Sur Prime Video Saison 1

On s’en était toujours douté, et le FIFA Gate nous l’a prouvé dernièrement : derrière le grand spectacle qu’offrent les matchs de football aujourd’hui se cachent des activités douteuses dignes d’organisations mafieuses. El Presidente réalisé par Pablo Larraín Matte s’attaque à l’univers du ballon rond et pose un regard noir et satirique sur ses hautes instances corrompues, loin des pelouses.

Nul besoin d’être un aficionado de football pour regarder et apprécier El Presidente : l’intrigue est si prenante qu’on en oublierait presque que ce n’est pas une pure fiction mais bien l’adaptation d’une histoire tout ce qu’il y a de plus réelle. Elle retrace le fameux FIFA Gate, scandale qui a éclaboussé la fédération et le monde du foot en 2015 : une enquête menée par le FBI a en effet incriminé, à Zurich, pas moins de quatorze personnes dont neuf employés de haut rang pour affaires de pot-de-vin, racket, blanchiment d’argent et autres fraudes. En cause notamment des possibles corruptions dans le but de manipuler les attributions des coupes du monde ou les droits de diffusion des matchs à la télévision. Le montant de ces malversations est tout de même estimé à 150 millions de dollars. Mais ne vous fiez pas au titre de la série : le président dont il est question n’est pas Sepp Blatter, patron de la FIFA au moment des faits, ni même Michel Platini, à la tête de l’UEFA en 2015. « El Presidente », c’est en fait Sergio Jadue, inconnu au bataillon pour qui n’est pas un fervent supporter de l’équipe nationale du Chili. À travers son ascension aussi inattendue que fulgurante, on découvre les tenants et les aboutissants de cette histoire véreuse au plus haut point. Jadue, c’est au départ un homme ventripotent un peu timide, à l’attitude empotée et à la calvitie prononcée. Dès le début cependant, on découvre un personnage qui n’hésite pas à magouiller pour l’Union La Calera, modeste équipe chilienne qu’il manage : en 2010, le club finit par monter en première Ce n’est pas une pure fiction mais bien l’adaptation d’une histoire tout ce qu’il y a de plus réelle.division du championnat du Chili. Fruit du hasard ou heureux concours de circonstances, l’homme de 31 ans à peine se retrouve propulsé du jour au lendemain à la tête d’ANFP (l’association nationale du football professionnel) du Chili puis vice-président de la Confédération sud-américaine de football (plus communément connue sous le nom de CONMEBOL). D’abord pantin à la botte de vieux magnats du business footballistique, le néophyte finit par se faire une place dans ce boys club aussi sélect que puissant. Il sera chapeauté par Julio Grondona, patron séculaire de la Fédération Argentine de Football, que d’aucun surnomme le « parrain » du football argentin. Entre 1979 et 2014, année de sa mort, ce dernier a transformé la FIFA en une véritable organisation mafieuse. Constamment traqué par le FBI, il ne sera finalement jamais inculpé. C’est donc non sans une once d’ironie que son personnage, interprété par Luis Margani, narre les péripéties rocambolesques et la chute brutale de Jadue et ses comparses. Dans la série, on le voit bien vivant, prodiguant à tour des bras des conseils souvent illicites au jeune homme. Aux côtés de Jadue, il y a aussi sa femme, Nené, qui brûle d’ambition : c’est elle qui pousse son mari vers les hautes sphères du football pour avoir droit, elle aussi, à sa part du gâteau. Si la série prend des airs de films de mafia dans lesquelles les mallettes de billets verts passent de main en main, le choix du casting n’y est pas pour rien : Jadue, d’abord, est joué par Andrés Parra, acteur colombien qui tenait le rôle principal dans la série Pablo Escobar, le patron du mal en 2012. Nené, ensuite, est campée par Paulina Gaitán : l’actrice mexicaine a interprété nulle autre que l’épouse de Pablo Escobar dans la série Narcos (2015). Si les manigances financières et les jeux de pouvoir dépeints dans El Presidente se prêtent parfaitement au genre du thriller, c’est finalement une série satirique et teintée d’humour noir que nous propose Armando Bo. Pas étonnant quand on sait que le showrunner a participé au scénario du caustique et cocasse Birdman, récompensé par l’Oscar du meilleur film en 2015.