Comme le laisse entendre son sous-titre, Vivre libre est « Le testament spirituel d’un écrivain ». Henry de Monfreid y évoque ses amis, sa vie, ses… ennuis. Aux éditions Grasset.

Henry de Monfreid (1879-1974) quitte la France à trente-deux ans, lorsque l’appel de la mer le jette définitivement dans l’aventure. Il part alors sillonner la Mer Rouge sur son boutre, tour à tour marchand de perles, trafiquant d’armes et de haschich, parfois espion, souvent hors-la-loi. Henry de Monfreid, c’est l’écrivain aventurier, l’écrivain-corsaire tant sa vie est hors-norme. « Je préfère la jungle africaine à la jungle parisienne », écrit-il. Ce livre est un puzzle reconstitué à partir de ses archives. À travers une interview, un questionnaire (de Proust) et de multiples textes inédits comme des articles parus il y a très longtemps dans des revues oubliées et des lettres à sa femme Armgart Freudenfeld (qui est née à Metz en 1887), il nous parle de lui et de la vie vraie. Celle qui ne s’encombre pas de conventions. La vie sans « gras ». Il nous donne envie de vivre libre, y compris jusqu’à Dieu. Il évoque également ses amis, parmi lesquels Pierre Teilhard de Chardin, l’abbé Breuil, le « pape de la Préhistoire » ou bien encore le journaliste-écrivain Joseph Kessel, le « Lion » qui l’a encouragé à écrire. Henry de Monfreid les raconte même dans leurs dos, avec leurs qualités et leurs défauts. Parole sans frein, il nous fait entrer dans son intimité, à l’aide de séquences de vie sans collier, pour mieux ensuite nous emporter au cœur de sa contrebande. Et là, on vit avec lui quelques moments puissants, dangereux, voire périlleux… On ne rigole pas avec les trafiquants. Mais Henry de Monfreid est tout autant poète. Et dans la plus pure tradition des conteurs du soir, en une demi-douzaine de nouvelles, il nous emmène en mer Rouge, vivre ce qu’il avait toujours eu envie de contempler. Loin du troupeau…