Fàbio Moon et Gabriel Bà continuent à retracer les destins et les passions complexes de personnages aux prises avec leurs congénères avec Deux frères, l’histoire d’une lutte fratricide destructrice. Paru chez Urban graphic.

Deux-frères COUV (©DR)Le labyrinthique Daytripper les a fait connaître en 2012, révélant leur formidable talent de conteurs avec ce long voyage entre les vies de l’écrivain Bràs de Oliva Domingos. Puis vint L’Aliéniste, l’an dernier, adapté d’une nouvelle de Machado de Assis, où l’intraitable Simon Bacamarte s’engageait à interner une ville entière. Avec Deux frères, Gabriel Bà et Fàbio Moon adaptent à nouveau un roman brésilien, écrit par Milton Hatoum : le récit de deux frères jumeaux (comme les auteurs) nés dans une famille bourgeoise de Manaus, dont la rivalité prendra des proportions toujours plus dramatiques au fil des ans, affectant leurs proches, les éloignant toujours plus du bonheur.

L’amour, la mort, la culpabilité, la famille, les choix de vie comme des points de non-retour, il y a tout cela dans les œuvres de Moon et Bà. Après Daytripper, ils nous offrent ici leur seconde fresque, où se croisent les existences d’Omar et Yaqub, frères ennemis irréconciliables, de leur mère inconsolable, d’un père de plus en plus fuyant et de quelques autres, satellites indispensables pour reformer ici des vies complètes, rien de moins. A la dernière page, tout paraît achevé ; les auteurs semblent n’avoir rien omis.

Ce qui est également remarquable chez Fàbio Moon et Gabriel Bà, qui travaillent à quatre mains aussi bien sur le scénario que sur le dessin, c’est l’évolution de ce dernier. Après les couleurs chatoyantes et le trait presque coquet de Daytripper, la sobriété et l’omniprésence des tons de jaune de L’Aliéniste, ils optent ici pour un noir et blanc tranchant, un trait anguleux, sur des pages immenses, maîtrisant à merveille ce format. Poignant, riche et prenant comme un opéra tragique, Deux frères se dévore des yeux et du cœur.