Qui a tué Florange ? de Walter Broccoli et Frédéric Weber, Mettis Éditions.

On a beaucoup écrit sur la fermeture de Florange. Mais on ignorait comment ceux qui se sont battus pour conserver l’usine ont vécu ce combat. Dans l’ombre des hauts-fourneaux et de l’omniprésent Édouard Martin.

Qui a tué Florange? (© DR)Il y a ce que tout le monde a lu ou entendu : la crise qui a fait chuté la demande d’acier, la nationalisation un temps évoquée afin d’être zappée, le candidat Hollande qui promet de sauver l’usine. Il y a aussi le porte-parole emblématique du combat, Édouard Martin, « qui invectivait les ministres et les puissants » avant d’annoncer sa candidature aux élections européennes. De promesses, de trahisons et de mensonges, l’histoire de la fermeture de Florange en est pétrie. Et cela fait d’autant plus mal que l’espoir a longtemps été entretenu. Les syndicalistes Walter Broccoli et Frédéric Weber font partie de ceux qui se sont battus pour que l’usine ne ferme pas. En vain. La fermeture, ils l’ont donc vécue de l’intérieur, depuis les coulisses. C’est leur vision de l’histoire qu’il raconte dans ce livre qui transpire la déception, la colère et l’amertume. Bien entendu, il est question de l’attitude d’Édouard Martin. Si les auteurs se défendent d’avoir voulu faire un livre de caniveau ou « anti-Édouard Martin », on y apprend tout de même que, dès le départ de la lutte, Édouard Martin s’est attaché à politiser le combat, pour faire battre Sarkozy. Trahison ? Le mot est écrit. Très vite, « nous avons commencé à être manipulés et être pris pour des imbéciles » souligne Walter Broccoli. Et puis il y a aussi ces quelques heures durant lesquelles ils entrevoient la lumière. Les deux syndicalistes reviennent notamment sur l’espoir suscité par le projet ULCOS. « Nous avions les finances, le réseau mondial, une usine compétitive et en même temps 560 millions d’euros pour faire ULCOS et ainsi offrir un avenir écologique radieux aux hauts-fourneaux de la vallée » racontent-ils. À lire, non pas pour refaire l’histoire de la fermeture des hauts-fourneaux de Florange. Mais pour mieux comprendre qui l’a tué. Et comment. Selon eux.


Florange, une lutte d’aujourd’hui, de Zoé Thouron et Tristan Thil, éd. Dargaud

La dessinatrice Zoé Thouron et Tristan Thil, réalisateur et scénariste, mettent en scène dans Florange, une lutte d’aujourd’hui l’immersion de ce dernier aux côtés des métallos, en y mêlant récit autobiographique et radiographie d’une région.

Florange-une-lutte-d-aujourd-hui (© DR)En observant la multitude de littérature et de documents divers publiés sur la fermeture des hauts-fourneaux de Florange, on a le sentiment que presque tout a été dit. Les documentaires Florange, dernier carré et Triche industrielle, réalisés par Tristan Thil pour Citizen films, font partie de cette mémoire, celle de la fin de la sidérurgie (à chaud) en Lorraine. La bande-dessinée devait raconter l’histoire à travers ses propres mécanismes, mais surtout y intégrer autre chose.
Tout d’abord, choisir un point de vue qui permettra d’entrer plus facilement dans un sujet complexe : Florange, une lutte d’aujourd’hui suit le parcours de Tristan, caméra à l’épaule, depuis ses premières visites sur le site de Gandrange jusqu’à sa couverture de la lutte contre la fermeture des hauts-fourneaux à Florange. En plus d’une pédagogie bienvenue qui synthétise plusieurs des problématiques du conflit, nous revivons les visites ubuesques d’un Sarkozy président et d’un Hollande candidat, les journalistes en pâmoison devant Édouard Martin, et découvrons des moments plus intimistes, mis en scène par Thil et Thouron : les discussions entre syndicalistes ou encore les échanges avec un curieux personnage de prêtre, occasion de prendre du recul sur l’histoire de la vallée de la Fensch. On apprécie le talent de Zoé Thouron pour croquer les protagonistes, son dessin vif, léger, dynamique, qui donne envie de connaître la suite d’une histoire dont on connaît pourtant la fin. L’aspect autobiographique de l’album, qui met en parallèle la vie de son auteur avec son aventure journalistique, donne un supplément d’âme à cette bande-dessinée émouvante, drôle, instructive, qui n’a pas oublié pas d’affirmer sa singularité.