(© Pascal Bastien)
Dans le monde des artistes photographes, le Déodatien Philippe Colignon s’est taillé la réputation d’un homme discret, sensible… et incontournable. Il a travaillé avec Michel Butor, André Villers, Benoît Duteurtre, Jean Malaurie ou Jean Bazaine. Sa dernière aventure l’entraîne entre les lignes d’une romancière. Une exposition et un livre sublimes sont nés de cette rencontre.

« S’il avait été méchant, Philippe Colignon aurait fait une immense carrière ». L’affirmation, signée de son confrère et compère Philippe Lutz, est troublante, mais si juste au fond. Car le monde des artistes nourrit aussi ses requins. La méchanceté, selon Philippe Lutz, est une histoire d’agressivité et de brutalité, celles qu’on enseigne et vénère dans les écoles de commerce. Une histoire aux antipodes des valeurs de Philippe Colignon et de l’idée qu’il se fait de la vie.

Cet artiste est une incarnation de la sensibilité. Il est d’une élégance rare. On la retrouve dans ses photographies, y compris les plus sombres, où même les ombres s’apprêtent. Son œuvre est terrible. Parce qu’elle mêle la connaissance et la précision, celle de l’horloger que Philippe Colignon fut à ses débuts. Elle mêle la rigueur, la force du regard, la foi dans le temps et le doute de l’homme libre. Philippe Colignon : « Un jour, dans une conversation entre photographes, l’un d’eux me dit « tu devrais aller photographier le coucher de soleil sur le Honneck ». Je me souviens être parti dès le lendemain au fond du défilé de Straiture. Ici, en hiver, c’est l’Oural ! Cette mousse, ces bois verts, c’est puissant, mais ce n’est pas triste ».

Son œuvre est terrible. Parce qu’elle mêle la connaissance et la précisionCe n’est pas l’esprit de contradiction qui déclinait la proposition de son collègue, c’est une idée de la beauté, jamais cliché, simplement simple, noire ou blanche, rebelle et imprévisible. Philippe Lutz : « Nous nous sommes rencontrés la première fois en 2000 et nous avons sympathisé tout de suite. Philippe Colignon est un vrai professionnel, doté d’un savoir-faire en termes de lumière, d’éclairage et de tirage. Il est vraiment très fort dans ce domaine et sait faire parler au mieux un fichier numérique. Il est surtout quelqu’un de très généreux, qui partage son savoir. C’est une qualité assez rare chez les artistes qui sont facilement jaloux les uns des autres ». Peut-être est-ce le parcours, atypique, du bonhomme qui a fondé cette capacité d’ouverture.

Philippe Colignon n’a pas toujours été sur les entêtes des bristols et des pinces-fesses des galeries d’art. Il a travaillé avec sa grand-mère, bijoutière à Saint-Dié, avant de rejoindre le musée de la ville pour des travaux de tirage. C’est alors que le conservateur, Albert Ronsin, avait envisagé pour lui l’école du Louvre. Si la vie en a décidé autrement, aucune frustration ne plane. Et pour cause. Son métier est sa passion, sa passion est son art. Ils vont l’amener à travailler avec le gratin. Avec André Villers, d’abord, le pote à Prévert, portraitiste de Dali, Ferré, Picasso, Fellini ou Cocteau. Lequel Villers va lui faire rencontrer le magnifique Michel Butor et son bel air de César. « Tous deux m’ont appris à être honnête en photographie, ils m’ont appris la poésie ».

En 1989, Philippe Colignon travaille sur des textes manuscrits de Michel Butor, ce qui donne lieu à un premier livre, L’humus inscrit. Un second, sur un poème en cinq strophes, naîtra ensuite avec la complicité de l’épouse du poète et romancier. Plus encore que la collaboration de deux artistes, c’est la rencontre de deux hommes qui marque Philippe Colignon : « Michel Butor était un homme tout gentil, un nounours, presque un père Noël ». Aujourd’hui, c’est avec la romancière Claudie Hunzinger qu’il s’ingénie. Le résultat est splendide : le photographe signe les portraits des personnages du roman L’incandescente, dernier-né de la famille de Claudie Hunzinger.

Une exposition peaufine la rencontre et sur le coup, c’est Marylène qui est la complice. Elle est l’épouse de Philippe, artiste-peintre et lectrice-amatrice des textes de Claudie Hunziger. Marylène, Philippe, deux artistes sous le même toit, au fait, c’est comment dans la vie ? « L’un attend le regard de l’autre », commente Philippe sobrement, amoureusement. Dans la vie, il fait aussi papi. Artiste à plein temps.

L’exposition Extases de Philippe Colignon et Claudie Hunzinger,
est visible jusqu’au 17 décembre
À la galerie d’art contemporain du CEPAGRAP,  de Saint-Dié-des-Vosges.

Pour en savoir plus sur Philippe Colignon et ses activités de conseil, formation et tirages haut-de-gamme  www.philippecolignon.com