La contrebassiste Esperanza Spalding est l’un des objets les plus fascinants de la sphère jazz nord-américaine. Elle suit une solide formation classique tout en étudiant le jazz à l’Université de Portland, puis rejoint la Berklee school of music, avant de devenir à 20 ans la plus jeune professeur de l’histoire de la prestigieuse structure. Elle est nommée Meilleure nouvelle artiste aux Grammy awards en 2011 ; un adoubement mainstream inattendu qui ne conditionnera pas son évolution. Elle invite Wayne Shorter sur Radio Music Society en 2012, puis continue à expérimenter avec Chamber in music en 2015, livrant une musique de chambre ouverte à l’improvisation. Pour Emily’s D+Evolution, elle attire dans son orbite une superbe équipée : le rappeur Common, Karriem Riggins, ex-batteur de J Dilla, la pianiste Diana Krall, le guitariste Matthew Stevens (qui a officié aux côtés de Christian Scott) le tout sous la férule de Tony Visconti, producteur de David Bowie. Pour l’occasion, Esperanza se crée un alter ego, Emily, comme pour mieux laisser libre cours à des envies d’hybridation et de transformation, qui palpitent au sein ce nouvel essai. Entre rock, soul, funk et jazz, Emily’s D+Evolution est littéralement habité par des compositions virtuoses qui s’entremêlent sans cesse. L’écoute est haletante : on ressortirait de chaque morceau totalement lessivé si le talent d’Esperanza Spalding pour conjuguer instrumentistes de talent, chœurs omniprésents et envolées vocales inattendues et galvanisantes ne tenait pas l’ensemble d’une main de maître. Superbe et luxuriant, ce troisième album à l’architecture complexe dévoile chaque détail de ses multiples strates au fil des écoutes, mais dès votre première visite, vous serez porté par une énergie rock et soul totalement grisante. Prenez votre ticket, et suivez le prodige.