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Depuis le 15 octobre, les étains de Lorraine livrent leur histoire aux Archives départementales de la Meuse à Bar-le-Duc, dans le cadre d’une exposition consacrée à ce matériau omniprésent durant l’Ancien Régime, qui a fait l’objet d’un ouvrage paru récemment aux Éditions Serge Domini.

C’est un patrimoine méconnu qui livre son histoire aux Archives départementales de la Meuse à Bar-le-Duc. Tombé peu à peu dans l’oubli après le 18e siècle, l’étain de Lorraine retrouve de son lustre le temps d’une exposition qui s’inscrit dans un vaste travail de réhabilitation en quelque sorte. « Il n’y avait jamais eu d’étude scientifique consacrée à ce sujet, il s’agissait de combler ce manque », indique Bertrand Bergbauer, auteur d’un ouvrage paru récemment aux Éditions Serge Domini. Intitulé Étains de Lorraine, un territoire, des hommes et leurs créations (XVIe-XIXe siècle), il ponctue six années de recherches et des milliers de pages d’archives dépouillées. On y trouve notamment les différents lieux de production, ainsi que le style d’objets qui y étaient conçus, notamment en Meuse, qui comptait sur son territoire quelques ateliers florissants comme à Verdun, Bar-le-Duc ou encore Ligny-en-Barrois. Le livre de 216 pages comporte également un dictionnaire retraçant 550 potiers de la région, dont Jean-Nicolas Matrel, qui fait l’objet d’une exposition à Remiremont, dans les Vosges, jusqu’à la fin de l’année. Le plus illustre d’entre eux est sans conteste François Briot, natif de cette région (il est né à Damblain), dont on peut apprécier le travail d’orfèvre au musée du Louvre à Paris, en particulier son bassin d’aiguière dit « de la Tempérance », qui a donné lieu à de nombreuses reproductions en céramique.

Mêlant documents d’archives et pièces de collection, avec une cohérence dans la présentation [entre les observations faites sur les objets et ce qui est décrit dans les archives], l’exposition Histoire(s) d’étains – qui est accompagnée d’un livret – dévoile le travail et la vie de ces artisans qui exerçaient leur profession de père en fils. Ils fabriquaient une marchandise à la fois esthétique et robuste, destinée en grande partie à la table (assiettes, couverts, plats…), mais que l’on retrouvait aussi dans des débits de boisson, sous forme de pichets, ou dans des hôpitaux et des églises (crucifix et calices). Omniprésent durant l’Ancien Régime dans la vie quotidienne des Français, quel que soit leur statut social, l’étain verra son étoile pâlir au 18e siècle avec l’émergence des Lumières. « Les potiers d’étain fabriquaient beaucoup d’objets alimentaires. Or les scientifiques se sont rendus compte qu’il contenait du plomb, qui était toxique. Il finira par être remplacé par la faïencerie », explique Bertrand Bergbauer, commissaire scientifique de l’exposition et conservateur du patrimoine à la DRAC Grand Est.

Le public a jusqu’au 18 janvier pour en savoir plus sur la richesse de cet artisanat qui était soumis à des contrôles (et à des taxes) certifiant la bonne qualité de la marchandise, ceci afin d’éviter notamment la concurrence déloyale.

Exposition Histoire(s) d’étains, jusqu’au 18 janvier 2019
aux Archives départementales de la Meuse à Bar-le-Duc
Renseignements : 03 29 79 01 89
archives.meuse.fr

EXCEPTIONS DOMINICALES

L’exposition Histoire(s) d’étains sera accessible au public durant trois dimanches, à savoir les 18 novembre, 9 décembre et 13 janvier, de 14h à 18h30. Ces ouvertures exceptionnelles seront accompagnées d’animations gratuites destinées aux familles à travers des ateliers où il s’agira de fabriquer des médailles en étain, à partir d’un modèle, en utilisant la technique du moulage au sable. Des visites commentées auront également lieu à 14h30 et 16h30.

Les Archives départementales de la Meuse ne seront pas la seule occasion d’en savoir plus sur la poterie d’étain en Lorraine. Une autre exposition, consacrée au grand maître potier Jean Nicolas Matrel, se déroule actuellement au musée Charles-de-Bruyères à Remiremont dans les Vosges. Elle s’achèvera le 30 décembre. Sans oublier le rendez-vous programmé en février 2019 au Musée d’Art et d’Histoire de Toul, en Meurthe-et-Moselle, qui revisitera quatre siècles de créations (XVIe – XIXe).