Maire de Sierck-les-bains depuis 2008, président de la Communauté de Communes des Trois Frontières et Vice-président du Conseil Départemental de la Moselle, Laurent Steichen tient à mettre en valeur les territoires ruraux et les petites communes. À l’heure du projet de loi sur la réforme territoriale, elles constituent selon lui une richesse en termes financiers et humains.

Laurent-Steichen (© Stéphane Thévenin)Lorsqu’il a décidé de « prendre la municipalité » de Sierck-les-bains en 2008, Laurent Steichen souhaitait « redorer le blason » de ce gros bourg de 1700 habitants, frontalier avec le Luxembourg et proche de l’Allemagne, qui devait « renouer avec son image commerçante et développer le tourisme ». Un territoire modestement peuplé à l’image de la toute jeune Communauté de Communes des Trois Frontières dont il prend la tête en 2014, mais que Laurent Steichen ne souhaite pas pour autant voir jouer les seconds rôles. « Les chiffres ne veulent pas dire grand chose : une ville se définit par les services qu’elle propose, et nous les avons, lance-t-il. À Sierck-les-bains, je me dis moi-même « chef de village » avec beaucoup de fierté ».

Cité-carrefour bâtie autour du Château des Ducs de Lorraine et entre ses fortifications, en bords de Moselle, Sierck-les-bains est géographiquement enclavée. Mais pour son maire, pas question de laisser les éléments limiter le développement de la commune : « ce n’est pas forcément un mal de ne pas pouvoir s’étendre, fait-il remarquer. S’agrandir engendre des coûts de voirie, d’éclairage public par exemple. Je préfère « remplir les dents creuses ». » Selon l’élu, des loyers trop élevés laissent des habitations vacantes, poussent ceux qui s’installent à déménager dès que possible. Un seul levier est à la disposition de la municipalité : le logement social. Des projets sont en cours, notamment au sein d’un presbytère réhabilité.

La situation transfrontalière de Sierck-les-bains et de la Communauté de Communes constitue un atout, notamment en termes d’emploi, mais le défi pour ces territoires est de représenter davantage que des lieux de passage : la fermeture de la ligne ferroviaire Thionville-Apach, le reversement d’une partie des richesses des Trois Frontières à l’État constituent le revers de la médaille pour ce territoire transfrontalier. Le terroir et le patrimoine naturel de l’agglomération : « une richesse qui n’est pas délocalisable »Mais il existe « une richesse qui n’est pas délocalisable » s’empresse de faire remarquer Laurent Steichen : le terroir et le patrimoine naturel de l’agglomération, qui a inauguré l’an dernier sa Maison de la Nature à Montenach. « Nos châteaux, nos manifestations comme les brocantes, le Pôle des Métiers d’Art, le marché de Noël, constituent des outils de développement à considérer, explique-t-il. Au niveau de la Communauté de Communes, nous essayons de créer un Office du Tourisme de Pôle : il faut revoir leur rôle, mutualiser ».

Laurent Steichen a travaillé pendant 30 ans dans le monde associatif, en participant notamment à la création du festival Vache de blues, puis dans l’économie solidaire au Luxembourg. Aujourd’hui amené à assurer plusieurs mandats, récemment nommé Vice-président aux Finances, à l’Économie, aux Relations internationales et au Tourisme au sein du Conseil Départemental, l’élu UDI assure qu’il ne se détournera pas de son investissement envers Sierck-les-bains, et les communes en général. « Je n’abandonne pas ma ville, j’apprends à travailler différemment. Au Conseil Départemental, je peux me rendre compte que nous ne sommes pas seuls à porter les intérêts des communes ».

Il est « vent debout » face aux réformes territoriales en cours au niveau national, qui encouragent les petites communes à se regrouper et ambitionnent « Ce n’est pas en déshabillant des territoires à qui l’on a confié des responsabilités que l’on va faire des économies. »de créer des communautés de communes de 20 000 habitants minimum. Il tempête, même : « On parle d’un mille-feuilles territorial, alors qu’il s’agit d’une richesse ! On ne tient pas compte des bassins de vie, des habitants, on ne parle que de chiffres, alors que les communes créent des bénéfices et ne coûtent pas cher en comparaison de l’appareil d’État. Nous n’avons même pas été concertés au niveau local ». De même, ce qu’il nomme « les hypra-régions » participeront pour Laurent Steichen à éloigner les élus des habitants, avec des coûts qu’il estime plus élevés qu’avec le système actuel. Il craint également que ce projet, qui vise à rationaliser l’organisation des territoires, ne multiplie le nombre de fonctionnaires en lieu et place du travail des élus, et donc les coûts. Avec l’Association des Maires Ruraux, via l’esprit « de libre coopération » au sein de sa Communauté de Communes, en développant le volet économico-touristique au sein du département comme dans les communes des Trois Frontières, Laurent Steichen compte faire valoir les atouts des petites villes et de la ruralité, qui, si elles font office de particularité, voire d’aberration française, sont pour lui « vitales, pour les habitants, pour l’économie et un tourisme réformé. Allons au bout de la décentralisation : ce n’est pas en déshabillant des territoires à qui l’on a confié des responsabilités, et qui sont créateurs de richesses, que l’on va faire des économies ».