Jeune trentenaire et docteur en criminologie, Christoffer Carlsson est le nouveau petit prodige du polar suédois. Son 2ème roman, Le syndrome du pire a reçu dans son pays natal le Prix du roman policier de l’année. C’est donc légitimement qu’il redonne vie à son anti-héros Leo Junker, dans son dernier opus, Nuit blanche à Stockholm, aux éditions Flammarion.

Il n’est pas nécessaire d’avoir lu Le syndrome du pire pour suivre l’intrigue de Nuit Blanche à Stockholm. Des allusions explicatives au détour d’une conversation ou d’une réflexion apportent suffisamment d’informations au lecteur. L’auteur nous glisse une nouvelle fois dans la peau de Leo Junker. Le flic n’a pas encore digéré la bavure avec les affaires internes, il est mal vu par ses supérieurs et la plupart de ses collègues, carbure aux antidépresseurs et ne sait pas vraiment où va le mener sa tentative de relation avec Sam. Il faut dire que le personnage, bien que lecteur des romans de Fred Vargas, n’est guère sympathique, on a parfois envie de le secouer mais on l’accepte finalement dans notre paysage littéraire. Pour les quelque 374 pages du bouquin en tout cas.

Un sociologue Thomas Heber est assassiné dans une rue de Stockholm. Leo et Gabriel Birck mènent l’enquête et remontent le fil de l’étude menée par Heber, ancien membre d’un groupuscule contestataire mal vu par la sécurité intérieure, la Säpo qui les court-circuite et reprend l’affaire. Avec un nom comme Säpo qui rappelle un peu la ZEPO syldave de Tintin et un personnage ambigu et antipathique comme Goffman, on réunit tous les éléments d’un roman d’espionnage bien mené par son jeune auteur qui démontre une certaine finesse psychologique dans ses personnages. On découvre également les milieux extrémistes suédois ainsi que l’envers du décor d’une partie du monde trop souvent idéalisée, où règnent comme partout ailleurs racisme et violence.