Depuis ses débuts en solo en 1997, le chanteur et guitariste messin Dom Colmé exprime sa sensibilité avec une dose égale d’énergie et de poésie : une musique bien à lui qui emprunte autant à la folk américaine qu’à la chanson française, de Voulzy à Higelin. Aujourd’hui, il poursuit sa route avec le désir de suivre de nouvelles directions.

Il y a quelque chose de la quête dans la musique de Dom Colmé : au fil de ses cinq albums plane souvent une figure féminine rêvée qui, entre étreintes et dérobades, semble symboliser cette vie que l’on tente toujours de mieux saisir. Dans sa carrière, le Messin a eu son lot de virages et de lignes droites grisantes : lorsqu’il débute dans les années 80, multipliant les formations jusqu’à Osiris puis Salomé avec son comparse Stéphane Glanois, c’est l’ère des concerts et de l’énergie débordante. « On envoyait du lourd avec Salomé, sourit Dom. J’aurais bien aimé aller plus loin avec ce groupe, mais on a fini par se séparer et je me suis retrouvé seul avec ma guitare ». Qu’à cela ne tienne : il se lance en solo en 1997 et prend une nouvelle dimension, trouvant les mots justes sans oublier son sens de la mélodie et de l’harmonie, au cœur de son identité de musicien.

Adolescent, il délaissera la clarinette pratiquée jusqu’à l’overdose au Conservatoire de Metz pour la guitare de Bob Marley et Ben Harper. « J’ai appris quelques accords, ce dont j’avais besoin pour m’exprimer… en tout cas avec les filles ça marchait mieux que la clarinette » rigole-t-il. Il va justement s’intéresser de près à cette histoire fondatrice : « when boy meets girl » comme il le formule, l’un de ces petits riens qui englobent une immensité de sentiments et d’expériences. « Pour faire une chanson, au départ comme à l’arrivée il n’y a pas grand chose, dans les mots comme dans la musique… mais pour parvenir à un moment de musique qui va toucher l’auditeur, il y a énormément de travail ».

Dom Colmé trace ce sillon poétique et musical depuis l’album Petit à petit en 2005, jusqu’à Dans les cordes en 2018, pour lequel il collabore avec l’auteure Marie Demesmay, « aux fulgurances et à la capacité de travail incroyables », pour des textes qui vont droit au cœur et restent en tête. Dom admire cela chez des artistes comme Alain Souchon, Alain Bashung ou Laurent Voulzy, avec lequel il se trouve certains points communs. « Voulzy est très exigeant sur l’émotion, sur le fait de donner du sens à l’histoire racontée, et peut tout à fait croiser le calypso avec les Beatles ». Un peu comme le fait Dom avec la folk, la musique métissée de la Nouvelle-Orléans et une certaine idée de l’auteur-compositeur et interprète à la française. Mais il prévient : « Pour moi, il n’y a pas d’art mineur ou d’art supérieur. En France, le texte est très valorisé par rapport à la musique, alors que les Américains ont une vision différente : quand ils t’invitent à jouer sur scène, ils te disent : « tell your story » même si tu joues uniquement d’un instrument ».

La scène est une part importante de la vie de Dom Colmé, avec cinquante concerts par an en moyenne dont des shows mémorables : les Francofolies, le Printemps de Bourges, des premières parties de FFF, les Rita Mitsouko, De Palmas, Mano Solo, Bertignac, Jacques Higelin… et une relation privilégiée avec Cali, qui lui prête son studio pour ses albums J’Irai et Terrain d’ébène. Il aurait d’ailleurs aimé consacrer plus de temps au studio dans sa carrière. « Les concerts, c’est aussi un moyen pour un musicien de gagner sa vie. J’ai du faire des compromis, l’un d’eux a été de moins me tourner vers la création que je ne l’aurais voulu » explique-t-il. De la même façon, il « lance un appel » pour trouver un professionnel à même de s’occuper de sa carrière : « J’ai toujours tout fait par moi-même, de la promotion des albums au travail de tourneur… ça laisse peu de temps pour créer ».

Aujourd’hui, Dom compte bien rattraper le temps perdu, avec un projet de disque qu’il peaufine « comme un diamant » (voir encadré) après avoir composé l’an dernier L’État majeur, diffusé uniquement en ligne, un pamphlet satirique où il tourne en dérision les égarements, le quotidien et l’absurdité d’une année hors du commun. Il semble bien qu’une autre étape de sa carrière s’apprête à débuter, une nouvelle approche de sa musique pour laquelle il veut s’accorder « plus de temps et de liberté. Je veux passer ma vie à faire des albums ! » prévient-il. Mais il ne compte pas pour autant délaisser son public, qu’il est impatient de retrouver. « Sur scène ou sur un album, ce qui m’importe c’est de créer un rapport intime avec ceux qui m’écoutent, de faire passer des émotions, d’installer un univers. Je me sens plus que jamais à la disposition de cette poésie… Je vis des moments exceptionnels que je compte bien partager ».

– Le 4 juillet à la Base de loisirs de Moineville

– Le 16 juillet au Parc de la MJC de Metz-Borny

– Le 20 juillet au Jardin Franco-Allemand

de Saarbrücken.

Dates à venir sur Facebook : Dom Colmé

www.dom-colme.com

 

Dans le labo de Dom

Dom Colmé n’est pas venu les mains vides à notre entretien : il apporte avec lui les maquettes de trois nouveaux titres, les premiers d’un album à venir en forme d’échappée belle. Cheap road movie narre les débuts d’une cavale amoureuse aux allures de rêve auprès de son « actrice principale ». Voiture n°20 évoque la rencontre, encore imaginaire dans l’esprit de son narrateur, tandis que Tout doit disparaître voit ce dernier se perdre dans le désir de l’autre. Autant d’étapes où la passion se mêle à la mythologie de la route, entre les aventures de Sal Paradise, le héros de Sur la route de Jack Kerouac, et les fantasmes d’Henry Miller ; un thème que l’on retrouve régulièrement dans l’univers de Dom. Les textes sont signés Marie Demesmay, déjà à l’œuvre sur Dans les cordes, son précédent opus. « J’ai voulu faire un pas de côté en laissant plus de marge à Marie, explique Dom. Je lui ai dit : « fais ton film » et elle a proposé un road-movie amoureux, inspiré par les romans de Philippe Djian ».

Sur ces nouveaux textes, la voix du chanteur est davantage dans la retenue, privilégiant les espaces et les silences. Du côté des références, on songe à La Ballade de Melody Nelson et L’Homme à tête de chou, les cavales sulfureuses et vénéneuses de Gainsbourg, où la douceur de Dom se substituerait à la poésie beaucoup plus rugueuse du Grand Serge. « Ce sera un album-concept dans le sens narratif du terme, littéraire et cinématographique » précise-t-il. Une nouvelle phase de sa collaboration avec Marie Demesmay, où Dom a laissé son écriture s’exprimer sans contraintes tandis qu’il souhaitait se concentrer sur son interprétation. « Nous allons aller encore plus loin dans cette idée de « rêve amoureux » avec des personnages qui ne seront pas épargnés, indique ce dernier. Musicalement, je veux toujours parfaire les mélodies, et cette notion d’harmonie qui m’est chère ». Pour pouvoir le défendre au mieux, Dom Colmé évoque la rentrée 2022 pour la sortie de ce nouvel album.