© Illustration : Philippe Lorin

« Quand je m’emmerde, je me tire ». À un journaliste, lors d’une de ses venues à Lunéville, en 2008, Jean-Pierre Coffe expliquait ainsi son goût de batifoler (1) : « Je suis la démonstration qu’on peut réussir sans études, avec un peu de chance. Dans ma vie, tout est hasard. J’ai écrit une vingtaine de livres, des préfaces, jusqu’à 37. Le premier en 1979, Gourmandise au singulier, a été un flop considérable, et le second en 1989, Le bon vivre, s’est vendu à 600 000 exemplaires. J’ai écrit une pièce de théâtre, Descente au plaisir, que j’ai jouée ici, au théâtre de Lunéville. Et peut-être bientôt un roman. Je ne fais que ce qui m’amuse. Quand je m’emmerde, je me tire et je fais autre chose. Je suis curieux de tout ». Huit ans plus tard, non qu’il s’emmerdait mais son cœur lâchait, Jean-Pierre Coffe tirait sa révérence. Il partait accompagné d’une foule d’hommages, autant sur l’homme, sincère, chaleureux et gueulard, que sur l’héritage et le message : de tous les chroniqueurs gastronomiques, le natif de Lunéville est celui qui a le mieux médiatisé, au point de l’incarner, le combat contre la malbouffe. Il collectionnait et utilisait les tribunes médiatiques pour passer le ce message, devenu très populaire avec son tonitruant « c’est de la merde ! ». Sa carrière professionnelle est à l’image du bonhomme, pleine de variations. Bien avant son long parcours télé et radio (Canal +, TF1, France 2, RTL, Europe 1…), il démarre comme représentant chez JOB, la marque de papier à cigarettes, qui l’a repéré dans une petite annonce du Figaro où Jean-Pierre Coffe avait réduit son CV à ce titre culotté : « Ne sait rien faire, mais plein de bonne volonté ».Jean-Pierre Coffe avait réduit son CV à ce titre culotté : « Ne sait rien faire, mais plein de bonne volonté ». Il tiendra quelques restos, à Paris mais aussi en Guadeloupe où il organise un jour de 1979 le déjeuner en marge d’un sommet. À sa table, quatre chefs d’État : Valéry Giscard d’Estaing, le chancelier allemand Helmut Schmidt, le premier ministre britannique James Callaghan et le président des États-Unis Jimmy Carter. Revenu le lendemain avec sa famille dans le resto de Coffe, Carter commande alors un hamburger. Fin de non-recevoir. « C’était de la mauvaise éducation. Ce type entre dans un restaurant français et me demande un hamburger, alors que je venais de le nourrir trois fois lors de dîners officiels. Je trouvais ça si mal élevé que je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire : « Mais moi, je mange des hamburgers quand je suis aux États-Unis, je ne demande pas une blanquette de veau » », racontera Jean-Pierre Coffe au Figaro. Carter claque la porte du resto et la presse américaine se lèche les babines : « L’homme qui a dit non à Carter », titre Newsweek. Tout ou presque prédestinait Jean-Pierre Coffe à entrer dans l’univers du manger. Ses aïeux sont tous Lorrains, tous plus ou moins liés à la culture et à la cuisine des produits de la terre : sa grand-mère cuisinière, son grand-père maraîcher, son arrière grand-père épicier et jardinier, on trouve aussi des cultivateurs, à la pelle, un huilier, un pâtre… Même dans les patronymes qui poussent sur son arbre généalogique, « cuisine et bonne chère sont partout », révèlent les auteurs du Dictionnaire étonnant des célébrités : « on trouve une lignée de Mangeon, une famille Gigout, alias Gigot, dont les membres épousaient des Lassauce et des Lerognon, une aïeule nommé Anne Raclette »… et même des Maldiné. À l’occasion d’une de ses dernières visites à Lunéville, en 2016, Jean-Pierre Coffe avait offert à ses compatriotes une émouvante balade en ville, assaisonnée de commentaires sur les lieux de son enfance (il a vécu 14 ans à Lunéville) : la petite cour intérieure de sa maison natale, le 47 rue d’Alsace où ses parents tenaient un salon de coiffure, l’Eden bar, la pâtisserie dont « la marchande avait une poitrine resplendissante ». Il s’était aussi confié sur la gastronomie lorraine (1) : « Il faut redonner à la Lorraine le courage de défendre un patrimoine gastronomique absolument unique : plus de la moitié des grands desserts actuels ont été inventés ici, dans la région. Les pâtés de viande aussi sont nés ici, et personne n’en parle ! ». La Lorraine, c’est pas de la m… .

(1) Le Républicain Lorrain, 1er septembre 2008