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Le Musée d’art moderne Grand-Duc Jean plus connu sous l’appellation Mudam, fête, cette année, son dixième anniversaire. L’occasion d’en savoir un peu plus sur ce jeune musée mais également sur son directeur, Enrico Lunghi, qui en a pris les rênes en 2009.  

L’art contemporain, vous êtes tombé dedans tout petit ?

Pas du tout. J’ai fait des études d’ingénieur en bâtiment à l’Institut supérieur de technologie. Je me suis, dès lors, également intéressé à l’architecture puis à l’histoire de l’art. L’intérêt pour l’art contemporain est venu progressivement. Je suis parti du principe que si les grands architectes et les grands artistes de la Renaissance révélaient leur temps et permettaient de mieux comprendre l’histoire, il était judicieux de s’intéresser aux artistes d’aujourd’hui pour savoir comment ils voyaient notre monde. C’est donc l’aboutissement de tout un cheminement.

Un cheminement qui vous a mené à la direction du Mudam. Quel a été votre parcours sur le plan professionnel ?

Pendant mes études, j’étais guide free-lance, notamment pour la ville de Luxembourg et je donnais des cours en histoire de l’art. J’ai ensuite rejoint l’équipe du Musée national d’histoire et d’art en tant qu’assistant. Au fil des années, la direction m’a confié de plus en plus de missions. L’aventure s’est accélérée quand, avec Jo Kox, nous avons ouvert le Casino – Forum d’Art Contemporain qui fête, cette année, ses 20 ans (l’endroit vient de rouvrir ses portes après une importante rénovation). Lorsque Marie-Claude Beaud (directrice du Nouveau Musée National de Monaco) a quitté son poste de directrice du Mudam, j’ai fait acte de candidature et on m’a fait confiance.

C’est quoi le Mudam, pour vous ?

Le Mudam c’est avant tout un cadre magnifique avec un superbe bâtiment (œuvre de l’architecte sino-américain Ieoh Ming Pei), adossé aux vestiges du Fort Thüngen et un parc. C’est un lieu « trait-d’union » entre la vieille ville et le quartier européen du Kirchberg. C’est un endroit où l’on se sent bien. L’ambition, à partir de ces atouts, est de permettre à chacun de vivre une expérience, tant sur le plan émotionnel qu’intellectuel, qui soit la plus riche possible. Pour ce faire, le Musée accueille de très nombreux artistes d’aujourd’hui. Ils sont principalement, pour ne pas dire exclusivement, tous encore en vie. Les œuvres se caractérisent également par leur grande diversité, dans leur forme et leur esthétique. Le Mudam, c’est une grande ouverture sur le monde.

Choisir d’ouvrir un café-restaurant au sein même du Musée participe de cette expérience que vous souhaitez partager ?

Nous avons effectivement voulu que ce café soit installé au cœur du même du Musée, avec une esthétique en harmonie avec le lieu. Cet espace de convivialité qui invite à prendre son temps, fait partie intégrante de la visite. C’est également le cas en ce qui concerne la boutique, qui ne commercialise que des objets originaux, souvent de jeunes créateurs, ou bien encore pour l’espace Studio, récemment crée à destination des enfants. Ces différents espaces ne sont pas des annexes. Ils composent un ensemble. Il y a une unité, une cohérence.

Comment se porte le Mudam ?

Pour l’heure, tout va bien. L’an dernier nous avons accueilli 90 000 visiteurs, soit 20 000 de plus que ce qu’avançaient les prévisions. En ce qui concerne, notre collection, elle compte 650 œuvres d’artistes originaires d’une cinquantaine de pays différents, y compris du Luxembourg. Faire mieux connaitre les artistes luxembourgeois fait partie de notre mission et nous l’assumons, dès lors, bien entendu, que la qualité est au rendez-vous.

Après sept années à la tête du Musée, de quoi êtes-vous le plus fier ou le plus satisfait ?

Le Mudam est aujourd’hui très ancré dans son territoire. La population locale commence également à venir régulièrement afin de découvrir les nouvelles expositions, le programme évoluant trois fois par an. Ce n’était pas le cas, il y a encore quelques années à peine. Les gens venaient une fois. Ils étaient allés au Mudam, alors pourquoi y retourner ? Parallèlement à cet ancrage local, le Musée a également réussi à se faire connaître et reconnaître à l’international. Le Mudam est considéré comme un Musée de références dans l’art contemporain, en Europe et dans le monde. Le Centre Pompidou de Paris ou le MoMA de New York nous connaissent et il nous arrive de collaborer. Je tenais à réussir ce grand écart, entre ici et ailleurs. C’est en bonne voie.

Le Mudam a été créé en 2006. Cela fait donc tout juste 10 ans. Un anniversaire que vous allez fêter avec le public ?

À partir de début juillet, nous accueillerons, notamment, une grande exposition de l’artiste belge Wim Delvoye qui est un peu chez lui au Luxembourg, puisque cela fait plus de 30 ans qu’il expose dans le pays. Il a d’ailleurs marqué l’ouverture du musée avec la création de sa Chapelle (2006). Luxembourg est la seule ville au monde à avoir exposé l’ensemble de ses Cloacas, ses machines à faire de la merde (oui, du caca). Une grande fête est également prévue les 2 et 3 juillet. Le Mudam sera alors ouvert tout au long de la nuit et accueillera différentes performances. Comme tous les ans, nous accueillons également de nombreuses expositions, tout au long de l’année.

LES EXPOS ACTUELLES
Fiona Tan, Geography of Time, jusqu’au 28 août
Damien Deroubaix, Picasso et Moi, jusqu’au 29 mai
Sarah Oppenheimer, S-399390, jusqu’au 29 mai
Béatrice Gibson, jusqu’au 29 mai
Quiz 2 – Sur une idée de Robert Stadler, jusqu’au 22 mai
Pour tout savoir sur ces expositions, celles à venir
et connaître le programme des manifestations
organisées dans le cadre du dixième anniversaire du Mudam :
www.mudam.lu