Jain © Paul Martin

La Rockhal aime les femmes fortes et les identités affirmées : Lou Doillon et Jain sont assurément de celles-là. Dans des univers musicaux très différents, elles entretiennent un goût commun pour un transformisme fascinant qu’elles viennent présenter sur la scène luxembourgeoise.

Fille du réalisateur Jacques Doillon et de la chanteuse Jane Birkin, Lou Doillon s’est essayée au cinéma, au théâtre, à la mode avant de devenir une chanteuse à plein temps suite au succès public et critique de son premier album Places, en 2012. Et le moins que l’on puisse dire est qu’elle a su bien s’entourer : après Étienne Daho sur Places et Taylor Kirk, du génial groupe de folk Timbre Timbre pour son second opus Lay Low en 2015, Lou Doillon s’est entourée de Benjamin Lebeau de The Shoes et de Dan Lévy du groupe The Dø. Des choix cohérents avec ses envies pour Soliloquy : après deux albums « en noir et blanc », la chanteuse opère un virage pop et met des couleurs dans son moteur avec « des envies de fantaisie ». Sa voix éraillée, qui a livré quelques envolées folk à fleur de peau sur ses essais précédents, est donc ici au service de chansons plus enjouées mais qui évitent toujours l’écueil de la facilité et de l’uniformité. Son duo avec le chanteuse Cat power, figure majeure de la folk music, sur un It’s you dépouillé laisse une trace indélébile dans l’esprit de l’auditeur. L’ensemble de l’album est une déclaration d’amour cabossée, une incursion convaincante dans de nouvelles sphères pop. La musique nous porte aussi assurément que la voix et la présence d’une Lou Doillon qui oscille entre ange et démon.

L’histoire de Jain a également suivi des chemins détournés, mais sur d’autres pistes : elle qui a grandi à Pointe-Noire, au Congo, s’est imprégnée de la rumba congolaise et du hip-hop qui se déversait partout dans les rues. Des musiques que l’on retrouve dès ses premiers succès Come, Hope et Makeba, présents sur l’album Zanaka, qui fera sensation à sa sortie en 2016. L’année suivante, Jain décroche deux Victoires de la musique en tant qu’artiste féminine de l’année et pour le meilleur clip. Elle est une artiste à part entière, aussi investie dans le bricolage musical qui constitue sa démarche initiale que dans son identité visuelle, à l’image de ses clips surréalistes. Aujourd’hui, avec son second disque Souldiers, elle affirme encore plus son identité internationale avec une pop nourrie au reggae et aux sonorités orientales. Le titre Abu Dhabi est révélateur de l’influence de la musique arabe sur Souldiers ; une région du monde où Jain a aussi vécu. « Les lieux et les espaces façonnent la musique » dit-elle en citant David Byrne, le leader des Talking heads. Sous ses airs de petite fille timide, Jain sait se distinguer avec sa pop unique qui fait le pari de la différence et du partage, et continue à faire chauffer les semelles de nos baskets dès les premières mesures.

Lou Doillon le 17 avril
Jain le 16 mai
À la Rockhal d’Esch-sur-Alzette
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