Le cycle tentaculaire des Cités Obscures de Benoît Peeters et François Schuiten dessine la cartographie de mondes entremêlés. Un univers sans fin d’aventures et d’explorations totalement unique. Chez Casterman.

On peut parler de monument, ou plutôt d’une foisonnante et inextricable forêt de monuments. Composée de douze albums, les Cités Obscures ont une place à part dans la bande-dessinée franco-belge depuis la publication des Murailles de Samaris en 1982 dans (A suivre). Nous y découvrons des villes et des personnages plongés dans des futurs antérieurs et des réalités qui se répondent : Samaris, Urbicande, Brüsel, Pâhry sont les reflets déformés de notre monde. Les albums ont été récemment réédités chez Casterman dans quatre belles intégrales augmentées de contenus supplémentaires.

Les véhicules et les bâtiments rétro-futuristes nés du trait de François Schuiten, les intrigues baroques sorties de l’imagination de Benoît Peeters n’ont pas pris une ride. Empruntant des éléments à nos cités terriennes et à notre réalité, les Cités obscures communiquent avec elles par une série de passages secrets, au propre comme au figuré. Dans La Théorie du Grain de sable, des minéraux apparaissent comme par magie dans la ville de Brüsel ; dans La Tour, Giovanni Batista a en charge l’entretien d’une partie de cet immense édifice dont il ne connaît ni la base ni le sommet, et décide de partir l’explorer, tandis qu’à Samaris le visiteur perd rapidement la notion du réel et du factice. Dans La Fièvre d’Urbicande, un mystérieux cube apporté à « l’Urbatecte » Eugene Robick va bouleverser la physionomie et par là l’organisation sociale de cette cité divisée entre riches et pauvres. Créateurs d’une galerie de personnages iconoclastes et rebelles qui se croisent au fil des albums, Schuiten et Peeters n’ont pas fait que construire un monde fascinant et une ode à l’imaginaire évoquant Kafka ou Jules Verne. Ils interrogent aussi la condition des humains qui se côtoient dans des villes à la fois terribles et merveilleuses.