© Aziz Mébarki

« Après mon bac, obtenu à Sarreguemines, j’ai décidé d’intégrer Sciences Po à Strasbourg. Ces études me semblaient intéressantes et elles ne fermaient aucune porte. Cela m’arrangeait car à cette époque je ne savais pas ce que je voulais faire dans la vie, même si j’avais trois « envies » : devenir chef d’entreprise, enseigner et faire de la politique. J’avais d’ailleurs évoqué ces possibilités avec mon père. Il m’avait alors dit : il faut que tout cela mûrisse encore », se souvient Thierry Jean.

Et cela a bien mûri. Au cours de sa carrière professionnelle (qui n’est pas terminée !), Thierry Jean va avoir l’opportunité d’exercer ses talents dans ces trois domaines. La direction d’entreprise, pour commencer, dès 1983. Il a alors 23 ans. Après sciences Po, il poursuit des études de droit, à Strasbourg. Pour devenir avocat ? « Pourquoi pas ? Disons que j’aimais le droit et ces études avaient pour avantage de rassurer mes parents », souligne Thierry Jean. Pendant ses études, il se montre très actif en multipliant les engagements au sein de la fac : il siège au Conseil d’Administration, il préside l’Amicale des élèves… Il est également, un temps, vice-président de la fédération étudiante l’AFGES.

« L’une de mes missions au sein de la fédération consistait à aller chercher des sous, de négocier avec les banques et les fournisseurs car l’AFGES gérait alors le restaurant universitaire qui était déficitaire. Cette débauche d’énergie me vaut un jour l’appel d’une dame qui désire me rencontrer car elle chargée du recrutement d’un dirigeant pour deux entreprises, deux SCOP (société coopérative ouvrière de production) : les Pompes Japy (fabrication de pompes) et Cristel (fabrication d’articles culinaires). Et si elle fait appel à moi, c’est qu’elle ne trouve personne pour relever le défi car les deux entités se portent très mal. J’ai 23 ans, pas grand-chose à perdre, alors j’accepte. Lorsque j’arrive en septembre 1983, il n’y a pas un centime sur le compte de l’entreprise pour payer les salaires d’août », raconte Thierry Jean.

Le résultat était déficitaire de 3,5 millions de francs en 1983, le retour à l’équilibre a été atteint en 1987. Mission accomplie. Entre temps, le jeune dirigeant s’est marié et ses beaux-parents investissent dans Cristel qui est alors transformée en SA. Pour la petite histoire, Cristel continue aujourd’hui encore à se développer. L’un des quatre enfants de Thierry Jean y travaille en tant que directeur commercial.

À 28 ans, l’envie de passer commence à se faire sentir. Il épluche alors les petites annonces. Il découvre qu’une école de commerce de Metz cherche un directeur. « Mon profil ne correspondait pas tout à fait mais celui recherché par l’école, j’en étais convaincu, n’existait pas. Alors j’ai tenté le coup ». Bien vu. Il devient le directeur de l’ESIDEC (École Supérieure Internationale de Commerce), à Metz, en 1988. Il « Il n’a jamais été question pour moi de devenir un professionnel de la politique et d’en vivre. J’ai toujours été plus attaché à ma liberté qu’au pouvoir »dirige l’école mais donne également des cours. L’aventure durera jusqu’en 2005, date à laquelle l’ESIDEC et l’ICN opèrent leur rapprochement.  Après celle de chef d’entreprise, il croise donc la case « enseignement ». Après sa Maîtrise en Droit des Affaires obtenue en 1983, il en profite pour renouer, lui aussi avec les études, pour décrocher un Master Recherche (D.E.A.) de Droit Européen (Nancy), en 1989. « J’ai pris la direction de l’ESIDEC juste avant la tombée du ‘Mur’. Cela a eu pour conséquences de créer une forte demande en formation en Europe de l’Est et en Russie. J’ai donc passé une partie de mon temps dans ces régions du monde afin d’y développer des formations et des écoles à Kazan ou Kiev », souligne Thierry Jean qui est d’ailleurs Docteur Honoris Causa de l’Université d’État d’Économie et de Finances de Saint-Pétersbourg.

Et la politique dans tout cela ? Elle fait son arrivée en janvier 2001 sous les traits de Jean-Marie Rausch, le maire de Metz. « J’étais en cours, face à mes étudiants, lorsque ma secrétaire est venue m’informer que le maire souhaitait que je le rappelle au plus vite. Je l’ai donc rappelé dans la foulée : « je voulais vous demander si vous accepteriez d’être sur ma liste pour les prochaines élections. Vous avez une heure pour vous décider » m’a-t-il dit sans détour « j’ai finalement accepté ». Homme de gauche, Thierry Jean n’est alors membre d’aucun parti. En peu plus tard il rejoindra tout de même, un temps, le Modem de François Bayrou. Il assure la présidence de l’UDF Moselle alors que se préparent les présidentielles de 2007. Il s’en fera « virer » pour avoir intégré l’équipe de Dominique Gros, le maire de Metz.

« Se consacrer à plein temps à la politique, d’accord, mais il n’a jamais été question de devenir un professionnel de la politique et d’en vivre. J’ai toujours été plus attaché à ma liberté qu’au pouvoir », souligne Thierry Jean qui a assumé, et assume encore, différents mandats électifs et sociaux exercés en tant qu’élu : conseiller régional de Lorraine (2004/2010), Vice-Président de Metz Métropole (2008/2014), adjoint au maire de Metz et administrateur de l’UEM, depuis 2008… « Pour être honnête, je me suis posé la question de faire carrière en politique une fois. C’était juste après les dernières présidentielles, lors des sénatoriales. J’ai hésité mais j’ai finalement choisi de me concentrer sur mes affaires ».

Les « affaires », c’est PS2i qu’il préside et ses quatre filiales : 2E MECA, PRECI 3D, MGGC et 3D MECA. Le groupe emploie une cinquantaine de collaborateurs et réalise un chiffre d’affaires annuel de 6,5 millions d’euros. Ces entreprises industrielles (mécanique de haute précision, notamment), Thierry Jean les a développées depuis 2006. Mais il y a 5 ans, l’aventure entrepreneuriale a failli être stoppée net. « À cette époque-là, tous les dossiers économiques portés par la Ville de Metz me passaient entre les mains. C’était passionnant mais je ne maitrisais plus rien en termes d’emploi du temps. C’était la nuit, entre 23 heures et 2 heures du matin, que je répondais à mes e-mails professionnels. Avec la crise et un gros client qui a gelé ses investissements, mes sociétés ont été mises en difficultés, puis en redressement judiciaire. J’ai donc levé le pied en politique pour reprendre la barre du groupe. Il nous a fallu 2 ans pour sortir de l’ornière. Aujourd’hui, tout va bien », souligne Thierry Jean qui fêtera ses 60 ans en juillet prochain.

Pas question pour autant de lever le pied. Ses projets : porter le chiffre d’affaires de PS2i à 20 millions d’ici 2025 et se dégotter une maison sympa au sud de la Loire pour consacrer un peu plus de temps à sa famille, accueillir ses enfants (deux d’entre eux sont encore au collège) mais également ses petits-enfants.


Point de vue sur…

Emmanuel Macron

C’est assurément un homme d’une intelligence exceptionnelle. En quelques minutes, il vous donne le sentiment qu’il va régler tous les problèmes. Mais ce n’est pas vrai. Alors il déçoit. Je pense, aussi, qu’il a fait des erreurs en s’entourant de ses « clones », de personnes pour qui réduire les APL de 5 euros, ce n’est pas bien grave.

Metz 2020

On va changer d’ère, c’est certain. Dominique Gros affiche un bon bilan mais il y a un rejet manifeste de l’homme. Il reste un an, il est donc impossible de faire des pronostics. Mais, pour l’heure des constats s’imposent : LREM est en délicatesse, la gauche est faible, la droite est divisée. Les conditions sont donc réunies pour que le Rassemblement National s’illustre. Cela dépendra des résultats du 1er tour et de la capacité des uns et des autres à réagir entre les deux tours. Pour moi, il y a un risque que le « FN » soit élu à Metz.

Les gilets jaunes

C’est avant tout un problème économique. Trop de gens, y compris des personnes qui travaillent, n’ont pas suffisamment d’argent pour vivre. Au-delà du rejet de Macron et de sa politique, cette crise est celle du pouvoir d’achat. J’approuve les mesures présidentielles qui ont été prises. Je crois qu’il est fondamental d’encourager et valoriser l’entrepreneuriat. L’argent doit être affectée à la production non pas à la « rente ».

Les migrants

Il y a une obligation morale à accueillir ces personnes en grande difficulté. Mais il importe également d’ouvrir des débats, notamment en ce qui concerne nos politiques liées à l’intégration. On voit bien qu’elles ont échoué. Faut-il d’ailleurs s’attacher à intégrer ou au contraire favoriser la « cohabitation », la question se pose. Autre constat, les pays qui ont bénéficié d’une immigration forte comme les USA dans les années 20 ou la France durant les « 30 Glorieuses » ont vu leur économie être boostée. Il est peut-être utile de conserver cette réalité en tête.