DOSSIER SPÉCIAL :  GEORGES BRASSENS, 100 ANS D’ÉTERNITÉ


Il voulait à ses débuts que d’autres interprètent ses chansons. Pendant sa carrière et surtout après sa disparition, des chanteurs français et du monde entier ont repris nombre de ses textes mythiques. La preuve de l’universalité de sa poésie et de son esprit libertaire, tendre et malicieux, qui s’est perpétué à travers divers styles musicaux.

Ils furent déjà nombreux à interpréter ses textes de son vivant. La toute première, bien entendu, fut Patachou, qui le mit véritablement en lumière sur la scène de son cabaret. Le soir du 24 janvier 1952, avant de lui céder la place sur scène, elle chante Margot et Les Amoureux des bancs publics. L’année suivante paraît Patachou chante Brassens, la même année que son premier disque La Mauvaise réputation. Barbara, Les Frères Jacques, Maxime Le Forestier sortiront également des albums de reprises, tandis que d’autres reprennent quelques-unes de ses chansons : Juliette Gréco (Chanson pour l’Auvergnat, La Marche nuptiale, Le Temps passé), Françoise Hardy avec Il n’y a pas d’amour heureux, Aznavour sur Je me suis fait tout petit, Sardou avec Marinette, Chanson pour l’Auvergnat par Nicoletta…

Après sa disparition, ses complices Jean Bertola et Joël Favreau, son guitariste, ont contribué à perpétuer sa mémoire. Le premier avec deux albums de ses textes restés inédits, Dernières Chansons en 1982 et Le Patrimoine de Brassens en 1985, le second à travers trois disques et de nombreux concerts. Le grand poète populaire que fut Brassens a influencé plusieurs générations d’artistes. La chanson française traditionnelle a logiquement largement puisé dans le charme et la force de ses textes. Il y eu bien sûr Renaud, considéré comme l’un de ses héritiers, avec un célèbre album de 1996. D’autres francophones vont, avec plus ou moins de réussite et dans des styles variés, reprendre « le bon maître », tels que Thomas Dutronc, Sanseverino, Noir Désir pour les plus médiatiques, mais aussi des musiciens plus confidentiels. Avec Contrebrassens en 2014, Pauline Dupuy lui rend un hommage réussi, salué par la presse et l’association Les Amis de Georges.

La chanson d’influence ska des Weepers circus, des Ogres de Barback ou de Debout sur le zinc entretient une filiation indéniable avec le plus célèbre des libertaires. Ces trois groupes et quelques autres sortent un album de ses textes en 2011. Dans le registre des musiques extrêmes et urbaines, l’esprit Brassens a toute sa place : le groupe punk toulousain Brassen’s not dead se consacre à faire revivre son répertoire, célébrant l’union de la rage et de l’humour qu’ont en commun le chanteur et la scène punk. Le hip-hop, un autre héritier de la chanson contestataire française, aime aussi Brassens : le Sétois Demi-portion, qui reprend Le Mécréant, le considère comme « le premier rappeur » et on ne peut s’empêcher de retrouver en Oxmo Puccino, dans l’exigence de ses textes, son engagement, sa douceur et même sa carrure quelque chose du chanteur disparu.

En regardant au-delà des frontières, on remarque rapidement que l’œuvre de Brassens a largement dépassé les frontières de l’Hexagone. En 1979, Paco Ibanez enregistre un disque de ses chansons en castillan, qui aura droit à une sortie française. L’auteur-compositeur néo-zélandais Graeme Allwright s’entoure des musiciens de Brassens Pierre Nicolas et Joël Favreau pour un disque de douze reprises en 1984. En allemand, en polonais, en tchèque, en chilien, en italien, en hébreu… les reprises en langue étrangères sont innombrables. On note aussi l’attrait irrésistible qu’exerce Brassens chez les interprètes en dialectes divers et variés : le basque, le créole, le kabyle, le lombard, l’espéranto et même le francique avec l’album Chanson pour l’Auvergnat en lorrain roman de Camille et Xavier Pontoy en 2010 font résonner ses textes. Au-delà d’être le reflet d’une époque, la poésie de Brassens a transcendé les étiquettes, les frontières et les générations.