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Il est des personnages dont l’influence séminale sur leur temps est déterminante et qui impriment la mémoire collective pour les siècles à venir. C’est le cas d’Erasme, qui incarne pleinement, en Europe, la pensée de la Renaissance. Tout à la fois écrivain, théologien, philosophe, éminence grise et contemporain d’un « siècle millésime », éclairé par rien moins que Charles Quint, Fauste Andrelin, Martin Luther, Jean Calvin et Thomas More, il est considéré comme une des figures majeures de la culture européenne.

Par Marc Houver

Erasme naît à Rotterdam en octobre 1467. Il choisit son nom, Desiserius Erasmus Roterodamus1, en une époque où l’anthroponymie n’est pas encore parfaitement établie. Son patronyme de baptême, emprunté à Saint Erasme, un des quinze saints auxiliaires2, aura-t-il une influence sur le destin de ce jeune homme ? On peut le penser, tant le parcours de ce fils illégitime d’un prêtre et d’une fille de médecin, le conduit irrésistiblement à être en permanence en recherche de l’altérité et de la dispute philosophique.
C’est en 1492, l’année où Christophe Colomb découvre l’Amérique, qu’Erasme est ordonné prêtre. Mais l’homme célébrera moins souvent la messe qu’il ne sera un grand voyageur. Très rapidement en effet, après un séjour de quatre années à Paris, en qualité de secrétaire de l’évêque de Cambrais, il apprend le latin, la langue d’usage universel de communication de l’époque. Elle lui sera d’un grand secours pour sillonner les routes d’Europe. C’est d’ailleurs au cours de ses nombreux périples, qu’il croisera le parcours d’une pléthore d’humanistes qui, comme lui, réfléchissent à la construction d’un monde nouveau. Écrit en une semaine, L’éloge de la folie, qui paraît en 1509 devient rapidement un des plus grands livres de son époque.Il méprise le Moyen Age et se dit convaincu que toute connaissance de l’homme et du monde est à prendre dans les livres des auteurs antiques. C’est à travers la fréquentation des grands intellectuels de son siècle3, avec lesquels il entretiendra de vrais rapports d’amitié, qu’il construit sa pensée et forge sa capacité à débattre. Nulli concedo (je ne concède rien à personne) est pour lui, tout à la fois une devise et une méthode de travail.
Erasme s’accomplit dans l’étude et il n’est donc point étonnant que l’iconographie du 15ème siècle le représente noircissant les pages de nombreux manuscrits. C’est dans ces creusets de l’indépendance d’analyse et de la liberté de pensée, qu’il approfondit les sillons de sa pensée personnelle, qui devient, à force de travail et de régularité dans l’étude, riche, nourrie, fouillée et surtout encyclopédique. Aucun savoir ne lui est étranger et il s’intéresse à toutes les formes de pensée, dans la confrontation d’idées comme dans l’action concrète.
Être agissant tout en entretenant son idéal de vie intérieure, constitue l’enjeu pour cet homme qui ne peut se contenter de regarder le réel sans chercher à agir sur lui. Il se veut tout à la fois conseiller du prince et vecteur d’une pensée nouvelle, qui vise à expurger la Christianisme de la scolastique et des maux de l’Église. Son universalisme de pensée n’a d’égal que son souhait de construire une Église pleinement évangélique.
Il pense et écrit sans cesse. Cette pensée pour le moins féconde et son talent naturel lui permettront de ne pas avoir besoin de plus d’une semaine pour commettre son ouvrage majeur, L’éloge de la folie, qui paraît en 1509 et deviendra rapidement un des plus grands livres de son époque. Il le consacrera définitivement comme maître des humanistes, admiré dans l’Europe entière. Épistolier prolixe des têtes couronnées, des pontifes et des savants, il entretient une relation avec rien moins que 600 correspondants dans l’Europe entière et, notamment, avec le souverain le plus puissant de son temps, en l’occurrence Charles Quint.
C’est dans l’habit d’homme d’influence qu’Érasme contribuera à ériger une Europe de conviction et de combat, celle qui cherche en permanence à se construire dans la paix et la pleine mise en relation des hommes.

(1)Erasmos signifie en grec « l’aimé »
(2) Le terme désigne les 15 saints secourables et ouverts aux situations d’urgence (sainte Barbe, saint Christophe, saint Denis, saint Etienne etc.)
(3) Fauste Andrelin ou Thomas More pour ne citer que deux exemples célèbres.

 

QU’EST CE QU’ÊTRE HUMANISTE ?

De nos jours, il est de bon ton de se dire ou de se penser humaniste. Etre humaniste au 21ème siècle, c’est porter en étendard sa croyance en l’humain. C’est afficher une foi en l’Homme, difficile à définir de manière précise. Une forme d’attribut réservé à l’esprit cultivé, heureux d’utiliser son intelligence et sa raison et confiant dans les potentialités de son esprit. Ce que l’on sait moins, c’est que l’humanisme est d’abord un courant culturel européen qui plonge ses racines dans l’Italie de la période de la renaissance. Au 15ème et au début du 16ème siècle, dans les décennies précédant la Réforme, une rénovation intellectuelle et morale s’impose petit à petit en Occident. Elle prendra plus tard le nom d’humanisme. Elle s’inscrit en réaction à l’esprit du Moyen-Age, auquel il est reproché de ne pas suffisamment tenir compte de l’héritage scientifique et moral de l’Antiquité. Son initiateur est un disciple de Saint Augustin, latiniste de son état, le célèbre poète Pétrarque. Il entraînera dans son sillage des disciples aussi prestigieux que Colluccio Salutato, Marsile Ficin et Pic de la Mirandole. Erasme est considéré comme le « prince des humanistes ».


MERCI ERASME !

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L’auberge espagnole, film culte de Cédric Klapisch (©DR)

L’auberge espagnole, film de Cédric Klapisch, devenu culte pour toute une génération, met en scène le jeune Xavier (interprété par Romain Duris) qui effectue une partie de son cursus d’études supérieures, à Barcelone, dans le cadre du programme européen Erasmus. Un programme d’échange interuniversitaire, né à la fin des années 80 et destiné à favoriser la mobilité des étudiants, en leur permettant d’effectuer une partie de leurs études, dans un autre établissement de formation européen. Mais les bénéficiaires de cet intéressant programme, savent-ils qu’ils doivent leur cursus à Erasme ? Le nom du programme, vient en effet de ce moine hollandais qui aurait, d’une certaine façon, pu être le saint patron des étudiants qui voyagent à travers l’Europe. C’est en référence au brillant intellectuel, ouvert aux savoirs encyclopédiques et à la confrontation des cultures, qui a sillonné pendant une partie de sa vie les routes d’Europe, qu’a été conçu l’acronyme ERASMUS, qui signifie EuRopean, Action Scheme for the Mobility of University Students. Ils ont été plus de 3 millions à en avoir bénéficié depuis son lancement. Merci Erasme !