Stéphane Hablot, maire et conseiller départemental de Vandœuvre-lès-Nancy, tantôt considéré comme un caillou  dans la chaussette du parti à la rose, tantôt comme un véritable parangon des valeurs socialistes, ne laisse personne indifférent. Avec un franc-parler qui détonne clairement dans le paysage politique, l’édile la joue franc-tireur impénitent entre coups de gueule et trémolos dans la voix quand il entonne, les soirs de victoire, Ma France de Jean Ferrat. Et si l’originalité comme l’indépendance du personnage semblent agacer nombre de ses pairs, elle fédère ses administrés. Et ce, au vu de ses résultats, tant aux municipales qu’aux départementales.

Stéphane-Hablot (© HMD)Vandoeuvre, ville jeune, où le chômage est important (25% des jeunes) et où 90 nationalités différentes cohabitent, fait figure de ghetto du Grand Nancy. Qu’en pensez-vous ?

Dans les années 70, il y avait une certaine mixité, on a détruit des quartiers populaires pour construire des HLM comme la Californie, le Haut-du-Lièvre, et comme à Vandoeuvre. C’était positif : on amenait la modernité. Mais dans les années 80, avec la crise on a dû loger beaucoup de gens, des populations réfugiées, des gens démunis, et on a fait la connerie de tous les mettre aux mêmes endroits. En arrivant, j’ai vu des trucs intolérables en termes de conditions de vie dans certains quartiers. Pour l’heure oui, il faut casser ce ghetto, mettre à terre les immeubles dégueulasses et indignes, et reconstruire intelligemment, des habitations moins hautes, où on n’entasse pas les gens de la sorte, avec de la verdure et surtout, il faut globaliser les stratégies à l’échelle de la CUGN. Les communes autour de Nancy doivent construire également des HLM, ce n’est pas à Vandœuvre-lès-Nancy qui en est déjà constituée à 40% d’en assumer plus. Et puis si on continue ainsi à parquer les gens dans des conditions détestables, on le paiera cher. Le gouvernement a fait une chose très bien, il était temps : il impose désormais que toutes les villes aient au moins 20% d’HLM et c’est le Préfet qui, quand les villes ne respecteront pas la loi, au lieu de mettre des amendes, imposera les constructions ! La raison pour laquelle j’ai été réélu, c’est justement parce que je veux introduire du haut standing dans les HLM, faire des constructions moins hautes, des parcs. Il est certain que ça n’arrange pas les promoteurs ces projets-là, mais je ne suis pas là pour les promoteurs. À force de privilégier la proximité, d’offrir de véritable services aux citoyens en éducation, en culture, en sport, d’être proche des gens, la ville identifie leurs besoins et peut y répondre. On a encore l’image d’une ville dortoir mais cela change.

La ville est peu endettée, l’endettement par habitant est étant près de 4 fois inférieur à la moyenne nationale, pensez-vous tenir le cap en matière d’investissements urbanistiques avec la diminution des dotations ?

Et on n’a pas augmenté les impôts depuis 2008 ! Vandoeuvre étant une ville sensible, on bénéficie d’aides spécifiques. Après, l’État nous demande beaucoup d’efforts, efforts qu’on peut faire dans une certaine mesure. Ce qui est indécent, c’est de diminuer nos dotations en augmentant nos charges. On ne peut pas nous demander de réorganiser les rythmes scolaires à grands frais et à nos frais, tout en nous coupant les vivres. Si l’État diminue trop fortement nos dotations, on sera bien obligés de trancher et comme je ne veux pas transiger sur la proximité, ce sont ces fameux rythmes qui pourraient sauter.

Quels enjeux défendez-vous à la CUGN pour la deuxième ville du département ?

À la Communauté Urbaine, nous ne faisons pas de politique politicienne, mais de la concertation dans l’intérêt intercommunal, quand des emplois sont créés à 15 kilomètres de Vandoeuvre c’est intéressant pour les Vandopériens, à condition qu’ils y aient accès par le transport et les services ! Si André Rossinot veut détruire le Haut-du-Lièvre, c’est bien. À condition que l’on n’envoie pas tout le monde ici. Chaque maire œuvre aux intérêts de toute la communauté entière et globalement les enjeux sont les mêmes pour tous en termes de mobilité, d’éducation, d’emplois.

Vous avez frôlé l’élection au premier tour des élections départementales, à quoi attribuez-vous ce succès alors que le camp socialiste a subi la sanction des urnes partout en France ?

Quand on est élu, on ne l’est pas pour un parti ou une étiquette, on l’est pour tous les habitants et cela je ne l’oublie pas, du coup je ne fais pas de langue de bois : quand quelque chose est faisable, je le dis, quand ce n’est pas le cas, je le dis aussi. Et je me fiche des logiques d’appareil, je consulte la base. J’imagine que cela se ressent et que les gens me font confiance.

Quel est votre point de vue sur la réforme territoriale ?

Le département est un échelon important pour tous les projets locaux. Sur ce dossier, je suis étonné par l’excès et le manque de discernement du gouvernement : ils ont découpé des cantons qui font 70 km de long ! Où est la proximité ? Il faut respecter les échelons intermédiaires qui permettent aux élus de voir, entendre et comprendre. Pour les grandes problématiques structurantes de territoire comme le transfrontalier, les infrastructures routières et ferroviaires à grande échelle, tous les services qui demandent une vision globale et ne sont pas soumis à une proximité directe, c’est une bonne idée. L’ALCA peut être un moteur sur de grandes orientations économiques à l’échelle européenne, à condition que ces grandes instances travaillent avec la base, les villes, les communautés urbaines. Je ne crois pas à la verticalité du pouvoir, c’est ainsi que les gens se sentent à juste titre abandonnés et qu’ils finissent par voter FN. La réforme est une bonne chose, mais la conservation des départements est importante : à quoi sert de parler de transfrontalier et de vision à long terme quand les individus ont devant chez eux une voie constellée de trous et des transports inadaptés à leurs besoin ?

Que pensez-vous de l’action globale du gouvernement ?

Le gouvernement a été élu sur la base d’un engagement clair et net : la régulation du monde de la finance et le vœu de s’attaquer aux problèmes du quotidien des Français : l’emploi, l’accès aux soins, le pouvoir d’achat. Et ce que j’observe de l’action depuis l’élection présidentielle me consterne : des réformes appliquées brutalement, sans réelle concertation… Michel Sapin qui promet tous les jours que l’emploi est en hausse alors que les chômeurs augmentent tous les jours. Valls et Cambadélis qui donnent des leçons pour le parti… J’ai le sentiment qu’on entend régenter la vie des gens dans des salons de thé, qu’on a oublié de remettre les individus au centre de la réflexion. On parle logiques d’appareil et frondeurs. Mais le parti c’est un outil qui permet de travailler, de réfléchir avec les gens ! Pas un dogme qu’on essaie d’appliquer ou derrière lequel on se cache ! Tout n’est pas à jeter, mais s’engager ce n’est pas promettre des choses qu’on ne peut pas tenir. Je n’ai d’ailleurs pas plus confiance en les frondeurs qui me semblent pour la majorité se soucier plus de leur carrière que des Français. Et le bilan vous l’avez dans les urnes.

Qu’est ce qui fonde votre engagement en politique ?

La politique c’est l’affaire de tous : c’est la vie de la cité. Tout individu qui habite la cité fait de la politique, est concerné par la vie commune, est impliqués dans les réalités environnantes. Moi j’ai l’impression d’avoir toujours été engagé en politique, depuis tout petit : ma mère était conseillère municipale à Longwy, quand les usines du Pays-Haut ont fermé, j’étais adolescent. J’ai vécu les grands mouvements de révolte ouvrière contre les fermetures d’usines et les suppressions d’emploi alors qu’on tuait une industrie et j’étais dans le mouvement sans le savoir car je vivais au milieu de tout cela. On a participé aux Flammes de l’espoir, on voulait que les écoles restent ouvertes. On était dans la politique car on n’était ni dans un dogme ou un parti mais parce qu’on était dans la vie. Et la vie c’est un emploi, un logement, vivre avec les autres, faire du sport, avoir accès au savoir… La dignité en somme. Et tout cela était menacé là-haut. La gauche pour moi, c’est la fidélité à l’esprit de la Résistance pour ne plus aller vers la barbarie, et la meilleure manière d’éviter la barbarie, c’est de donner à chacun les moyens d’accéder à cette dignité.