Le nom de Franco a été longtemps indissociable de l‘Espagne. La prise de pouvoir de ce général d’infanterie, se fait à la faveur d’un mouvement nationaliste qu’il conduit en 1936, lors de « la guerre d’Espagne ».  Autoproclamé chef suprême,  il musèle le pays et instaure après la deuxième guerre mondiale, une dictature inflexible et impitoyable vis à vis de ses opposants, communistes notamment. Un régime totalitaire que le Caudillo va diriger pendant trente-cinq ans d’une poigne de fer.

Francisco Franco, né le 4 décembre 1892, est le puiné d’une fratrie de cinq enfants, la pire des places. A fortiori au sein d’une famille dont le père, intendant général de la Marine, connu pour ses frasques, néglige sa progéniture. La vie de débauche du père contraste avec celle de son épouse, très pieuse et toute dévouée à l’éducation de ses enfants.

La famille habite à El Ferrol. Les Franco y ont élu domicile il y a sept générations déjà. Un atavisme qui doit faire de lui un marin. C’est le débouché logique et obligé pour un garçon né dans cette ville portuaire de la province de La Corogne. Bien qu’élève très moyen, il se prépare donc aux épreuves d’entrée de l’École de préparation navale.

Mais la fermeture de cette dernière, en 1907, oblige le jeune Francisco à changer d’orientation. C’est une aubaine pour l’adolescent qui, à défaut d’avoir une appétence pour les études, rêve de gloire. Il intègre l’académie d’infanterie de Tolède, le 29 aout de cette même année. Il n’y brille pas particulièrement. Son rang de sortie lui interdit même les grandes carrières.

Toutefois, au début de l’année 1912, s’offre à lui l’opportunité de partir pour le Maroc, au sein du 8e régiment d’Afrique et de connaître l’expérience du feu. Le jeune homme de vingt ans aime visiblement l’odeur de la poudre et ne rechigne pas aux combats. Il ne tarde pas à intégrer le « régiment des réguliers indigènes », les fameux Regulares, qui portent les valeurs de bravoure et de loyauté en étendard. Ces troupes d’infanterie et de cavalerie, fraîchement créées, sont constituées de volontaires marocains, encadrés par des officiers espagnols.

Au milieu de ces unités d’élites qui ne craignent pas l’affrontement et l’engagement, Franco est de toutes les opérations. Il est rapidement repéré et plus vite encore décoré de la croix du mérite militaire. La réputation du nouveau capitaine est fulgurante. Il passe pour invulnérable auprès des Maures, ces populations arabo-berbères.

Mais on ne se confronte pas impunément au danger. Ainsi, en mars 1915, Franco est blessé au ventre, lors d’une attaque contre le fort d’El-Biutz. Une blessure qui lui vaut une promotion de grade de plus et un commandement d’infanterie dans les Asturies, sur l’intervention personnelle du roi d’Espagne, Alphonse XIII. Pour le militaire, cette nouvelle affection va contribuer à lui faire prendre conscience de la question sociale que l’on règle alors par la répression sanglante, au moment des grèves notamment.

Le militaire dans l’âme qu’il est à chaque instant, a une grande et exigeante idée du service des armes. Il devient le commandant de la première bandera d’un corps d’élite constitué sur le modèle français de la Légion étrangère. En chef minutieux, il soumet ses hommes à un entrainement de forçats. En militaire impitoyable, il mate sans états d’âmes les révoltes indigènes au Maroc. Autant de qualités qui lui valent de poursuivre son ascension dans la hiérarchie militaire. Il prend la tête de la Légion, à la suite du décès de son commandant, une fois de plus sur recommandation du roi. Il a un tout petit peu plus de 30 ans, lorsqu’il devient le Caudillo, « le chef de guerre ». Un titre qui ne le quittera plus.

En cette période, l’Espagne est en crise. Elle connaît une forte instabilité ministérielle et une vague d’attentats anarchistes. Une situation insupportable pour certains officiers généraux, dont le général Miguel Primo de Rivera qui fomente, le 13 septembre 1923, un coup d’État qui le porte à la tête de l’Espagne. Une opportunité pour Franco. En effet, le putschiste n’ignore pas les qualités de ce dernier. Il a pu les apprécier au moment où il s’est agi d’évacuer Tanger, de novembre à décembre 1924 et de débarquer à Al Hoceïma, la ville rebelle au joug espagnol, sur la côte nord du Maroc, pour combattre le démocrate Abdelkrim El Khattabi.

Des réussites qui le mènent au grade de général de brigade à seulement 34 ans. Plus jeune général d’Europe, il est choisi, pour diriger l’Académie générale de Saragosse. Une belle revanche pour cet homme qui ne brille ni par son intelligence ni par son savoir et qui a plus gagné ses galons au feu que dans les écoles. Il a conscience de la place stratégique qu’il va occuper en supervisant la formation des futurs officiers dontIl a un tout petit peu plus de 30 ans, lorsqu’il devient le Caudillo, « le chef de guerre ». Un titre qui ne le quittera plus. la dictature a grand besoin pour asseoir sa férule. Sa réussite personnelle lui vaut même d’être décoré de la Légion d’honneur française dont il devient commandeur, à l’occasion d’une cérémonie au cours de laquelle le ministre français de la guerre, André Maginot, se déplace en personne à Madrid.

Voilà le Caudillo enfin reconnu et honoré en son pays et à l’international. La seconde république va pourtant, pour un temps, mettre ses rêves de grandeur sous le boisseau. Ainsi, en juillet 1931, l‘école qu’il dirige est fermée et tous ses enseignants et cadres placés en disponibilité. Le chef du gouvernement, Manuel Azana, éloigne Franco en le nommant commandant de la quinzième brigade d’infanterie.

Une mise en quarantaine qui va lui être favorable, en ce qu’elle le gardera à distance de la tentative de putsch avorté de son ami le général Sanjurjo, en août 1932. Le geste habile d’un militaire qui a vite compris que cette tentative était vouée à l’insuccès et qui sent peut-être intuitivement que son heure n’est pas encore arrivée ? Peut-être. L’attitude d’un homme trop légitimiste pour oser un tel geste ? Sans doute.

Paradoxalement, c’est la République qui va remettre le pied à l’étrier de cette irrésistible ascension de Franco. En octobre 1934, c’est en effet le ministre radical Diego Hidalgo qui lui demande de mettre un terme à l’insurrection socialiste des Asturies. Il s’acquitte de cette tâche en seulement quelques jours et passe, de fait, pour le défenseur de la loi et de la République.

Mais en monarchiste de cœur et d’éducation, en homme d’ordre, défenseur des valeurs traditionnelles, il ne parvient pas à comprendre l’hésitation politique face à la montée des violences qui s’expriment un peu partout en Espagne. Il réclame en vain l’instauration de l’état d’urgence à la veille du second tour des élections de février 1936. Toujours hésitant à répondre à la sollicitation de quelques-uns de ses pairs, officiers supérieurs ou généraux, il franchit pourtant le Rubicon de ses préventions personnelles, au moment de l’assassinat du monarchiste Calvo Sotelo et prend la tête d’un soulèvement militaire dans la nuit du 17 juillet 1936. Un pronunciamiento avorté qui va se transformer en guerre civile, au moment où les milices ouvrières entrent en jeu, pour pallier l’incapacité du gouvernement à faire face.

S’il n’a pas pour objectif premier de renverser le régime, Franco entend cependant mater le Front Populaire, cette coalition hétéroclite de socialistes, communistes et syndicalistes, qui a démocratiquement porté au pouvoir Manuel Azana, son ennemi juré. Il va y mettre les moyens nécessaires pour s’imposer par la force.

Il profite des appuis immédiats de l’Italie et l’Allemagne, qui trouvent dans cette guerre civile un débouché pour leurs avions de chasse et un terrain d’entrainement idéal pour leurs meilleurs pilotes. Il couvre les exactions de ses généraux, comme celle de son camarade de promotion de l’académie de Tolède, Juan Yagüe, qui a fait fusiller plusieurs milliers de prisonniers lors de la prise de Badajoz. Et il devient, par décret du 28 septembre 1936, le Chef de l’État et Généralissime des Armées.

Les puissances européennes ne restent pas les bras ballants, malgré les accords de non-intervention. L’Union Soviétique met quelques chars à disposition du Front populaire et des Brigades internationales sont constituées. L’Espagne devient le lieu d’affrontement des fascistes et des antifascistes d’Europe. 60 000 volontaires rejoignent le Caudillo. 30 000 sont recrutés parmi les étudiants ou les cadres. La guerre va durer trois ans, pour s’achever le 1er avril 1939, laissant Franco seul maître du pays, après un carnage qui aura fait près de 300 000 morts civils et militaires.

Il instaure une dictature fondée sur le national-catholicisme et devient un chef d’État reconnu par les autres nations européennes. Le maréchal Pétain est le premier ambassadeur français à participer au défilé de la victoire à Madrid… Pendant la seconde guerre mondiale, le pays est officiellement « non-belligérant », mais soutient l’Allemagne nazie dans son combat contre l’Union soviétique.

Au sortir du conflit mondial, le Caudillo, appuyé en cela par l’armée et l’Église, va désormais administrer son pays d’une main de fer. Juifs, démocrates, libéraux, communistes et francs-maçons en sont les principales victimes. Ils constituent la cohorte des 400 000 prisonniers politiques qui sont « redressés » dans des camps de concentration qui maillent le pays. Franco utilise cette main d’œuvre taillable et corvéable à merci et la tue à la tâche, au sens propre du terme. Il lui est facile ainsi d’éliminer les opposants tout en modernisant le pays.

Des procédés qui n’embarrassent pas la société internationale. C’est bien connu, les nécessités de la réalpolitique prennent toujours le pas sur les considérations morales et humaines. L’anticommunisme de Franco lui attire même les faveurs de l’Angleterre et des États-Unis et les plages ensoleillées d’Espagne font le reste en effaçant le peu de mauvaise conscience des touristes, venus d’Europe entière. Au début des années soixante-dix, l’Espagne parvient à se hisser au 9e rang des nations industrialisées.

C’est l’époque où une « grippe bégnine » va entamer la lente agonie du Caudillo. C’est ainsi en effet que la presse espagnole, aux ordres, qualifie la maladie de Parkinson qui ronge le dictateur. Les traitements qu’il subit, provoquent de nombreuses hémorragies et attaques cardiaques. Il subit moult opérations chirurgicales et un acharnement thérapeutique destiné à gagner du temps pour préparer sa succession. Il pousse son dernier souffle le 20 novembre 1975 et sera inhumé en présence du prince Rainier III de Monaco, du roi Hussein de Jordanie et du président chilien Augusto Pinochet, un autre cruel dictateur. L’Espagne est désormais une nation qui retrouve un roi, Juan Carlos 1er, après une trop longue parenthèse fasciste.


La Légion Condor

© Droits réservés

C’est le nom porté par la force aérienne mise à disposition des nationalistes espagnols de Franco, par Adolf Hitler, tout au long des trois années de la guerre civile qui a déchiré le pays. Exclusivement composée de volontaires, placés sous l’autorité directe du Caudillo, ils seront près de 20 000 à y servir. Parmi eux, des officiers allemands qui s’illustreront quelques années plus tard, au cours de la seconde guerre mondiale, comme par exemple Werner Mölders, l’As de la Luftwaffe. Leurs actions guerrières s’inscrivent dans l’opération Feuerzauber, « magie du feu », un nom qui suffit à qualifier l’état d’esprit qui anime ses membres. C’est au cours de raids aériens, qu’ont été expérimentés les premiers bombardements de saturation, plus connus sous le nom de « tapis de bombes », permettant une destruction totale de la cible. C’est lors d’une telle opération, qu’a été totalement rasée, sur ordre du chef militaire espagnol, la ville de Guernica (voir photo), le 26 avril 1937. Un drame que Pablo Picasso a immortalisé dans le célèbre tableau éponyme. La Légion Condor comptait également dans ses rangs quelques unités terrestres, en l’occurrence des équipages de chars légers, les fameux Panzer, dont l’insigne frappé d’une tête de mort, n’était pas sans rappeler celui des SS.

 


Les Brigades internationales

© Droits réservés

Au cours de la guerre civile d’Espagne, près de 35 000 hommes et femmes, sont venus de cinquante-trois pays pour prêter main forte aux républicains du « Frente popular », le Front populaire espagnol, agressés par les forces armées conduites par le général Franco. Regroupés en brigades, ces troupes appartenaient à l’ensemble plus vaste entré dans l’Histoire sous le nom de « Brigades internationales ». Ce furent les premiers à comprendre la nécessité de s’opposer à l’irrésistible montée des totalitarismes dans l’ensemble de l ‘Europe. Leur recrutement a été décidé, le 18 septembre 1936, lors d’une réunion à Moscou, du secrétariat de l’exécutif de l’internationale communiste décidant « de procéder au recrutement, parmi les ouvriers de tous les pays, de volontaires ayant une expérience militaire, en vue de leur envoi en Espagne ». Forts d’une expérience militaire acquise au cours de la première guerre mondiale, ces combattants dont la moyenne d’âge se situe aux alentours de trente ans, en très grande majorité communistes et tous antifascistes, sont venus former les troupes régulières républicaines, par trop inexpérimentées. Le gros du bataillon de ces volontaires provenait de France, d’Autriche, d’Allemagne, d’Italie, de Pologne et d’Union soviétique. Après leur dissolution, en septembre 1938, nombre de brigadistes formèrent les premiers bataillons des résistants au joug nazi. Ernest Hémingway, André Malraux et Simone Weil comptent parmi les plus célèbres de ces « Brigadistes ».