De l’orgue et la musique ancienne aux synthétiseurs et à la musique de jeux-vidéo, il n’y a qu’un pas que le claviériste Yoann Turpin, également féru de jazz, franchit allègrement au gré de ses aller-retours entre ces chapelles musicales. De vastes terrains de jeux… qu’il explore avec méthode.
Yoann Turpin (© Jean-Pascal Boffo / Studio Amper)

Yoann Turpin (© Jean-Pascal Boffo / Studio Amper)

Yoann est quelqu’un de très méthodique. « Maniaque, même » concède-t-il. C’est ainsi qu’il jongle entre ses différentes activités, auxquelles il accorde une attention et une exigence égale :  organiste pendant les offices religieux (autant d’occasions de jouer d’instruments « rares et superbes »), il est aussi enseignant à l’École de Musique Agréée de Metz-Sablon et à l’Atelier Musique et Danse de Rombas. Il se consacre également à plusieurs projets musicaux où il intervient en tant que sideman, de la formation familiale Taxi Brousse au PCA Organ Trio du saxophoniste Pierre-Cocq Amman. Ses projets personnels sont consacrés à la musique chiptune. Initialement produite par le détournement de consoles et de cartes-son pour pouvoir composer avec les sons caractéristiques des jeux vidéo des années 80 et 90, le chiptune prend aujourd’hui des formes diverses. Influencé par les pianistes et organistes Emmanuel Bex ou Eddie Louiss, Yoann affectionne également l’art du mélange d’Herbie Hancock et la démarche du musicien classique Francis Poulenc, « un geek qui voyait les choses de manière neuve ».

Il poursuit son chemin parallèle dans les mondes du jeu vidéo comme du jazz et du blues.

Piochant dans sa collection de vieux synthétiseurs, Yoann crée et arrange les bandes originales de jeux-vidéo indépendants, et travaille aussi pour l’animation et le cinéma avec le compositeur lorrain André Dziezuk. Il fait des allers-retours entre Metz et Paris, où son studio Detune vise à promouvoir la musique chiptune. « Ces sons, que produisaient également les synthétiseurs de l’époque, c’est aussi de la musique ancienne pour moi. Après tout, l’orgue n’est rien de moins que le premier synthétiseur de l’histoire. ». Suite à la sortie (en ligne et en autoproduction) de son album Chipship en 2013, les propositions de studios indépendants affluent dans la boîte mail de Yoann. Avec Friendship (voir encadré), il sort son troisième album.

À l’époque où les grosses productions engagent des orchestres symphoniques, la vague du jeu vidéo indépendant, qui s’inspire souvent des mécanismes et de l’esthétique des jeux rétro, a permis à Yoann de se faire un nom dans ce milieu discret…à son image. Il évite la promotion tapageuse et poursuit son chemin parallèle dans les mondes du jeu vidéo comme du jazz et du blues. Actuellement il travaille sur la bande-originale du jeu Path to the sky, où il bénéficie d’une liberté totale. « Les limites et les contraintes imposées par la musique de jeux vidéo des années 80 et 90 apprennent l’art de l’économie, explique-t-il. Je vois de nombreux parallèles entre la pratique de la musique et du jeux-vidéo : ce sont des activités où il s’agit de franchir des paliers, et où l’on ne gagne rien à part la satisfaction de s’être dépassé ». http://www.yoannturpin.com/


AMITIÉS SANS BUG

Dans Friendship, Yoann Turpin dédie chaque piste à ses influences et à des membres de son entourage. Par exemple, Sensei Alpha rend hommage à la musique de Robbie Buchanan sur le film Big Trouble in Little China de John Carpenter, Fair play et Slikk time à celle de ses confrères DJ Cutman et Slikk Tim. Des complices lorrains tels que Jean-Pascal Boffo à la guitare ou le chanteur Jo Cimatti sont également invités sur des compositions qui leur sont dédiées. « Le jeu-vidéo met en scène et rend hommage à des héros, et sur Friendship c’est un peu la même chose » décrit Yoann. Poussant ses machines dans leurs derniers retranchements, Yoann Turpin prouve avec ce nouvel opus en forme de patchwork sa capacité à livrer une musique chiptune colorée, soignée et accrocheuse. Il contribue à démontrer le dynamisme et la créativité d’une scène française aussi reconnue à l’international (au Japon et aux États-Unis principalement) que méconnue entre ses frontières.

En écoute et à l’achat sur http://yoannturpin.bandcamp.com