(© Luc Deflorenne)
« Nous sommes une PME internationale mais nos racines sont profondément locales ». C’est ainsi que Georges Lentz Jr, l’emblématique dirigeant de Bofferding SA, définit cette entreprise qui inscrit son développement au cœur du Grand-Duché mais aussi de la Grande Région Transfrontalière.

« On me pousse souvent pour que nous tentions de distribuer nos produits de plus en plus loin mais je ne veux pas que nous allions diluer notre énergie dans un espace trop vaste. Notre marché, c’est la Grande Région Transfrontalière » insiste Georges Lentz Jr. La bière produite à la brasserie de Bascharage dans le sud du Luxembourg demeurera donc distribuée en France dans un rayon de 200 kilomètres, dans le Grand Est, de Reims à Strasbourg avec, pour des raisons historiques, la Lorraine au cœur de cet espace. Mais aussi, sourit Georges Lentz, « parce que c’est un peu plus difficile en Alsace ». Dans ce domaine aussi le Grand Est reste à construire…

Si l’entreprise persiste à ancrer son développement dans un territoire très identifié c’est aussi parce que Bofferding est devenue une marque porteuse d’un sentiment d’appartenance. « Nous ne sommes pas partenaires du FC Metz, du zoo d’Amnéville ou de la Madine par hasard ! Tous les trois sont porteurs d’émotions chez les Lorrains mais aussi chez les Luxembourgeois qui sont très attachés à un club de football historique mais aussi à bel équipement touristique au cœur de la Meuse ou à un zoo qui est devenu un des plus importants d’Europe ».

Tous les trois sont au cœur de la Grande Région Transfrontalière. Georges Lentz Jr est convaincu que l’on ne construira pas cette Grande Région, qui va de la Wallonie à la Sarre en passant par la Rhénanie Palatinat, la Lorraine et le Luxembourg, en se contentant d’afficher une réflexion théorique  Bofferding est devenue une marque porteuse d’un sentiment d’appartenance.« Il faut absolument développer chez ses habitants un sentiment d’appartenance et surtout de bonheur de vivre ensemble » estime-t-il.

Cette Grande Région Transfrontalière, Georges Lentz Jr y est donc très attaché mais il reste aussi lucide. Celui qui est aujourd’hui une personnalité marquante de la coopération entre le Grand-Duché du Luxembourg et la Lorraine sait aussi que rien n’est simple en matière de relations transfrontalières. Il est convaincu qu’il faut plus que jamais combattre les jugements de valeur d’où qu’ils viennent. Ainsi, rien ne l’énerve davantage que d’entendre parfois affirmer du côté français que « le Luxembourg pique des emplois à la Lorraine ».

Mais, dans le même temps il estime que le Grand-Duché doit « donner des signes ». Pour ne prendre qu’un seul exemple, il est convaincu que son pays ne doit pas hésiter et dire très clairement qu’il participera activement à la modernisation de l’autoroute entre Thionville et Luxembourg, y compris à travers un soutien financier. Il pense ainsi que l’amélioration des coopérations entre les régions est une absolue nécessité, qu’en Lorraine, des personnalités telles que Patrick Weiten ou André Parthenay ont fait avancer les choses. Anne Grommerch était une amie du Luxembourg. Et Pierre Cuny qui lui a succédé à la mairie de Thionville, a lui aussi parfaitement saisi les enjeux d’une construction plus affirmée des relations franco-luxembourgeoises.

En attendant Georges Lentz Jr poursuit le développement d’une entreprise qui s’inscrit dans la lignée des Grandes PME familiales du Nord de L’Europe : maintien des capitaux au sein de la famille -« nous en sommes à la dixième génération »-, séparation des pouvoirs -« le Directeur Général n’est pas de la famille »- et dialogue social permanent -« les syndicats sont indispensables dans l’entreprise »-.

Tout cela va-t-il durer ? Pour l’instant Georges Lentz Jr prépare sa succession. Il confiera l’entreprise à son fils et à sa fille « le plus tard possible ». Il est heureux de constater que les vents sont très favorables actuellement mais il sait aussi « qu’aucune entreprise n’est éternelle ». Pour l’instant, tout va très bien mais si les circonstances venaient à changer il ne faudrait pas insister : « Quand le cheval est mort, il vaut mieux redescendre ». Pour l’instant, fort heureusement, le cheval est bien vivant !