David Sala adapte dans Le Joueur d’échecs de l’auteur autrichien Stephan Zweig. À travers de superbes aquarelles, il nous plonge dans un duel dantesque et singulier autour d’un échiquier. Chez Casterman.

À bord d’un luxueux paquebot en partance pour New york, un jeune homme cherche à satisfaire sa curiosité en tentant d’approcher l’un des passagers : Mirko Czentovic, le champion du monde d’échecs. Par l’entremise d’un riche et orgueilleux industriel, il parvient à amener le champion à disputer une partie en simultané en compagnie de quelques amateurs. Grâce à l’aide d’un mystérieux passager qui semble irrésistiblement attiré par le jeu, ils parviennent à tenir tête au champion, qui réclame alors une partie en tête-à-tête avec cet invité inattendu. Ce dernier hésite et relève finalement le défi. L’origine de son talent cache une histoire bien sombre.

Dernière nouvelle du grand auteur autrichien Stephan Zweig avant son suicide, Le Joueur d’échecs reflète le traumatisme vécu par son auteur : contraint de quitter l’Autriche à cause de l’arrivée imminente du nazisme, il intégrera à son ultime ouvrage l’ombre de ceux qui ont détruit sa vie.

Habitué au registre du polar, de la science-fiction et de l’heroic-fantasy, l’auteur strasbourgeois David Sala, fidèle au texte original, se met ici au service d’une histoire ensorcelante dans les méandres de l’esprit humain et de la tyrannie. Ses aquarelles s’épanouissent à merveille sur de grandes cases et des pages à la composition astucieuse dès lors qu’elle mettent en scène les recoins traîtres de l’échiquier et de la psyché des joueurs. L’esthétique des années 40, décors et vêtements des personnages, est tout aussi soignée et participe à l’immersion totale au cœur de ce récit que l’on ne parvient pas à lâcher, jusqu’à un échec et mat aux conséquences potentiellement dramatiques.