L’ancien correspondant de la BBC à Paris, Philip Short, rouvre le dossier « Mitterrand ».

MITTERRAND-L'AMBIGUOn se demande qui doit encore écrire sur feu l’ancien président de la République. Ministres, apparatchiks, journalistes, historiens, tous ont dégainé leur plume, avec plus ou moins de bonheur, de talent, d’élégance. Même son chauffeur, Pierre Tourlier, y est allé d’un « Conduite à gauche », succès de librairie. Le livre de Philippe Short, ancien correspondant de la BBC à Paris, n’est pas le dernier livre posé sur la pile Mitterrand. Il est à part. Simplement, d’abord, parce que vingt ans séparent la parution de son livre du décès de François Mitterrand. Un espace-temps respectable, qui aurait plu à « l’ambigu » premier président socialiste de la Ve République, dont le rapport au temps – et à la mort – étaient à la fois mystérieux et lumineux. Ce recul sur les faits est, à lui seul, un hommage. Mieux, il permet une nouvelle descente, passionnante, dans la vie politique française, de l’entre-deux guerres à l’aube du troisième millénaire. Comme dans une enquête, Short convoque de nouveaux témoins, dont Anne Pingeot, jusqu’ici très secrète. Le livre s’ouvre sur l’affaire de l’Observatoire, en 1959, qui forgera, ou finira de forger, le Mitterrand « secret et méfiant ». L’auteur revisite l’affrontement entre Mitterrand et de Gaulle, confrontation de deux France : « De Gaulle reflétait les ambitions françaises, Mitterrand, la réalité du pays. » Livre d’histoire, de mémoire, de sciences politiques, nouvel épisode d’un roman français ou nouvelle scène d’un tableau d’une France terrienne, splendide et cousue de turpitudes, mitterrandienne ? Le livre de Philippe Short est une somme de tout cela. On a si souvent cité Machiavel, à propos de François Mitterrand. Short lui préfère Mazarin dont « les écrits dans son Bréviaire des politiciens peuvent être considérés comme le vade-mecum de Mitterrand : « […] Dissimule ; ne te fie à personne ; dis du bien de tout le monde ; prévois avant d’agir. […] Car s’il y a peu de chance qu’on déforme en bien ce que tu as dit ou fait, sois convaincu en revanche qu’on le déformera en mal ». De l’art de bien connaître les siens…