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À l’heure de la défiance qui frappe « les élites » et à l’ère d’Internet où n’importe qui peut facilement propager n’importe quoi, les théories du complot gagnent du terrain. Le phénomène n’est certes pas nouveau, mais l’épidémie de Covid-19 comme les fatalités de l’époque lui offrent une incomparable résonance. Hold-up sur la vérité.

En février 2019, c’est-à-dire bien avant que l’épidémie de Covid-19 ne fasse tomber des corps et tourner les têtes, une étude menée par l’institut Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès et l’organisation Conspiracy Watch en disait déjà beaucoup sur l’influence des thèses complotistes parmi la société française. Ainsi, 21 % des personnes interrogées répondaient adhérer au moins à 5 des 10 énoncés complotistes qui leur étaient soumis. Parmi ces affirmations, celle-ci rencontrait un succès qui s’observe aujourd’hui sous une lumière nouvelle : 17 % des sondés étaient d’accord pour dire que « le ministère de la Santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins. » Il sera intéressant de connaître l’évolution de ce pourcentage à la suite de la propagation mondiale du nouveau coronavirus et à l’aune des questions soulevées par l’actuelle course mondiale aux vaccins anti-Covid-19.

Le pays ne vivait pas encore confiné, mi-mars 2020, qu’une vidéo pareillement virale dépassait le million de vues en quelques heures : elle était l’œuvre, mais c’est une façon de parler, d’un homme se disant proche du mouvement des gilets jaunes et affirmant que le nouveau coronavirus avait en réalité été créé dès 2004 par l’Institut Pasteur, lequel allait ainsi pouvoir gagner de l’argent en vendant des vaccins. Confusions sur les dates, interprétations trompeuses des faits, mensonges, inventions : tout était absurde, délirant, faisandé, faux. Début novembre, la justice l’a condamné pour diffamation. Mais quelques jours plus tard, c’est une autre vidéo, réalisée avec de tout autres moyens par un réalisateur expérimenté, qui consacre l’entrée du complotisme dans la sphère grand public, quittant les marges du dark web et les réseaux sociaux pour débarquer en une des journaux et faire l’objet de programmes entiers à la télévision. Avec les ingrédients habituels du genre (arguments de faux bon sens, contre-vérités scientifiques, erreurs factuelles) utilisés sur une recette empruntant les codes des documentaires modernes comme l’enchaînement haletant de témoignages divers et (a)variés, Hold-up prétend démontrer que la pandémie en cours est, en réalité, le fruit d’un complot mondial. 

Aux prémices du XXe siècle, déjà, un pamphlet antisémite parcourait la planète et allait quelques années plus tard inspirer Hitler dans son funeste projet d’extermination du peuple juif : déguisé en compte-rendu précis de prétendues réunions secrètes de la communauté juive censée planifier sa domination du monde, ce livre intitulé Les Protocoles des sages de Sion trouve encore un public aujourd’hui, alors qu’il a largement été prouvé qu’il s’agissait d’un faux, composé notamment d’extraits plagiés de romans et d’essais du siècle précédent… S’ils ne datent pas d’hier, les délires complotistes trouvent évidemment, avec Internet, le puissant vecteur d’une diffusion affranchie de tout garde-fou. L’efficacité est redoutable : un public crédule et réceptif trouve des réponses commodes à des questions qui n’en ont pas forcément, ou qui nécessiteraient un peu d’efforts pour comprendre, en plus d’avoir reçu les rudiments pour développer son sens critique et, parmi le flux constant des informations, pour savoir distinguer les professionnels sérieux des charlatans en tout genre.

Bien sûr, pour prospérer, une théorie du complot a besoin de failles dans les faits qui la nourrissent. La crise sanitaire que le monde traverse aujourd’hui lui en offre beaucoup : ainsi, les remises en cause du nombre officiel de décès dûs au Covid-19 se nourrissent goulument du manque de clarté des communications gouvernementales, de critères de comptage et d’une transparence variables d’un pays à l’autre. Ne parlons même pas, en France, de la façon dont le port du masque est passé du statut d’indésirable à celui d’obligatoire au gré du réapprovisionnement des stocks…

Parfois, pourtant, nul besoin de trous dans la cuirasse des faits : asséner ses propres assertions peut suffire à atteindre une cible, comme l’Amérique a pu le vérifier, c’est aussi une façon de parler, lors de la campagne présidentielle. La mouvance QAnon vient d’ailleurs d’envoyer au Congrès une de ses sympathisantes convaincue que Trump mène une guerre secrète contre le fameux « État profond », soutenu par une secte internationale composée de dirigeants démocrates « satanistes et pédophiles » asservis à la finance mondiale. Repos, vous pouvez fumer…

Pourtant, déconstruire ces fables et démentir les fausses informations peut rapidement faire pénétrer ceux qui s’y prêtent dans un cercle vicieux : pour ceux qui les propagent comme pour ceux qui y adhèrent, démentir revient à accréditer ! Un travail cependant nécessaire : à défaut de ramener à la raison les adeptes des théories du complot, mener le combat de la vérité peut au moins éviter que d’autres citoyens viennent s’égarer dans ces marécages. Une question de survie pour nos démocraties en souffrance.

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Boîte à outils

Pour prendre leur élan et aller loin, les thèses complotistes disposent d’un formidable tremplin : les fausses informations et leurs cousines, les contre-vérités. Pour débusquer les erreurs factuelles qui se répandent à la vitesse de l’éclair et les mensonges proférés parfois jusqu’aux plus hautes sphères publiques, différents outils sont à disposition du public. En voici 3 exemples.

« Vrai ou fake »

L’audiovisuel public a rassemblé ses forces dans une plateforme de fact-checking et de debunking ou, pour le dire en français, de vérification des faits et de déconstruction des contre-vérités. Une véritable mission de service public remplie dans le respect scrupuleux d’un code de principes élaboré par l’International fact-checking network (IFCN), réseau international de médias spécialisés dans la vérification de faits. Ce travail des équipes d’Arte, de l’Institut national de l’audiovisuel, de France Médias Monde, de France Télévisions, de Radio France et de TV5 Monde est regroupé en une seule et même adresse : http://francetvinfo.fr/vrai-ou-fake/

« Les décodeurs »

Le quotidien Le Monde a mis en place sur son site Internet une rubrique qui va au-delà même de la seule vérification des faits, lesquels appartiennent aux fondamentaux du quotidien français de référence (ils devraient appartenir à tout organe de presse). Les décodeurs proposent aussi d’expliquer clairement tous les sujets qui apparaissent dans l’actualité, afin de les rendre compréhensibles au plus grand nombre. Un traitement par le texte mais aussi avec des graphiques, des vidéos, des analyses de données en « datavisualisation ». Les sources des faits et des chiffres cités sont mentionnées et les lecteurs peuvent solliciter eux-mêmes une vérification. En ligne sur http://lemonde.fr/les-decodeurs.

« L’observatoire du conspirationnisme »

Œuvre de Conspiracy Watch, l’organisation fondée par Rudy Reichstadt (lire notre entretien en pages suivantes), l’observatoire du conspirationnisme est devenu le site de référence consacré à l’information sur le phénomène conspirationniste, le négationnisme et leurs manifestations actuelles. À retrouver sur http://conspiracywatch.info


Entretien avec Rudy Reichstadt : « Quelque chose se joue entre complotisme et populisme »

Fondateur de l’organisation Conspiracy Watch, Rudy Reichstadt dirige l’Observatoire du conspirationnisme. Il a écrit l’an dernier L’opium des imbéciles, essai sur la question complotiste, paru chez Grasset. Il nous explique pourquoi et comment prospèrent les théories du complot.

©Rudy Reichstadt. © J.-F. Paga (Grasset)

Vous avez créé l’observatoire du conspirationnisme en 2007. Qu’est-ce qui, à l’époque, avait motivé cette initiative ?

D’abord un intérêt personnel pour ces questions. Dans l’après 11-Septembre, j’ai vu cet imaginaire complotiste commencer à se banaliser sur Internet. Il n’y existait pas à l’époque, de « lieu », à proprement parler, réunissant à la fois l’état des connaissances disponibles sur le phénomène conspirationniste et qui en propose en même temps une analyse critique et documentée. Depuis le lancement de Conspiracy Watch, le sujet n’a jamais cessé d’alimenter l’actualité et, avec le soutien financier de la Fondation pour la mémoire de la Shoah à partir de 2017, le site s’est professionnalisé pour devenir un véritable service de presse en ligne spécialisé.

Une douzaine d’années après, comment le phénomène a-t-il évolué ?

Le conspirationnisme s’est largement développé, sortant de la relative confidentialité dans laquelle il était cantonné auparavant. Tout indique que cet imaginaire du complot influence de manière substantielle une fraction très importante de la société. Prenez l’exemple du platisme(1) : il y a seulement dix ans, ça n’était tout simplement pas un sujet. Aujourd’hui, des platistes organisent des conférences internationales. C’est un phénomène que l’on ne peut pas penser si l’on ne prend pas en compte l’apparition d’une plateforme comme YouTube, que les complotistes ont massivement investie. Or, plus une théorie du complot est « connue », plus elle a de chances de susciter l’adhésion.

L’épidémie de Covid-19 offre aux complotistes un terrain de jeu formidable, si vous me passez l’expression. Pour quelles raisons ?

C’est le cas de tous les événements marquants qui peuvent être politisés, et celui-ci en est un. À travers l’histoire, les grandes épidémies ont souvent donné lieu à des accusations de facture complotiste. Au XIXe siècle par exemple, certains interprétaient la propagation du choléra comme un complot aristocratique ! La nouveauté avec les épidémies modernes réside dans l’instantanéité avec laquelle ce genre de théories du complot apparaissent : dès le lundi 20 janvier 2020, le jour où les autorités chinoises ont admis officiellement que le nouveau coronavirus pouvait se transmettre entre êtres humains, on a commencé, sur les réseaux sociaux, à pointer un doigt accusateur contre « Big Pharma », le régime de Pékin ou encore la CIA. Le lendemain, on commençait à accuser Bill Gates.

Un point est commun à toutes ces constructions : l’attrait qu’elles rencontrent auprès d’un public crédule. Mais crédule veut-il dire ignorant, peu instruit ou peu éduqué ? 

Vous employez le qualificatif le plus juste : crédule ! De sorte que l’on peut être très diplômé ou très cultivé et préférer pourtant à un moment donné la thèse du complot à la réalité, par idéologie, paresse intellectuelle ou narcissisme. Ce n’est donc pas d’abord un problème d’intelligence ou d’instruction, lesquelles n’immunisent jamais totalement contre le complotisme. D’autant qu’il existe des théories du complot sophistiquées propres à séduire un public plus éduqué que la moyenne. Le film complotiste dont vous parliez, Hold-up, nous prend littéralement pour des imbéciles. De surcroît, on y défend des thèses dangereuses et on y banalise un complotisme qui constitue une menace peut-être mortelle pour la démocratie. C’est pourquoi je plaide pour que, par rapport au complotisme, on sorte résolument de la culture de l’excuse, laquelle me paraît inspirée par une démagogie dont je m’étonne qu’on n’y voit pas ce qui pourtant saute aux yeux : une condescendance épouvantable à l’égard de ceux qui sont intoxiqués par les théories du complot.

De récentes enquêtes d’opinion montrent que les électeurs du Rassemblement national sont plus sensibles que les autres aux thèses complotistes(2). Que faut-il en déduire, outre le risque que vous évoquez pour la démocratie ?

Ceux qui adhèrent aux théories du complot sont dans la dénégation, rejettent les faits communément admis mais sont capables d’évoluer en fonction des besoins, de l’idéologie, des rapports de force… Les Français qui croient, par exemple, à l’existence d’un « complot sioniste mondial » sont plus nombreux parmi les électeurs du Rassemblement national, puis ensuite chez ceux de la France insoumise. Très clairement, quelque chose se joue entre complotisme et populisme, ce qui confirme que le complotisme relève bien d’un discours éminemment politique.

Quelle est la part des responsabilités des médias ? Ils ont beau pratiquer le fact-cheking, et certains avec toute la rigueur et l’abnégation nécessaires, la crise de confiance qui les touche semble annihiler l’effet de ce travail…

Le complotisme est l’une des causes, et pas seulement un symptôme, de la crise de confiance dans les médias et, en général, dans les grandes paroles d’autorité. Les adeptes de cette vision du monde ne se contentent pas de se détourner des médias professionnels classiques. Ils vont s’abreuver à des sources toxiques, ouvertement manipulatrices, pour y trouver une confirmation de ce qu’ils pensent déjà ou pour savoir ce qu’ils doivent penser. C’est pourquoi il est très important de comprendre que le complotisme n’est pas principalement une réaction aux mensonges. Car c’est une étrange manière d’exprimer son refus d’être manipulé que de commencer par se ruer sur des sites de charlatans qui exploitent vos passions tristes et votre crédulité.

Il arrive aussi que l’exemple complotiste vienne d’en haut : DSK, Fillon, Sarkozy voient derrière leurs ennuis des cabales, des organisations, des complots… Difficile, dès lors, pour un pouvoir politique, de battre en brèche l’argumentaire complotiste ?

Vous pourriez ajouter à votre liste Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, bien sûr, mais aussi Emmanuel Macron qui, au moment où a été révélée l’affaire Benalla, a laissé entendre que cette histoire avait pour but de casser l’effet sur sa popularité de la victoire de l’équipe de France de football en Coupe du monde ! On est là face à un conspirationnisme d’autodéfense assez répandu dans la vie politique, celle-ci étant en effet souvent faite de petite trahisons et de coups bas. Toutefois, nos responsables politiques ont un devoir d’exemplarité : il est capital qu’ils ne s’abandonnent pas à ce que, par ailleurs, ils ne se privent pas de dénoncer chez leurs rivaux.

Avec Internet, le phénomène n’est-il pas appelé à se développer encore ? Au fond, votre combat n’est-il pas perdu d’avance ?

On est toujours sûr de perdre les combats qu’on ne mène pas. Si le complotisme est probablement aussi ancien que les sociétés humaines, l’échange et la diffusion des théories complotistes ont explosé avec le haut débit, les réseaux sociaux et les smartphones. Alors, certes, rien ne dit qu’une nouvelle configuration technologique et médiatique ne créera pas un équilibre moins propice à la diffusion de ce genre de thèse. Mais, pour l’instant, je ne vois pas de raisons d’être particulièrement optimiste, car les générations socialisées politiquement dans un environnement très influencé par cet imaginaire complotiste vont peu à peu remplacer celles qui les précèdent.

Pour, éventuellement, finir sur une note d’espoir, peut-on voir dans la défaite de Trump et, donc, dans la victoire de Biden, une mise en échec du complotisme ?

En partie, oui, je le crois. Les Américains auraient pu reconduire Donald Trump pour un nouveau mandat. Ils ont choisi la rupture et c’est à mettre au crédit de cette vieille démocratie. Mais une fois qu’on a dit cela, le problème reste intact. L’élection de Trump en 2016 a plusieurs causes et la montée en puissance du complotisme en est une. Le fait qu’il refuse de reconnaître que son rival démocrate Joe Biden l’a emporté loyalement s’inscrit dans cette dynamique. Et l’administration Biden devra composer avec cet héritage empoisonné.

Propos recueillis par Sylvain Villaume

(1)Platistes est le surnom donné aux personnes pensant que la Terre est plate. Selon un sondage, 2 % des Français en sont convaincus, et 7 % estiment cela possible.

(2) Selon une étude de l’Ifop menée début 2019 pour la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch, 22 % des sympathisants du RN pensent par exemple que l’attentat de Strasbourg ayant causé la mort de 5 personnes fin 2018 constituait « une manipulation gouvernementale » pour détourner l’attention du mouvement des Gilets jaunes, contre 10 % pour la moyenne des sondés.


« Il est d’utilité publique de démonter ces théories »

Une série documentaire disponible sur le site de France Culture nous plonge, comme son titre l’indique, dans Les Mécaniques du complotisme. Au printemps, Alain Lewkowicz s’est penché sur les théories du complot générées très tôt par l’épidémie de Covid-19.

« Le complot ne date évidemment pas d’aujourd’hui, comme le rappellent plusieurs épisodes de la série. Mais quand, au début du confinement, France Culture m’a demandé de traiter du Covid-19 par ce biais, j’y ai

Alain Lewkowicz, journaliste et documentariste © DR

retrouvé en temps réel l’utilisation de très vieilles ficelles. La construction d’une théorie du complot utilise à chaque fois les mêmes ressorts, à commencer par la crédulité du public visé et le manque d’informations autour du sujet concerné. À partir du moment où l’on ne sait pas expliquer quelque chose qui fait peur, la machine est lancée. Des failles permettent aussi à ces mécanismes de se mettre en action : en l’occurrence, des erreurs de communication et pas mal de médiocrité sûrement dans la gestion de la crise. Au niveau mondial, avec l’OMS qui a perdu 15 jours pour délivrer des informations pourtant cruciales,  comme en France, la conduite des événements a laissé s’insinuer le doute qui nourrit la bête. Je ne pouvais évidemment pas imaginer, au printemps, le succès que connaîtrait Hold-up quelques mois plus tard ; mais l’évidence que cette crise allait constituer une aubaine pour les complotistes est apparue immédiatement comme avec ce gilet jaune qui expliquait dans une vidéo vue plus d’un million de fois que le virus était une invention de l’Institut Pasteur, « juste pour le fric »(1). Une théorie du complot comme celle-ci naît sur un terreau fertile mais c’est un phénomène assez inévitable à cause notamment d’un accès inégal à l’éducation et à l’information. Nous, journalistes, nous avons un rôle là-dedans. C’est difficile, mais nous devons connaître nos dossiers, avoir des infos en béton, ce qui nécessite du temps, de l’exigence, des moyens. C’est de moins en mois possible, c’est pourtant d’utilité publique de démonter les théories du complot ! Mais beaucoup, dont les chaînes d’info, préfèrent jouer sur l’émotion plutôt que présenter la vérité. Ces médias-là fonctionnent déjà dans le registre de la post-vérité, font appel à des sentiments très humains, ce n’est pas bien glorieux mais ça marche. »       

Propos recueillis par S. V.

(1) Se faisant appeler Cat Antonio, cet homme a été condamné le 5 novembre pour diffamation. Ses propos sans fondement avaient valu à des collaborateurs de l’Institut Pasteur, qui avait dû porter plainte, des injures, des menaces et des propos haineux… 

Complot ou conspiration ?

Les mots conspirationniste et complotiste ont effectué leur entrée assez récemment dans les dictionnaires : en 2012 pour le premier puis en 2017 pour le second, s’agissant du Petit Larousse. Mais alors, quelle est la différence entre l’un et l’autre ? « Une théorie du complot est un récit circonstancié tandis que le conspirationnisme est un mode de discours, explique sur son site internet l’Observatoire du conspirationnisme. Plus précisément, c’est le discours qui fournit leur structure narrative à toutes les théories du complot (…). Depuis quelques années, les termes  complotisme et conspirationnisme sont utilisés de manière quasiment interchangeable, le premier tendant à se substituer au second. » Alors, complot ou conspiration ? Disons les deux, pour simplifier sans galvauder, le conspirationniste postulant que l’opinion est manipulée, tandis que le complotiste s’évertue à en donner un exemple précis (l’assassinat de Kennedy, le 11-Septembre, l’attentat de Strasbourg par exemple), échouant néanmoins à réfuter les éléments de nature à le contredire.

De la Révolution française au « grand remplacement »

Lancé à la rentrée de septembre 2019, le podcast de France Culture explore de nombreux événements ayant généré des thèses complotistes. Les attentats du 11 septembre 2001 y prennent bien sûr une place de choix, mais aussi le génocide rwandais ou encore, plus loin de nous dans le temps, la Révolution française. Des fantasmes à la vie dure sont également disséqués, comme celui que suscite le groupe Bilderberg, rencontre de décideurs américains et européens qui formeraient « un gouvernement mondial secret », ou les Jésuites qui, depuis le 16e siècle, prépareraient (lentement, alors…) l’avènement d’un nouvel ordre mondial. Sans oublier les vieilles lunes de l’extrême-droite française, du négationnisme de Faurisson au « grand remplacement » cher aux Le Pen et Zemmour. 

À l’heure où internet et les réseaux sociaux constituent un formidable accélérateur pour la diffusion de fausses nouvelles en tout genre, Mécaniques du complotisme démontre comment, « hier cantonnées aux marges, les théories les plus improbables ont gagné en audience et en respectabilité » pour parvenir à devenir « un phénomène culturel majeur. »

Une série documentaire à consulter sur http://franceculture.fr/emissions/mecaniques-du-complotisme