SORTIE LE 9 OCTOBRE

Présenté comme l’un des films les plus attendus de cet automne, le Joker de Todd Phillips brille par la performance de Joaquin Phoenix, qui s’est investi physiquement et mentalement pour ce rôle compliqué. Le résultat est époustouflant, dans la lignée du Joker sublimé par Heath Ledger dans le Dark Knight de Christopher Nolan.

C’est le genre de rôle scruté comme le lait sur le feu. Le genre à ressembler à une ascension de l’Everest. La faute à Heath Ledger, dont la performance étourdissante avait mis tout le monde d’accord en 2008, dans le 2e volet du Batman façonné par Christopher Nolan. Dans la famille des Joker du cinéma, il y a eu un avant et un après The Dark Knight, au passage le chef d’œuvre de cette saga très sombre.

Le Joker mitonné par Todd Phillips – l’homme derrière la trilogie alcoolisée Very Bad Trip – a frappé les esprits lors de sa présentation à la Mostra de Venise, où il a obtenu le Lion d’or. Et son acteur principal y est pour beaucoup. Disons que ce film interdit aux moins de 17 ans aux Etats-Unis est un peu la chapelle Sixtine de Joaquin Phoenix, un des comédiens les plus talentueux de sa génération. Plus fort que Ledger ? L’intéressé l’a joué modeste, préférant rendre « Ce n’est pas un film sur le Joker mais sur le fait de devenir le Joker. C’est à propos de l’homme qu’il y a derrière »hommage au comédien disparu. « Le Joker de Heat ? Sans égal. » Reste l’évidence : il crève l’écran dans la peau d’Arthur Fleck, un comédien de stand-up raté qui vit seul avec sa mère à Gotham City, et va peu à peu sombrer dans la folie à la suite d’une série de revers. L’acteur de 44 ans s’est totalement investi pour incarner ce personnage torturé en quête d’identité. Il a suivi un régime drastique, qui l’a fait fondre de 25 kilos, pour parvenir au physique anguleux du clown. Une privation de nourriture qui a affecté sa santé mentale, comme il l’a confié. « À force, on finit par devenir complètement fou ! » Plus dur encore : Joaquin Phœnix a dû travaillé d’arrache-pied sur le rire particulier de son personnage pour en faire quelque chose de presque douloureux. Le résultat est à la hauteur des efforts accomplis… et il fait froid dans le dos.

Ceux qui s’attendent à une autre adaptation du Joker des comics originaux risquent d’être surpris. Car Todd Phillips en propose une nouvelle approche. « Ce n’est pas un film sur le Joker mais sur le fait de devenir le Joker. C’est à propos de l’homme qu’il y a derrière », a-t-il déclaré au magazine américain Empire. Joaquin Phœnix a lui aussi tenu à ne pas se laisser influencer par les performances de ceux qui l’avaient précédé dans ce costume très lourd à porter.

Décrit comme sombre, violent et perturbant, Joker pourrait servir de rampe de lancement aux Oscars pour son interprète principal, dont le CV bien chargé compte notamment un Golden Globe du meilleur acteur pour Walk the Line, et le prix d’interprétation à Venise en 2012 pour The Master. On rêve déjà d’une consécration à Hollywood pour ce Joker réinventé que certains ont qualifié de merveille. « Le film de super-héros le plus audacieux et excitant depuis The Dark Knight », selon le site américain spécialisé Indiewire. Le tapis rouge est déroulé. Place désormais au verdict du public.


Un Joker de luxe

Rarement un personnage n’aura été autant exposé à la critique dans le monde des comics que celui du Joker. Depuis les années 80, l’ennemi juré de Batman a connu trois interprètes différents au cinéma, avant la performance – très attendue – de Joaquin Phoenix. Le premier à endosser son visage, Jack Nicholson, avait placé la barre assez haute sous la conduite de Tim Burton, en 1989. Le dernier en date, Jared Leto, n’avait pas laissé un grand souvenir avec sa performance décalée dans le Suicide Squad de David Ayer (2016). Entre-temps, Heath Ledger – un des deux cowboys de Brokeback Mountain – avait mis tout le monde d’accord dans le Batman très sombre livré par Christopher Nolan. En matière de Joker, The Dark Knight, le Chevalier noir (2008) reste à ce jour la référence, au point où ce super-vilain volait presque la vedette à l’homme chauve-souris. A juste titre, vu la performance de son interprète, décédé 6 mois avant la sorte du film, qui deviendra le mètre étalon du personnage au cinéma. Un Oscar posthume lui a d’ailleurs été remis pour ce rôle parmi les plus intenses du 7e art. Un régal !