Lyliane Beauquel © C. Hélie Gallimard

Entre drames et amours, L’Année des nuages, quatrième roman de la nancéienne Lilyane Beauquel, nous plonge au cœur des rêves et des doutes de jeunes gens syriens et français animés par les mêmes pulsions de vie. Rencontre.

Adam est un jeune syrien qui a fuit la guerre pour suivre des études de médecine à Montpellier. Tandis qu’il vit une relation ambiguë avec Chloé, il reste obsédé par le souvenir de Nora, restée au pays et qu’il espère retrouver. Autour d’eux, leurs amis étudiants sont eux aussi confrontés aux aléas de la vie. Au sein d’un roman à l’écriture sensible, souvent poétique et parsemé de visions, le rêve et la réalité, parfois rude, se côtoient avec un impératif : vivre, malgré tout.

Les personnages de vos romans évoluent dans des contextes difficiles : la Première guerre mondiale dans Avant le silence des forêts, une Scandinavie inhospitalière dans En Remontant vers le nord, Fukushima après la catastrophe dans L’Apaisement, et la Syrie avec ce dernier roman. Pourquoi ces choix ?

La question au centre de tous mes romans est de savoir comment faire cohabiter un désir de vie dans des situations difficiles, auprès de jeunes gens qui sont animés de ces pulsions, mais aussi face à leurs propres contraintes. Dans L’Année des nuages, Adam oscille entre souffrances et possibilités d’avenir. En évoquant la Syrie, je savais que j’allais agiter des choses, il y a beaucoup de turbulences sur ce sujet mais on ne doit pas l’éviter.

Comment vous êtes-vous approchée de votre sujet, la migration et l’exil ?

J’ai eu l’occasion de côtoyer des migrants dans la jungle de Calais et à Malte, et de mener des ateliers de langue française auprès de syriens. Ce sont eux qui m’ont donné envie d’écrire ce livre. J’ai beaucoup appris sur leurs envies, leurs aspirations : ces gens ont les mêmes désirs que nous, et c’est par ce biais que j’ai voulu apprivoiser le lecteur.

La Syrie n’apparaît qu’en filigrane, à travers des récits. Pourquoi ce point de vue distancié ?

Je voulais plutôt inviter le lecteur à vivre à la hauteur des sensations, des attentes d’Adam. Être très proche de ce jeune homme, c’est peut-être la meilleure façon de comprendre une situation dont on a tous entendu parler mais qui est très complexe, et finalement nous semble très éloignée de nous.

La violence survient aussi du côté du pays d’accueil dans L’Année des nuages

Il y a des personnages qui symbolisent la brutalité de nos sociétés vis-à-vis de ces réfugiés. Elle survient souvent chez ceux qui projettent leurs frustrations sur l’autre, la femme voilée, le migrant… nous vivons une époque d’individualisme où les cohabitations sont souvent, au mieux, des indifférences.

En comparaison de ce que vivent Adam, Nora ou Jad, l’autre jeune homme syrien du roman, on a le sentiment que les jeunes étudiants français ont souvent des préoccupations bien futiles. Était-ce voulu, pour créer un contraste entre eux ?

Ce sont eux aussi de jeunes gens avec leurs aspirations, et parler de leurs vies à un moment d’incertitude, au début de leurs études, les lient à Adam ou à Jad. Et ils poursuivent aussi un idéal commun : l’amour, quelque chose de rare qu’il ne faut pas abandonner.

Un idéal qui semble difficile à atteindre dans L’Année des nuages

Ce qui est au cœur de ce roman, c’est l’espoir, qu’il faut entretenir à une époque où l’on observe tous les jours les scissions au sein de la société, dans un monde complexe. Il faut aimer cette complexité, susciter le débat et les rencontres, pour s’accorder, se retrouver dans des moments communs. Et le roman, par la liberté qu’il offre, peut en partie apporter cela.

L’Année des nuages par Lilyane Beauquel, chez Gallimard.