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Giuseppe Garibaldi, un patronyme aux accents de révolte et aux sonorités ensoleillées transalpines. Un aventurier nostalgique qui a pris sa place dans un 19e siècle des Restaurations et des Révolutions mais aussi, surtout, des Nationalités. Une figure tutélaire presque légendaire pour tous les peuples en résistance ou en lutte pour leur indépendance. Au point de devenir l’incarnation et la fierté d’une nation en construction, l’Italie.

Les personnages d’épopées sont souvent hauts en couleurs et pourraient camper des héros de romans. Garibaldi correspond à cet archétype des hommes mythiques. Si souvent représenté avec sa chemise rouge sang et son chapeau de gaucho, il semble afficher crânement la couleur et une capacité à en découdre, quoi qu’il lui en coûte.

Du point de vue de l’imagerie populaire, il aurait pu être un de ces personnages d’Alphonse Daudet dont il était d’ailleurs le contemporain. L’aspect burlesque en moins, il y a du Tartarin de Tarascon dans cet homme-là, tant il tient de l’anti héros. Mais il y a aussi du Don Quichotte en lui, en quête permanente d’une cause à défendre, dans le respect de la légitimité des pouvoirs qui sauront faire usage de lui. De quoi alimenter de nombreuses polémiques sur son action politique et militaire. La destinée normale d’un homme inclassable.

Giuseppe Garibaldi, naît à Nice(1), un 4 juillet 1807. On ne pouvait rêver plus beaux symboles entremêlés. Ouvrir les yeux, jour pour jour, 31 ans après la naissance des États-Unis d’Amérique, en France, berceau des Lumières et mère des révolutions, sur la côte méditerranéenne, dans une ville du royaume de Sardaigne, devenue française au moment de la période révolutionnaire, ne peut qu’inciter à larguer les amarres d’une vie conventionnelle ! 

Au grand dam de ses parents qui rêvent d’un enfant avocat ou médecin, c’est l’appel du large qu’entend leur progéniture. Il faut de l’aventure et du mouvement au jeune Giuseppe. Il n’est pas fait pour la vie studieuse des purs esprits. La Rome antique que son précepteur, un grognard des campagnes napoléoniennes, lui fait découvrir, il veut la vivre, pas l’entendre narrée par d’autres que lui. Il décide donc d’embrasser une carrière maritime et s’engage à 15 ans à peine, comme mousse.

C’est en sillonnant les mers d’Europe qu’il fait sa propre éducation, dans le contact et l’écoute des autres, les yeux et la conscience grands ouverts sur de nouveaux horizons et des cultures différentes, l’esprit affamé. Au 19e siècle, les navires ne transportent pas que des denrées ou des marchandises, ils aident aussi à la circulation des idées. Sur le pont ou au gré de différentes escales, il découvre celles véhiculées par les adeptes de Saint-Simon et de son positivisme ou d’un certain Mazzini qui parle de république et d’unité nationale. Au gré de ces brassages propres à la vie de marin, naît, petit à petit, dans l’esprit de Garibaldi, l’embryon d’une conscience nationale. Voilà de quoi nourrir ses appétits de rédemption de la patrie.

Mais on ne passe pas aussi simplement que cela à un ordre nouveau. Garibaldi l’apprend très vite à ses dépens. Il participe au mouvement insurrectionnel mazzinien avorté de l’arsenal de Gênes. Il n’y gagnera qu’une condamnation à mort en tant qu’ennemi de l’État, ce qui l’oblige à s’exiler. Il embarque clandestinement pour le Brésil.

C’est pour lui le début d’un long périple aux relents d’aventures picaresques. Elles lui feront exercer différents métiers (dont celui de professeur, le comble pour quelqu’un qui avait été considéré naguère « plus ami des amusements que de l’étude »), connaître nombre de démêlés sentimentaux et découvrir les colonies d’Amérique du sud, engagées dans un processus d’indépendance.

Il s’illustre par des coups de force sur terre et sur mer, au Brésil mais surtout en Uruguay. Il se met au service des gouvernements insurrectionnels lorsqu’ils sont légitimes et se mue, peu à peu, en défenseur de la liberté des peuples en quête d’indépendance. Une expérience et une réputation qui vont lui être d’une grande utilité au moment des guerres d’indépendance italienne.

Car au mitan du siècle, les révoltes grondent un peu partout en Europe. Les peuples aspirent à la liberté. La myriade des États italiens n’y échappe pas. Bien que Républicain, Garibaldi sait que face à l’ennemi commun, nécessité fait loi. Et en 1848, l’ennemi c’est l’Autrichien. Il ne craint donc pas de mettre son expérience du combat et son énergie vitale au service du roi de Sardaigne, Charles-Albert. Il est nommé Général par le gouvernement provisoire de Milan et se bat jusqu’au bout, en dépit des appels du roi à cesser les combats.

Après l’unification du royaume, Garibaldi se retire à Caprera, en simple citoyen, après avoir refusé la moindre récompense.Mais il faut bien se résigner face à la réalité. Garibaldi se fait alors élire à l’Assemblée constituante de la République romaine, organisée autour du triumvirat de Carlo Armellini, Aurelio Saffi et Giuseppe Mazzini. Une expérience de courte durée qui creuse un peu plus le fossé avec Mazzini. La realpolitik de ce dernier ne lui convient décidément pas. Une fois de plus l’exil constitue sa seule porte de sortie. Il part pour Tunis, puis New-York, le Pérou, la Chine, Manille et enfin l’Australie. Il ne revient qu’en janvier 1853.

Désormais, on sait comment mieux l’utiliser. C’est surtout Cavour qui a compris comment il peut manœuvrer cet homme dont le courage et l’aura permettent de mener les volontaires au combat, mais dont le légitimisme et l’obéissance constituent une faille autant qu’une faiblesse. Il le nomme major-général, sous l’autorité de Cialdini et le charge de recruter 3 200 hommes qui intègreront le corps des chasseurs des Alpes.

En avril 1860, une insurrection éclate en Sicile qui est immédiatement écrasée par les troupes de François II. Garibaldi, redevenu républicain depuis l’abandon de Nice à la France, se précipite au secours des insurgés, à l’appel des mazziniens locaux avec une bande de volontaires, les Mille. Il y installe le mazzinien Crispi à la tête du gouvernement provisoire sicilien. Dans la foulée, il s’empare de Naples et s’apprête à y proclamer la République.

Cavour craint qu’une Italie coupée en deux empêche son rêve d’unification entre le nord et le sud du pays. Aussi sollicite-t-il et obtient-il l’appui diplomatique de Napoléon III contraignant Garibaldi à s’incliner sans combattre et à reconnaître Victor-Emmanuel II comme roi de d’Italie. Le rattachement de Naples, de la Sicile, de l’Ombrie et des Marches se fait par plébiscite. Le premier parlement italien se réunit à Turin le 18 février 1861 et proclame Victor-Emmanuel II roi d’Italie, tandis que l’unification du royaume est proclamée le 17 mars 1861.

Garibaldi se retire à Caprera, en simple citoyen, après avoir refusé la moindre récompense. On ne refait pas l’homme pour qui l’engagement ne peut être que désintéressé. Une ligne de conduite dont il ne dérogera pas jusqu’à la fin de sa vie, le 2 juin 1882, même pendant la troisième guerre d’indépendance qui marquera l’achèvement de l’unité italienne.

(1) Nice a, tour à tour, été rattachée au Royaume de Sardaigne, puis à la France (1793 à 1814), pour devenir piémontaise à partir de 1814, avant de redevenir définitivement française en 1860

LES CHEMISES ROUGES DE LA LEGIÓN ITALIANA

C’est assurément en fervent admirateur des légions romaines de l’Antiquité, qu’en avril 1843, Garibaldi constitue les fameuses Légions italiennes qui resteront à jamais cousues à sa légende. Initialement composées d’hommes inexpérimentés à l’art de la guerre, mais tous volontaires pour se battre, celles-ci vont devenir de plus en plus redoutables au fils des combats.

Constituée à la hâte, autour d’une grande majorité d’immigrés italiens installés à Montevideo, Garibaldi va donner à cette troupe tous les attributs d’une armée conventionnelle. Un drapeau, noir avec le Vésuve au centre. Mais surtout un uniforme, en l’occurrence une chemise rouge, qui était initialement destinée… aux ouvriers des abattoirs de Buenos Aires.

Le colonel Garibaldi en a réquisitionné un stock, autant pour des raisons purement économiques que pour un intérêt tactique, camoufler les taches de sang des légionnaires blessés au cours des affrontements.


FRANC-MAÇON AU 33e DEGRÉ

Giuseppe Garibaldi n’aura pas été que le « héros des deux mondes » en référence à ses campagnes militaires menées en Amérique du Sud et en Europe. Il aura aussi approché une autre dimension, celle de l’initiation maçonnique. Il entre en 1844 dans la loge « Asilo de la Virtud », à Montevideo en Uruguay, avant de rejoindre une loge du Grand Orient de France, Les amis de la patrie. Un parcours maçonnique riche qui le conduira à devenir, en 1862, le grand maître du suprême conseil écossais de Palerme. Titulaire du 33ème degré du rite écossais ancien accepté, il a occupé la plus haute charge de l’ordre, grand maître du Grand Orient d’Italie et s’est vu décerner le titre honorifique de Premier maçon d’Italie.


CAVOUR (1810-1861)

Cavour (©DR)Camillo Benso di Cavour est indissociable de l’histoire de l’unité italienne. Né dans une famille aristocratique du Piémont, ralliée à Napoléon 1er, il a des ascendances françaises par sa mère. Il parle couramment français et se prépare au métier des armes, mais il supporte mal la discipline militaire. Il démissionnera de sa fonction d’officier du génie, préférant de loin se consacrer à l’exploitation de ses domaines et voyager à travers l’Europe. Il entre en politique par le biais du journalisme en fondant le journal Il Risorgimento (la renaissance).

Député du centre droit, il est nommé président du Conseil en 1852, parce qu’il paraissait le seul représentant des monarchistes modérés capable d’étendre sa majorité vers les monarchistes libéraux et anticléricaux (centre droit). Il fera de l’unité italienne la grande œuvre de sa vie et contribuera ainsi, aux côtés de Victor-Emmanuel II, et des deux Giuseppe, Mazzini et Garibaldi à un des événements majeurs de l’histoire de l’Europe.