Dans une station spatiale abritant les restes de l’humanité, une entreprise tentaculaire fait office de système politique et de nouvelle religion. Avec Shangri-la, Mathieu Bablet offre une fascinante et apocalyptique odyssée. Chez Ankama.

Après des siècles d’exploitation forcenée, la Terre est devenue inhabitable pour les humains, contraints de se réfugier au sein d’une immense station spatiale où ils ne vivent que pour consommer les produits Thianzu, qui gère entièrement ce dernier espace de vie possible. Une réalité qui convient tout à fait à Scott, qui assure des missions de contrôle dans l’espace pour Thianzu. Si celle-ci tente visiblement de dissimuler une série d’accidents inexpliqués sur ses stations, il préfère ne pas s’en mêler, même si ses amis et son frère s’interrogent et tentent de rejoindre la rébellion menée par l’énigmatique Mr Sunshine. Au fil de leur quête de la vérité, la colonie se divise et se désagrège lentement.

Sur 220 grandes planches, idéales pour donner le vertige au lecteur dans les interminables coursives de la station ou dans le vide spatial, Mathieu Bablet parvient à créer un univers vaste et bien à lui. Les animoïdes, mi-hommes mi-animaux, victimes du ressentiment des humains « normaux », Thianzu comme version monstrueuse d’un Google devenu église et gouvernement, des scientifiques et des groupes rebelles ne défendant finalement que leurs propres intérêts, eux aussi garants d’un équilibre du contrôle… dans ce monde clos, société de consommation ultime en réduction, il n’y a guère que la technologie qui ait évolué.

Ceux qui tentent chacun à leur façon de faire évoluer l’humanité ne feront que précipiter sa chute, reproduisant les mêmes erreurs que par le passé. Fable moraliste au fort potentiel anxiogène, Shangri-la se donne les moyens de ses ambitions, s’appropriant et actualisant avec talent les codes de la SF, avec suffisamment d’inventivité et de talent narratif pour nous aspirer dans le vide.