L’intérêt d’une ville n’est pas proportionnel à sa taille. La compacte Évora, située dans le sud du Portugal, le prouve avec une forte concentration de monuments de grand intérêt. Imprégnée d’histoire et de douceur de vivre, la capitale du Alentejo se découvre avec plaisir dans une région d’une étonnante richesse.

Petite par la taille, mais grande par l’histoire. Les amateurs de vieilles pierres seront aux anges à Évora. Difficile de résister à cette cité paisible et accueillante, qui fut choisie comme lieu de résidence par les rois du Portugal au 15e siècle. On les comprend… Surnommée la « ville-musée », la capitale du Alentejo abrite le 2e plus grand nombre de monuments nationaux au Portugal, après Lisbonne. Il faut dire que cette cité croulant sous un épais soleil durant les mois d’été (mieux vaut alors la visiter le matin) a connu plusieurs vies. D’abord romaine (jusqu’au 5e siècle), elle tomba ensuite aux mains des Wisigoths (jusqu’au 8e) puis des Maures, avant de devenir portugaise à partir de 1165.

La cathédrale gothique qui la domine est un des moments forts de la visite. C’est la plus grande du pays, et un belvédère tout indiqué pour profiter d’une vue imprenable sur cette ville d’environ 40 000 âmes et ses environs. Le temple romain (aussi appelé temple de Diane) datant du IIè siècle, symbole du culte impérial, s’avère lui aussi impressionnant, tout comme l’aqueduc des Eaux d’Argent (Agua de Prata) qui traverse et alimente en eau celle qui fut autrefois un grand centre religieux et commerçant, et dont certaines arcades abritent des maisons ou des boutiques. Il faut ajouter à cette liste de sites de grand intérêt l’étonnante – et glaçante – chapelle des os, érigée pour désengorger les cimetières locaux (lire autre texte).

Cette richesse patrimoniale, qui lui a valu d’être classée au patrimoine mondial en 1986, ne fait pas pour autant d’Évora une ville enfermée dans son passé. Elle dévoile aussi un visage jeune et animé, à l’image du grand nombre d’étudiants qui viennent s’inscrire dans son université et profitent du rythme de vie décontracté qui imprègne les lieux. La Praça do Giraldo, située en son cœur, symbolise cette douceur de vivre, avec ses cafés, ses terrasses et ses magasins. Les spécialités culinaires locales se déclinent quant à elles dans les nombreux restaurants familiaux, tandis que la vie nocturne bat son plein dans les petits bars ouverts jusqu’à point d’heure.

Si Évora peut sans problème se visiter en une journée, il est toutefois conseiller de faire durer le plaisir dans cet endroit pittoresque où les rues pavées sont bordées de maisons traditionnelles qui semblent étrangères au temps qui passe. Un séjour de plusieurs jours ne sera pas de trop pour découvrir la splendide région du Alentejo, qui offre un meilleur rapport qualité-prix que la plupart des villes du littoral ou encore de Lisbonne. Paysages renversants et plages magnifiques figurent au menu de cette terre méconnue, remplie d’oliveraies, de villes fortifiées et de villages traditionnels nimbés de romantisme. La fortifiée Marvão par exemple, ou encore Elvas, un autre joyaux du Portugal inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Sans oublier les impressionnants menhirs à découvrir près du village de Guadalupe, à une quinzaine de kilomètres d’Évora. Composé d’une centaine de monolithes datant de milliers d’années, le Cromlech des Almendres est le plus grand de la péninsule Ibérique. Un autre site enchanteur qui ne laissera pas de marbre les amateurs d’archéologie.


L’étrange Capela dos Ossos

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C’est l’un des lieux les plus visités, mais aussi les plus étranges d’Evora. Le touriste ne reste pas de marbre en pénétrant dans la chapelle des os, qui se trouve à l’intérieur de l’église Saint-François (16e siècle), monument emblématique de la ville, d’une blancheur éclatante, dont la particularité est de ne posséder qu’une seule nef.

La chapelle des os effraie autant qu’elle fascine. Il faut dire que sur place, on entre vite dans le vif du sujet, à commencer par cette inscription en portugais taillée dans la pierre à l’entrée et qui signifie « Nos os reposent ici, attendant les vôtres. » Ambiance… Le bâtiment religieux abrite plus de 5 000 crânes et autres parties du corps qui ont été incrustés dans les murs et le plafond. Ils proviennent de centaines de dépouilles exhumées au 16e siècle pour faire de la place dans les cimetières locaux, surchargés, dans le contexte de la Contre-Réfome catholique, qui suggérait que les corps seraient alors plus proches de Dieu.

Cet endroit singulier n’est cependant pas unique au Portugal. La ville de Faro, située dans l’extrême-sud du pays, abrite un ossuaire similaire. Tout comme à Evora, on y accède en pénétrant dans une église, en l’occurrence la superbe église du Carmel, avec sa clinquante façade baroque. Un millier de squelettes appartenant à d’anciens moines ayant officié dans la capitale de l’Algarve, dont les corps ont été déterrés au 19e siècle, ont servi à décorer les murs et les plafonds de cet endroit lui aussi macabre.