« Open space de 400 mètres carrés en plein Marais, baby-foots, paniers de fruits, canapés, bar, cafétéria, je participe à une réunion d’information pour devenir livreur à vélo chez Frichti, la nouvelle start-up de livraison de repas sur Paris. Avec moi, une vingtaine de mecs entre 20 et 35 ans, douze Noirs, sept marrons, un blanc, plus ou moins le même style : survêtement, sacoche, casquette, maillot de foot, doudoune. » Ce sont les premières phrases de ce bouquin qui lève le voile sur une facette moins glamour de la start-up nation, du « tout de suite et pas cher ». Dans l’ombre, jeunes et moins jeunes pédalent comme des malades, et pas uniquement dans la choucroute, pour assurer des livraisons à vélo. Pas de salaire minimum, pas de congés payés, pas d’arrêt maladie en cas de pépin. Bref, pas grand-chose. Si ! Un smartphone de dernière génération. Mais il leur a fallu l’acheter avec leurs deniers car sans cet outil, impossible même de bosser. Quand ça bosse car bien entendu, il faut se battre continuellement pour figurer au planning. Bref, c’est moche. Derrière les slogans publicitaires sympas, les tutoiements faciles et les poufs colorés des open space, se cache une nouvelle exploitation. « Surveillance virtuelle, rapports déshumanisés, algorithmes rois, rythme effréné, abus de pouvoir face à des populations immigrées, forçats du bitume laissés à eux-mêmes, sous-payés, démunis de droits sociaux, porteurs de tous les risques, bienvenue dans les bas-fonds du cool », écrit Jules Salé qui, en mai 2019, a commencé à raconter ses débuts de livreur dans un texte corrosif publié sur les réseaux sociaux. Le post fait le buzz et le tour des médias. Ce livre s’inscrit dans la continuité de ses premiers posts.

L’exploitation à la cool de Jules Salé, éd. Stock