C’est une flatterie ? Non, sire, c’est un constat. Ce Normand est bel et bien installé dans le Top 10 ou 20 des chouchous des Lorrains. Il balade sa gouaille sur les ondes de France Bleu. Sa bouille, sur les écrans de France 3. Fondateur de la fête La Lorraine est formidable, il avance dans la vie avec de bons mots et une belle humanité. Voici Jérôme Prod’homme.
Jérôme-Prodhomme-(©Vianney-Huguenot)

(©Vianney-Huguenot)

Ne vous fiez pas trop à sa calvitie parfaite. Contrairement aux apparences, Jérôme Prod’homme est un sujet difficile à peindre. Un mélange étonnant, délicieusement français. Il a un petit côté « Vieille France », qui fleure la boutique à papa. Ses parents étaient artisans-bouchers à Argentan, en Normandie. Il y est né, en 1975. L’histoire est jolie : son père œuvrait dans la boucherie qui dévisageait la boulangerie d’en face, où travaillait sa maman. Après la Normandie, ce sont les Pays de Loire, puis Rennes. Des régions de son enfance et de son adolescence, il garde le souvenir et l’amour des mélanges. Une tambouille typiquement provinciale faite de cultures ouvrière, paysanne et bourgeoise, une tante employée chez Motta (les fameuses glaces), un « oncle coco », un statut de « fils de boucher » qui lui colle aux basques… « Tout ça m’a rendu transversal ». « Le manque d’empathie explique beaucoup des problèmes aujourd’hui dans cette société qui, à bien des égards, me fait peur.  »

Là, peut-être, naît son goût de l’empathie. Plus qu’un goût, un besoin de s’identifier aux autres, juste quelques instants, pour comprendre et ne pas juger bêtement. Une éthique qu’il tient de ses parents : « Je n’ai jamais entendu mes parents juger quelqu’un ». Jérôme Prod’homme semble habité par une pensée qui ressemble à ça : je n’aurais peut-être pas fait mieux, ni moins, ni pire, ni plus, si j’avais été comme eux, formé comme ça. C’est « dans des familles bienveillantes » qu’il a reçu son éducation. « Le manque d’empathie explique beaucoup des problèmes aujourd’hui dans cette société qui, à bien des égards, me fait peur. On est dans un contexte très proche de la Révolution Française ». Il parle aussi de la violence sur les réseaux sociaux, de la culture du clash et du buzz. Et puis des petits gros. Lui, le svelte, est touché, blessé, par cette « cruauté » à l’endroit de ceux qui n’y peuvent rien. « Je n’aime pas l’antisémitisme et le racisme. Je ne comprends pas. Je comprends encore moins quand cela affecte ceux qui n’y peuvent rien. Tu es gros, maigre, homo, c’est quelque chose que tu n’as pas choisi ». Du même tonneau, il écrivait ceci en mai, sur sa page Facebook, avec la sensibilité militante : « Ce dimanche est la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. J’ai une pensée pour celles et ceux qui en sont victimes dans leur quotidien, au travail, dans la rue, et même en famille. J’ai connu ça. Nous avons toutes et tous connu ça… Être moqué, attaqué ou même agressé parce qu’on est différents, alors qu’on ne l’a pas choisi, c’est absolument injuste (…) Ce serait tout aussi injuste si c’était un choix. » Il embraye : « Mais je ne suis pas parfait ! Je suis aussi égoïste… et libéral. » Il m’offre un café, une autorisation de fumer et un rire. Une merveille tonitruante. Égoïste et libéral, drôle et sincère. Et « vieille France », donc. Mais une vieille qui se bouge les fesses. Une France fière de ce qu’elle est, généreuse et curieuse, panachée, bariolée, semblable au paradoxe Prod’homme. « Vieille France », donc. Mais une vieille qui se bouge les fesses. Une France fière de ce qu’elle est, généreuse et curieuse, panachée, bariolée…Qu’est-ce qu’un paradoxe ? Je vous laisse appeler le Gros Robert, qui vous servira plusieurs définitions. Je vous en ponds une très personnelle, puisée dans mon problème du moment : « Paradoxe : portrait difficile à conclure et titrer ». Ce garçon est impossible à dessiner d’un trait. Moderne et tradi. Bobo tendance populo. Dandy gourmand, de bons mots, de vannes bien grasses aussi. Poli, sage, et polisson (ça, c’est pour le jeu de mots, mais je crois bien qu’il polissonne tout de même). Pas donneur de leçons. Maniant la provoc’ à stylos mouchetés : « Je n’ai rien contre l’art moderne, mais s’ils pouvaient nous proposer autre chose que les plugs sapins place Vendôme ou le « vagin de la reine » à Versailles, je les aimerais mieux, les artistes contemporains. Et même si je suis archi loin d’être un cul béni, essayez voir de faire de l’art sans bite, c’est joli aussi parfois et ça ne fait pas que choquer, ça fait réfléchir aussi… », écrit-il sur sa page Facebook, très alimentée, likée, commentée.  Ce qui titre ou sous-titre sa vie, c’est la radio. C’est son moteur. À 16 ans, il n’est pas loin de son bac littéraire, il fonde la radio de son lycée. « En fait, j’émettais dans la cafétéria. À 10 heures, il y avait l’horoscope, que j’avais écrit juste avant, en cours de math ». Il tire ensuite les sonnettes des radios de Rennes, entre à Radio Caroline, anime une émission de voyance. « Je recevais les appels pour une voyante complètement à l’ouest. » L’aventure Radio France démarre en 1998 à Laval, où Jérôme Prod’homme arbitre en direct « la guerre des bistrots » : « Pendant cette émission, deux bistrots s’affrontaient et on offrait au gagnant le poids de la patronne en cacahuètes ». En 2001, la direction de France Bleu Lorraine le veut sur ses ondes. Il dit oui, arrive à Nancy avec ses valoches et sa question, pas existentielle mais ce n’est pas loin : « Oh la vache, mais qu’est-ce que je fous là ? ». Et puis les Cordons bleus, les grandes affaires criminelles, le Grand défi, et le voilà enraciné, heureux, dans sa Lorraine.


« Je suis devant une page blanche »

j.prodhomme-(©DR)

(©DR)

Résumons. Jérôme Prod’homme, homme de radio, depuis trente ans si l’on inclut radio-cantoche et son horoscope. Homme de télé, aussi. Il vient d’achever sa saison de Rendez-vous au gîte, sur France 3, où il a accueilli une flopée de personnalités du showbiz, Lââm, Julien Lepers, Tom Novembre, Jean-Claude Dreyfus, Jeane Manson, Michael Jones… Même Murray Head et Casimir se sont pointés là-haut. « J’ai toujours voulu faire de la télévision mais ma maison, mon pivot, mon port d’attache, c’est France Bleu ». Jérôme Prod’homme, c’est aussi Les Princiales, l’entreprise porteuse, entre autres, de l’événement La Lorraine est formidable. Il a fondé le concept et chaque année (l’édition 2015 vient de s’achever au lac de Madine), ce sont des milliers de Lorrains qui affluent pour découvrir les multiples talents de la région. Un rassemblement hors-normes, étonnant et coloré, sans doute l’une des plus belles vitrines de la Lorraine. Rendez-vous au gîte  s’arrête. « Après trois ans de bons et loyaux services, il était temps de passer à autre chose, pour France 3 et pour moi», s’explique-t-il sur Facebook. Quant à La Lorraine est formidable, de fait, l’événement est à un tournant. Alors, « l’ALCA est formidable », naîtra, naîtra pas ? Réponse de Jérôme Prod’homme, à lire absolument avec l’humour qui caractérise le bonhomme : « L’ALCA est formidable ? Je ne voudrais pas passer pour un collabo ! » Il réfléchit à une idée sur la grande région, « mais je voudrais que ce soit la Lorraine qui accueille. » « En fait, je suis devant une page blanche et je suis zen.» « Il ne faut pas forcer le destin » ; c’est un peu la conclusion d’une rencontre qu’il avait eue avec Lionel Florence, le parolier d’Obispo. C’est aussi un peu, beaucoup, passionnément Normand. « Vous savez, le flegme britannique, c’est d’abord le caractère normand ».