Dans le cadre d’une soirée consacrée à Chostakovitch, Debussy et Ravel, l’Orchestre philharmonique du Luxembourg accueillera deux invités de marque, le vendredi 12 décembre : le chef d’orchestre tchèque Jiri Belohlavek et le violoniste arménien Sergey Khachatryan. Deux perfectionnistes dans leur domaine. Deux passionnés aussi.
Sergey Khachatryan © Marco Borggreve

Sergey Khachatryan  (Photo : Marco Borggreve)

Ils ne sont pas de la même génération mais cultivent la même passion brûlante pour la musique. Elle coule dans leurs veines et forge leur caractère trempé dans les notes. Vendredi 12 décembre, lors d’une soirée où se succéderont, sur les partitions, Dmitri Chostakovitch Concerto pour violon et orchestre n°1, Claude Debussy Prélude à l’après-midi d’un faune (lire autre texte) et Maurice Ravel Daphnis et Chloé, suite n°2, l’Orchestre philharmonique du Luxembourg sera rejoint par deux personnalités de la mouvance classique. À la baguette, Jiri Belohlavek, 68 ans. Au violon, Sergey Khachatryan, 29 ans. Un Tchèque, un Arménien. Deux pointures. 

Jiri Belohlavek aurait pu faire carrière en tant que violoncelliste, mais très vite il troque son archet contre un pupitre de chef d’orchestre. L’homme est plutôt doué, comme le confirme sa place de finaliste au concours de direction d’orchestre de Herbert von Karajan, alors qu’il est encore étudiant au Conservatoire de Prague. En 1990, il touchera au but en prenant la direction de l’Orchestre philharmonique tchèque. L’expérience sera de courte durée (deux ans), puisqu’il est remplacé par l’Allemand Gerd Albrecht, après un vote à bulletin secret des musiciens. Une première dans l’histoire de cette formation alors sur le déclin. Loin de s’avouer vaincu, ce fanatique de la précision et du détail fonde le Prague Philharmonia, qui se forge une réputation internationale. Au cours de sa carrière, il se produit avec les orchestres les plus réputés et dans les théâtres lyriques les plus célèbres. En 2012, alors qu’il dirige l’Orchestre symphonique de la BBC, il retrouve son poste à la tête de la Philharmonie tchèque. La boucle semble bouclée. À l’époque, cette nomination fut considérée comme une belle occasion de redorer le blason de cet ensemble.

Deux invités
de marque
cultivant
une même
passion brûlante
pour la musique

L’autre étoile de la soirée, Sergey Khachatryan, est issu d’une famille de musiciens. Lusine, sa sœur, est une pianiste de renom, et il se produit d’ailleurs parfois avec cette habituée, comme lui, des récompenses. Réfugié à 6 ans à Francfort avec ses parents, cet Arménien s’est distingué 9 ans plus tard, en devenant le plus jeune lauréat du concours international de violon Jean Sibelius à Helsinki. En 2005, il a aussi récolté le premier prix du concours de la Reine Elisabeth à Bruxelles. Un an plus tôt, le 10 décembre plus exactement, à la Halle aux Grains de Toulouse, le jeune soliste avait ébahi son auditoire, sur un Stradivarius le Huggins 1708, dans le Concerto pour violon et orchestre en Ré Majeur, op. 47 de Jean Sibelius. Une constante chez cet artiste habité par la perfection, comme il est habité par la musique de Bach, dont il a dit un jour qu’elle purifiait son âme.


DEBUSSY L’IMPRESSIONNISTE
Claude Debussy © DR

Claude Debussy © DR

C’est un des morceaux qui a révolutionné la musique classique. Inspiré du poème de Mallarmé, L’Après-Midi d’un faune, le Prélude à l’après-midi d’un faune de Claude Debussy a jeté les fondations de l’impressionnisme musical. Achevée en 1894, cette œuvre symphonique, la première du genre pour le compositeur français, a connu un succès immédiat. Elle se distingue notamment par son grand raffinement et sa forme libre. Un chapelet d’impressions colore cette pièce et transporte l’auditeur dans un écrin de sensualité et de volupté bercé par des sonorités nouvelles. Debussy avait résumé ainsi sa création : « La musique de ce Prélude est une illustration très libre du beau poème de Stéphane Mallarmé. Elle ne prétend nullement à une synthèse de celui-ci. Ce sont plutôt des décors successifs à travers lesquels se meuvent les désirs et les rêves d’un faune dans la chaleur de cet après-midi. Puis, las de poursuivre la fuite peureuse des nymphes et des naïades, il se laisse aller au soleil enivrant, rempli de songes enfin réalisés, de possession totale dans l’universelle nature. »