SORTIE LE 7 SEPTEMBRE 2016

Le péplum, qui semble avoir retrouvé une seconde jeunesse depuis le succès de Gladiator, occupe à nouveau le devant de la scène avec le remake de Ben-Hur signé Timur Bekmambetov. Un défi de taille pour le cinéaste russe, qui s’attaque à une légende du 7ème art, lestée de 11 Oscars en 1959 sous la houlette de William Wyler.

Attention, terrain miné ! On se demande bien quelle mouche a piqué Hollywood, qui s’est mis en tête de faire un remake du mastodonte Ben-Hur, un incontournable du 7ème art. Incontournable, mais pas intouchable.

Il faut dire que la version remaniée par la MGM sera la 6ème du genre, dont la plus célèbre est de loin celle réalisée par William Wyler, avec un certain Charlton Heston dans le rôle-titre. On parle d’un péplum qui a marqué les esprits, spectaculaire course de chars en prime, avec une razzia historique à la cérémonie des Oscars de 1959 (lire ci-dessous), une prouesse que seuls Titanic et Le Seigneur des anneaux : le retour du roi égaleront, respectivement en 1998 et 2004.

Toute la question est de savoir si ce Ben-Hur 2016 fera aussi bien que son illustre aîné, question qui vaut aussi pour Les Sept mercenaires d’Antoine Fuqua, qui vont devoir faire oublier la bande à Yul Brynner, dirigée en 1960 par John Sturges. Dans les deux cas, le défi semble grand, pour ne pas dire insurmontable.

Pour revenir à Ben-Hur, les esprits les plus chagrins se sont étonnés qu’un metteur en scène de renom n’ait pas pris les rênes de cette production qui a tout du cadeau empoisonné, pour ne pas dire de l’opération suicide. La pâle copie d’Exodus : Gods and Kings, dépoussiérage en règle des Dix Commandements sorti en 2015, est venue rappeler la difficulté de l’exercice. Ajoutez à cela que Timur Bekmambetov est l’homme derrière Wanted et Abraham Lincoln : chasseur de vampires, qui ne passeront pas à la postérité, et vous comprendrez qu’il y a matière à craindre le naufrage.

Pour ne rien arranger, il va aussi falloir faire oublier l’emblématique Charlton Heston, qui incarnait le prince juif déchu réduit à l’esclavage dans le film de William Wyler. Pour lui succéder, on a fait appel à Jack Huston, de la série Boardwalk Empire, qui n’est autre que le petit-fils du célèbre réalisateur John Huston, à qui l’on doit Moby Dick, un autre monument du 7ème art revisité récemment, sous le titre Au cœur de l’océan.

Il sera entouré de Morgan Freeman (le seul nom vraiment connu de la distribution), dans le rôle d’Ildarin, qui deviendra le mentor de Ben-Hur, et de Toby Kebbell, dans celui de Messala, son meilleur ami, qui finira par le trahir. À noter que cette production, passée elle-aussi par les célèbres studios romains de la Cinecittà, mettra davantage l’accent sur Jésus-Christ. Ce dernier prend les traits de Rodrigo Santoro, qui jouait Xerxès dans le péplum bodybuildé 300. Pas sûr que cette présence plus soutenue du Messie sauve des eaux tumultueuses de la critique ce Ben-Hur dopé aux effets spéciaux et un peu trop tiré par les chevaux, si l’on peut dire…


LE FILM AUX 11 OSCARS

Sorti en 1959, le Ben-Hur de William Wyler fut le premier long-métrage à glaner 11 Oscars, dont celui du meilleur film, du meilleur acteur, et du meilleur réalisateur. Il faut dire que les studios de la Metro Goldwyn Mayer avaient mis le paquet, avec un budget de 15 millions de dollars, soit l’équivalent de 200 millions aujourd’hui, en tenant compte de l’inflation. Des moyens pharaoniques qui rejaillissent sur la course de chars, bien au chaud dans le panthéon des scènes mythiques du cinéma. Tournée dans les célèbres studios Cinecittà à Rome, où fut créée une arène et une piste de 1 400 mètres, elle a nécessité la présence de 1 500 figurants, à une époque où on ne parlait pas d’effets numériques. Cette scène est encore aujourd’hui une référence, au point où George Lucas s’en est inspiré pour le final de Star Wars, la menace fantôme (1999). Le charisme du colosse Charlton Heston a aussi pesé dans la balance. Un monstre du 7ème art qui a placé la barre haute. Trop ?