Ses remparts, ses ruelles pavées de pierres de Brac, ses édifices baroques, ses maisons aux toits de tuile rouge… Vous avez le tournis ? C’est normal, vous êtes à Dubrovnik. La perle de l’Adriatique ensorcelle, captive, régale. Un concentré d’histoire qui a survécu à la guerre serbo-croate des années 90, pour le plus grand plaisir des touristes qui s’y ruent chaque été.

« Si vous voulez voir le paradis sur terre, venez à Dubrovnik. » Ceux qui ont déjà visité la « perle de l’Adriatique » , comme on l’a surnomme souvent, seront sans doute d’accord avec le dramaturge irlandais George Bernard Shaw. Une fois franchis ses splendides remparts, bâtis entre le 13e et le 16e siècle – un des temps forts de la visite, avec une vue radieuse sur la vieille ville et la mer chatoyante – on bascule dans un autre monde, comme hors du temps.

Pas un hasard si la série Game of Thrones est allée y poser ses caméras. On hésite entre le décor de théâtre et l’hallucination. C’est beau des pavés au ciel bleu, du marbre qui habille ses rues étroites aux tuiles rouges qui coiffent ses maisons. Un régal, comme un avant-goût d’Eden. Le mont Srd, accessible via un téléphérique, est une autre manière de savourer ce petit bijou médiéval que la guerre des Balkans a bien failli rayer de la carte au début des années 90 ( lire autre texte ).

Proche de la France, à seulement 2h15 de Paris en avion, Dubrovnik concentre l’essentiel de ses trésors dans son cœur historique, irrigué de ruelles et entièrement piétonnier, ce qui accentue le charme ambiant. Suffocante en été, en raison de l’engouement qu’elle suscite auprès des visiteurs, elle offre un visage encore plus séduisant en hiver, quand le calme est revenu. Inutile de dire que les romantiques seront aux anges dans les bras de cette grande rivale de Venise, en flânant le long des remparts ou dans le vieux port par exemple. Les sites dignes d’intérêt ne manquent évidemment pas, à commencer par ses deux monastères, franciscain et dominicain. Le premier, de style roman, dévoile un petit jardin très dépaysant avec ses orangers et ses palmiers ; l’oasis parfait pour souffler un peu. L’édifice est aussi connu pour abriter une des plus anciennes pharmacies d’Europe, ouverte en 1317 et toujours en activité.

Le second, mélange de style gothique et Renaissance, recèle entre autres une centaine de manuscrits du Moyen Âge, conservés précieusement dans la bibliothèque et ses 16 000 volumes. La fontaine d’Onofrio, gravement endommagée durant le terrible séisme de 1667, est un autre monument emblématique de l’ancienne Raguse. Avec ses 16 faces surmontées d’un dôme, elle s’avère particulièrement imposante. Il faut aussi citer les palais du Recteur et Sponza, où encore la tour de l’Horloge, qui se dresse sur la place Luza.

Ce qui fut jadis la place du Marché sert aujourd’hui de décor au Festival d’été, dont on célébrera la 68ème édition en 2017, qui a acquis une réputation internationale dans le domaine de l’art théâtral et du ballet. C’est sur cette agora que se termine la Placa, souvent appelée Stradun, l’artère principale de Dubrovnik, qui fait la jonction entre les deux principales portes de la ville, dont la Porte Pile, l’entrée principale. Bordée de boutiques, de restaurants et de terrasses de cafés, ce grand axe à l’architecture baroque est autant apprécié des habitants que des touristes. En particulier à la nuit tombée, quand les lumières se reflètent sur les dalles polies par le temps…


LE PHÉNIX DE L’ADRIATIQUE

dubrovnik angle (©123RF)

(Photos : © 123RF)

Celle que l’on surnomme « la perle de l’Adriatique » a bien failli être rayée de la carte, au début des années 90, par la guerre opposant les Serbes aux Croates, elle qui s’était relevée de plusieurs incendies et tremblements de terre au cours de sa longue histoire, notamment celui, extrêmement violent, qui causa la mort de 5 000 personnes en 1667, quand la cité s’appelait encore Raguse ( ndlr : le dernier séisme en date remonte à 1979 ) . Difficile aujourd’hui d’imaginer que la ville médiévale, entièrement restaurée avec le concours de l’UNESCO, fut la cible de bombardements intensifs menés par l’Armée populaire yougoslave. Ce pilonnage en règle, entamé le 6 décembre 1991, causa des dégâts importants, atteignant près de 60 % des immeubles et transperçant des dizaines de toits de tuile… À l’intérieur du périmètre historique, on recensa à l’époque quelque 1 100 points d’impacts dans tous les quartiers.

À cette violence infligée au patrimoine s’est ajoutée celle, plus profonde et lente à cicatriser, commise à l’encontre des habitants, qui ont payé un lourd tribut à ce conflit des Balkans.

Dix officiers de l’armée fédérale, dont 4 généraux, seront d’ailleurs inculpés à la fin des années 2000 par la justice croate de crime de guerre contre la population civile et de destruction de biens culturels historiques. Selon l’acte d’inculpation, 116 civils ont péri et des centaines d’autres ont été blessés dans le bombardement de la ville et des alentours entre 1991 et 1992.