Avec son physique fragile et ses relations, Maurice Ravel aurait pu éviter d’aller faire « la guerre ». Mais pas question pour lui de faire comme si de rien n’était. Dans son dernier roman, Les forêts de Maurice Ravel, paru aux éditions La Table Ronde, l’écrivain Michel Bernard nous relate la vie de l’artiste pendant et après la grande guerre.
BERNARD Michel (©Hélène-Bamberger)

Michel Bernard raconte le quotidien du compositeur Maurice Ravel à partir de 1916. (©Hélène-Bamberger)

Avec son mètre 61 et ses 48 kilos, Maurice Ravel était un homme chétif. Mais alors que la première guerre mondiale fait rage, le célèbre compositeur n’a pas l’intention de poursuivre son existence comme si de rien n’était, alors que des millions d’hommes ont été mobilisés pour défendre le pays. À 41 ans, en mars 1916, juste après avoir achevé son Trio en la majeur, Maurice Ravel rejoint Bar-le-Duc, puis Verdun. Engagé volontaire, conducteur d’ambulance, il est chargé de transporter jusqu’aux hôpitaux de campagne des hommes broyés par l’offensive allemande. C’est à ce tournant de sa vie que Michel Bernard a choisi de l’accompagner pour raconter, librement, le quotidien du « conducteur Ravel » dans l’Est, au cœur de cette guerre « qui l’avait distrait de lui-même, avant de le soustraire à la vie ». Heureusement, malgré les atrocités de la guerre, dans les forêts, les oiseaux ne s’arrêtent pas de chanter, même sous les obus. Il suit ensuite Ravel quand il sera réformé en 1917. Un retour à la vie civile qui s’avère difficile car sa santé est fragile et le moral au plus bas. Mais il compose à nouveau. Son célèbre Boléro date de 1928. À 50 ans, Ravel est « réclamé dans toutes les capitales d’Europe » et à Saint-Jean-de-Luz, où il se rend tous les étés, le Basque (il est né à Ciboure, en 1875) est reçu comme un prince. C’est le temps des honneurs. Michel Bernard raconte enfin, le « Ravel » des années 30. À partir de 1933, la maladie l’empêche alors de composer. Au fil du temps, le compositeur n’est plus que l’ombre de lui-même et finit par tirer sa révérence le 28 décembre 1937, à Paris. Né à Bar-le-Duc, Michel Bernard qui est haut fonctionnaire et auteur d’une demi-douzaine d’ouvrages, signe là un roman servi par une écriture fluide et une belle langue.