Après Ailefroide, Altitude 3954, Jean-Marc Rochette nous emmène à nouveau vers les sommets avec Le Loup, face-à-face haletant entre l’homme et la bête, à la fois lutte et réflexion sur la possibilité d’une harmonie. Chez Casterman.

La couverture seule de cette nouvelle histoire de Jean-Marc Rochette suffit à enthousiasmer le lecteur qui a déjà eu entre les mains Ailefroide, Altitude 3954. On y retrouve ces blancs, ces bleus, ces noirs qui émerveillaient déjà dans son précédent récit autobiographique. L’auteur passionné d’alpinisme parvenait déjà à y retranscrire la nature à la fois monolithique et changeante des montagnes, dans ses beautés comme dans ses pièges, où le personnage principal touchait le divin et frôlait la mort. Le Loup, son nouvel album, investit le même cadre avec un propos différent, sur un format bien plus court rappelant la nouvelle. Il débute par un massacre : celui des bêtes de Gaspard, vieux berger endeuillé par la perte de son fils, par une louve. D’un coup de fusil, il venge son troupeau, sous les yeux du louveteau qui reviendra le harceler à l’âge adulte. Débutera alors une traque impitoyable qui unira de diverses façons l’homme et l’animal.

Au-delà de la question de la réintroduction du loup dans les Alpes, qui sert de contexte à l’histoire, c’est la communion avec la nature, l’acceptation des bienfaits comme des malheurs qu’elle apporte, qui en sont les thèmes. Se détachant nettement lors des journées ensoleillées, verdissante dans les alpages, se transformant à une brume noire et blanche lors des tempêtes, la montagne est peinte avec talent par Rochette. Il fait preuve du même talent dans le récit de cette fable, où de l’opposition immémoriale et irrationnelle menée par l’homme contre la Bête sauvage, naîtra autre chose, Gaspard étant bien plus que berger ou chasseur : un être humain qui entre en relation avec la nature de diverses manières. Émouvante et haletante, cette rencontre avec Le Loup est un concentré de beauté et d’émotions.