souligner, sinon l’indépendance de sa descendance, tout au moins son libre-arbitre, et le respect qu’il a pour les choix que ses enfants font et feront. Il n’est pas détenteur d’un titre de propriété parentale : « Je fais très attention aux questions d’aliénation de l’individu, même en famille ». Un trait de caractère peut-être tiré d’une enfance et d’une jeunesse vosgiennes faites de mélanges et d’équilibres. Un trio de valeurs a bercé ces années-là, au Ban de Sapt, où ses parents étaient exploitants agricoles : « D’abord une tradition familiale bien ancrée, avec une tendance clairement gaulliste. Là-bas, l’affiche de Pompidou que mon père avait posée sur la porte est restée dans les mémoires. Parmi les valeurs qui m’ont été inculquées, il y aussi le respect : le double respect, celui du curé et celui de l’instituteur ». Jean-Pierre George (« le George est au singulier », précise-t-il aussi. Le Jean-Pierre n’est pas commun non plus) tire une illustration de sa mémoire d’enfance « On oublie trop souvent les sentiments que procurent à un chef d’entreprise la création, le développement et la vie de son entreprise »: « Quand j’étais gamin, je faisais du théâtre, j’adorais imiter Claude Vanony, notamment rejouer son sketch sur la pilule, mais j’avais toujours peur que le curé arrive dans la salle à ce moment-là ». Puis il tire une conclusion simple : « J’ai des bases solides ». Lesquelles l’ont amené à ne jamais mépriser ni ignorer ce et ceux qui l’entourent, à se mêler de la vie sociale, à sa manière. Professionnellement, il est responsable de la mission Ancrage territorial au sein du groupe EDF, sur la région Grand Est. Il est aussi un militant actif de l’entreprise, citoyen-entrepreneur, croyant dur comme fer en une action économique efficace menée par les réseaux, la transversalité, le dialogue, le partage d’expériences et le pragmatisme. « Les faits sont têtus », la phrase de Lénine révisée plus tard par Jacques Delors à d’autres fins (« les faits sont les faits »), Jean-Pierre George pourrait la faire sienne. Il est de ces acteurs économiques prudents par rapport à la classe politique : « Nous ne travaillons pas contre les politiques, mais nous travaillons différemment, en complémentarité et nous croyons à la force des réseaux ». Il est aussi de ceux qui croient aux créateurs de richesses : « Comme les artistes sont des créateurs d’émotions, les chefs d’entreprise sont des créateurs de richesses. Et s’il n’y a pas de richesses, il n’y a pas d’emplois, et il n’y a pas le reste. L’important, ce n’est pas ce qu’on représente, ni qui on représente. L’important, c’est le message qu’on transmet ». « On peut avoir des idées différentes et se retrouver sur l’innovation, la recherche, la formation, les actions de mutualisation »Le message et la parfaite connaissance des faits et des enjeux : « les politiques sont trop souvent loin des réalités ». C’est dans cet état d’esprit, dénué de toute forme de sectarisme, immergé de longue date dans une culture du pragmatisme, qu’il préside ELN depuis quatre mois. Entreprendre et Vivre en Lorraine est « une association de chefs d’entreprise pour les chefs d’entreprise et au service du développement économique et de l’emploi ». Peu d’institutionnels dans ses rangs, et aucun politique. Le groupe se veut concret, transversal… et même sentimental : « On oublie trop souvent les sentiments que procurent à un chef d’entreprise la création, le développement et la vie de son entreprise ». Fondée en 1995 dans les bureaux du sidérurgiste Sollac et fort aujourd’hui de 140 membres, ELN poursuit plusieurs objectifs : additionner les réseaux et les compétences, mutualiser les informations et les organisations, favoriser les prises de contact, notamment dans le cadre d’une transmission d’entreprise, aider à l’évolution de la vocation « export » de ses entrepreneurs, développer des actions de formation, ainsi que des opérations d’événementiel. La plus réputée étant le Salon à l’Envers, où les acheteurs vont à la rencontre des vendeurs. Globalement, peu de bla-bla dans l’association, simplement du contact, de l’idée et de l’action. « Il faut partager nos expériences et nos valeurs. On peut avoir des idées différentes et se retrouver sur l’innovation, la recherche, la formation, les actions de mutualisation ». Partager aussi les espérances, voire les doutes. Jean-Pierre George oscille entre optimisme et pessimisme, à moins que ce ne soit cet hyper-réalisme qui l’y conduit encore : « Je suis marqué par l’ambiance du moment. Les gens votent contre, rarement pour quelque chose. Je crois qu’ils ont la mémoire courte… Aujourd’hui, il nous faut trouver une troisième voie, entre un hyper-libéralisme violent et un keynésianisme à bout de souffle ». Cette voie qu’on atteint sans doute en prenant le chemin vers une culture du compromis, souvent étrangère à la culture française. « Comme disait Coluche, rappelle JPG en souriant, compromis, chose due ! » 

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AMBASSADEUR DU FC METZ

Le lobbyisme du réseau Entreprendre en Lorraine Nord est totalement assumé : « Oui, nous menons aussi une action de lobby. Il y a la force des lois et il y a la force des choses ». Toujours sa fidélité à la réalité des faits, qu’ils soient encourageants ou pas. « Il y a de quoi être préoccupé, par exemple par les jeunes qui s’en vont et ne reviennent pas forcément, pas tout de suite. Mais il y aussi plein de choses qui font briller les yeux ici, des grands succès, des industries performantes ». Il milite pour une citoyenneté de l’entreprise qui permettrait de modifier le regard des Français sur les entrepreneurs. Dans un même état d’esprit – relier, connecter, « réseauter » – il préside le Conseil de Développement de la Communauté d’Agglomération Thionville-Portes de France, une sorte de Conseil Économique et Social à l’échelle d’un regroupement de communes, un partenaire de l’assemblée des élus, un groupe consultatif composé d’experts et de « forces vives du territoire ». L’union fait la force, c’est avec cette même idée qu’il préside aussi le Club des Ambassadeurs du FC Metz. L’ambassade du foot mosellan est composée de responsables économiques et associatifs chargés de rapprocher le club de nouveaux partenaires et d’aider à développer l’image du foot couleur grenat, dont l’image de Metz et du département dépend en partie : « Le FC Metz est emblématique de tout le territoire. » Comme pour l’image des entreprises, des institutions ou des régions, il juge que le meilleur carburant est le mélange : « Ce que j’aime dans le foot, c’est ce mélange, il n’y a pas de classe sociale, pas de niveaux hiérarchiques. Et j’aime l’ambiance d’un stade ». Et l’idée qu’on atteint mieux son but en tirant tous dans la même direction.