SORTIE LE 24 FÉVRIER 2016

The Revenant, le nouveau film du Mexicain Alejandro González Iñárritu, est une claque visuelle. Difficile de résister à cette fresque épique où Leonardo DiCaprio livre l’un de ses plus beaux rôles. On est happé par cette histoire de vengeance d’où émerge une formidable rage de vivre. Voilà un sérieux prétendant à l’Oscar du meilleur film. 

Et si Alejandro González Iñárritu se succédait à lui-même ? La question n’est pas incongrue au regard de sa dernière livraison, The Revenant. Si l’on devait s’en tenir au buzz créé sur YouTube par la bande annonce (près de 14 millions de vues), on attribuerait la statuette du meilleur film à ce western épique où la vie fait jeu égal avec la vengeance. Oui, il se pourrait bien qu’après Birdman, petit chef-d’œuvre de mise en scène, le Mexicain récidive dans cette catégorie prisée. Cette histoire basée sur des faits réels pourrait aussi permettre à son interprète principal, Leonardo DiCaprio, de mettre enfin la main sur la récompense suprême, après une performance tout simplement étourdissante.On le voit manger du foie de bison cru, ou aller se réchauffer dans la carcasse d’un cheval passé de vie à trépas après une chute vertigineuse. Le fait que l’acteur, qui trouve là un rôle à la mesure de son talent, n’ait jamais été oscarisé par le passé relève presque de l’anomalie. Les derniers Golden Globes, sorte de grande répétition avant le grand raout hollywoodien, ont en tout cas montré la voie, en lui décernant la palme pour un film dramatique. Chose certaine : cet homme-là est comme le bon vin, il se bonifie en vieillissant, et si l’on pensait avoir touché à la quintessence de son jeu sous la direction de Martin Scorcese, qui a su en tirer le meilleur, on franchit un palier supplémentaire avec ce Revenant épique, métaphysique par moment, qui détrône les précédents longs-métrages du réalisateur en terme de budget, du haut de ses 135 millions de dollars (à titre de comparaison, Birdman n’en a coûté que 18). Quant à DiCaprio, il s’agit, de son propre aveu, du film le plus difficile de sa carrière. Et il ne parle pas que du tournage laborieux, étalé sur 9 mois au lieu des 80 jours initialement prévus. Sans doute fait-il aussi référence à quelques scènes indélébiles, classées sans filtre, comme lorsqu’on le voit manger du foie de bison cru, ou aller se réchauffer dans la carcasse d’un cheval passé de vie à trépas après une chute vertigineuse. Il faut aussi souligner que cette grosse entorse au planning s’explique également par le choix du directeur de la photo, qui ne souhaitait tourner qu’avec de la lumière naturelle pour accentuer le réalisme des séquences. Avec raison car le résultat est à la hauteur de ce petit bijou de réalisation qui alterne les séances contemplatives, aux contours parfois mystiques, avec les scènes d’action. Certaines d’entre elles sont particulièrement saisissantes. À commencer par l’attaque du grizzly, qui laissera pour mort le trappeur campé par DiCaprio. The Revenant fait évoluer son héros dans un environnement hostile, d’où il trouvera le salut et la délivrance au prix d’une incroyable soif de vivre.Sans conteste un des moments forts de cette production de 2h30, dont le réalisme vous tétanise de la tête aux pieds. On peut d’ores et déjà avancer qu’il rejoindra le panthéon des moments d’anthologie du 7ème art. Pour l’anecdote, et aussi surprenant soit-il quand on a assisté à ce duel de titans, il ne s’agit pas d’un vrai ours, mais d’un cascadeur canadien rompu à ce genre de performance, lequel est devenu un animal plus vrai que nature grâce aux nouvelles technologies et un mimétisme avec la bête de haute précision. Que dire aussi des paysages grandioses qui font aussi de ce long-métrage recouvert de neige un véritable hymne à la nature ? Aussi minéral que terrestre, The Revenant fait évoluer son héros dans un environnement hostile, d’où il trouvera le salut et la délivrance au prix d’une incroyable soif de vivre. Une rage de survivre qui doit beaucoup aussi à ce sentiment de vengeance qui étreint Hugh Class, laissé pour mort et qui assiste impuissant au meurtre de son amérindien de fils, tombé sous le couteau de John Fitzgerald, le personnage incarné par Tom Brady, lui aussi excellent. L’acteur, qui retrouve pour l’occasion DiCaprio, avec lequel il avait partagé l’affiche du Inception de Christopher Nolan, pourrait aussi repartir des Oscars avec une récompense, lui qui a été nominé dans la catégorie du meilleur second rôle. Sans oublier Iñárritu, prétendant au sacre des réalisateurs, également coiffé des lauriers du vainqueur lors des derniers Golden Globes.