Depuis 1915, on n’en finit plus de redécouvrir l’œuvre de Georges de La Tour. Pour fêter le centenaire de sa découverte, le Conseil Départemental de la Moselle propose une nouvelle exposition Georges de La Tour : retour à la Lumière qui révèle deux chefs-d’œuvre du peintre lorrain : Le Nouveau né et Le Reniement de saint Pierre. À voir au musée Georges de La Tour de Vic-sur-Seille du 20 juin au 20 septembre.
Georges-de-La-Tour,-Le-Nouveau-né,Huile-sur-toile,-Rennes-Musée-des-Beaux-arts©RMN-Grand-palais,-Louis-Deschamps

Georges-de-La-Tour, Le-Nouveau-né, Huile-sur-toile, Rennes-Musée-des-Beaux-arts (©RMN-Grand-palais,-Louis-Deschamps)

La vie de Georges de La Tour est un mystère. Il n’en reste que de maigres traces, des lettres de commande, des documents d’archives mais aucun objet personnel. Rien qui ne nous permette d’en apprendre sur sa formation de peintre, son parcours ou sa personnalité. Depuis le XIXème siècle, des historiens de l’art reconstituent son œuvre petit à petit, toile après toile. Avant de sombrer dans l’oubli après sa mort en 1652, Georges de La Tour était un peintre très célèbre. Né à Vic-sur-Seille en 1593, il épouse Diane Le Nerf en 1617 et s’installe à Lunéville où il travaille pour le duc de Lorraine. A-t-il fait le traditionnel voyage en Italie qui s’impose aux grands artistes depuis la Renaissance ? On ne le sait pas. En tout cas, il connaissait le Caravage. Le choix des scènes et des sujets, sa façon de les traiter et d’utiliser la lumière sont fortement inspirés de l’Italien. Dans les années 1630, la Guerre de Trente Ans ravage la Lorraine. On suppose qu’il a fait un séjour à Paris de 1638 à 1643 où il aurait glané le titre de « peintre ordinaire de Louis XIII ». De retour en Lorraine, il meurt subitement en 1652 d’une pleurésie selon son certificat de décès, d’une épidémie de peste qui a également emporté sa femme et son valet d’après certains historiens.

L’oubli si soudain du grand peintre est longtemps demeuré une énigme. Georges de La Tour n’a pas signé ses premières toiles. Un incendie à Lunéville a détruit de nombreux tableaux pendant que d’autres ont été attribués à d’autres peintres. À croire que le sort s’est acharné sur le peintre lorrain jusqu’à ce que Hermann Voss, un historien d’art Le Nouveau né de Rennes est considéré comme la « Joconde de Bretagne ».allemand, ne le sorte de l’anonymat en 1915 en lui attribuant Le Reniement de saint Pierre, conservé à Nantes ainsi que Le Nouveau né de Rennes, exposés cet été au musée de Vic-sur-Seille. Longtemps attribué à Godfried Schalken ou à l’un des frères Le Nain, Le Nouveau né est considéré comme la « Joconde de Bretagne ». Cette œuvre surprend par sa douceur, mais aussi par l’apparente absence de connotation religieuse. Le Reniement de saint-Pierre a probablement été offert au gouverneur de Lunéville, le Maréchal de la Ferté. Ce tableau est quasiment contemporain du Saint Jean-Baptiste dans le désert conservé à Vic-sur-Seille. Aujourd’hui, une quarantaine d’œuvres originales de La Tour sont identifiées, quelques-unes encore avec hésitation. Une quinzaine d’autres tableaux nous sont connus par le biais de fidèles copies anciennes. Les musées français possèdent 18 toiles du peintre. 

Musée départemental Georges de La Tour – Un site Moselle Passion
Place Jeanne d’Arc à Vic-sur-Seille
Exposition jusqu’au dimanche 20 septembre 2015
tous les jours sauf le lundi de 10h à 18h
Journées de rencontres autour de Georges de La Tour
les jeudi 17 et vendredi 18 septembre.
Tél : 03 87 78 05 30
www.mosellepassion.fr


L’ENQUÊTE

 

Georges-de-La-Tour,-Le-Reniement-de-saint-Pierre,-Huile-sur-toile,-ancienne-collection-Cacault-(©Ville-de-Nantes-Musée-des-beaux-arts,-C.Clos)

Georges de La Tour, Le Reniement de saint Pierre, Huile-sur-toile, ancienne-collection-Cacault-(©Ville-de-Nantes-Musée-des-beaux-arts,-C.Clos)

Dans sa Bibliothèque lorraine ou Histoire des Hommes illustres de Lorraine publié en 1751, Dom Calmet relate une anecdote fameuse qui prétend que, lors d’une visite en Lorraine, Louis XIII avait reçu un tableau de La Tour représentant un « saint-Sébastien dans une nuit ». Le tableau était si beau que le roi fit décrocher toutes les œuvres présentes dans sa chambre pour ne garder que lui. Calmet pensait que le peintre s’appelait en réalité Claude du Mesnil La Tour. Dans les années 1870, l’architecte et archiviste lunévillois Alexandre Joly reprend cette hypothèse et effectue une recherche dans les documents anciens de Lunéville et de Nancy.

À l’autre bout de la France, Olivier Merson, conservateur du musée de Nantes, fait en 1883 une découverte importante. Après avoir fait restaurer un Reniement de saint Pierre et un Ange apparaissant à saint Joseph, il met au jour la signature « G. de La Tour ». Il publie dans L’Inventaire général des Provinces un appel aux chercheurs afin de collecter des renseignements sur cet artiste inconnu. Cette publication servira de point de départ à Hermann Voss.