PAR VIANNEY HUGUENOT

 

L’époque est inédite. Elle est trouble parce que terrifiante mais germinale. Elle est noire et curieusement lumineuse, porteuse d’espoirs, fertile en débats fondamentaux. Dans l’attente de tirer des leçons et plans sur la planète, chacun vit sa drôle de guerre, où le salon, le balcon, la bergère de la bibliothèque font d’étranges tranchées. Où les réseaux sociaux créent un creuset social, bizarre, essentiel. Tout circule dans ce monde sous bulle : couleurs du crépuscule et de l’aube mêlées, promesses, procès, olas et bastons, rires, pleurs, apéros autour d’un zinc imaginaire et tutos pour bâtir sa croix bleue. Se baladent des milliers de conseils dont certains baptiseront de nouvelles habitudes. Je me suis invité dans ce monde de producteurs d’idées confinées. Chaque jour, je sers à mes contacts Facebook des idées-confinement, quelques pensées mélangées, pratiques et loufoques, insolentes ou légères. Un festival de mots et d’images que j’ai voulu hommage au genre gaulois. J’enfile mon casque à ailes et je saute du coq à l’âne, du corps à l’âme, du coup de cœur au coup de sang, de la zénitude au mode énervé. Florilège.

 

 

UN MOMENT DE HONTE EST VITE PASSÉ

Profitez de la situation, un moment de honte est vite passé. Des millions de médecins malgré eux roulent sur le net, sans permis, pratiquant des tarifs à faire rougir de honte Orange une veille de Thanksgiving. Profitez-en, c’est comme à la Foir’Fouille, tu trouves de tout si t’es malin, infectiologue, aide-soignante, apothicaire, chirurgien, ministre retraité de la santé, chroniqueur médical en mal de plateau, gynécologue, ambulancier… et tout ça, gratos sur le net. À partir de la 4ème semaine de confinement, entrent en piste les psys, plus ou moins pseudos, psychiatres, chologues, chanalistes, chanalistoriques, chopates, profitez-en aussi, c’est la grande braderie, ils analysent pour pas un rond vos posts, vos tweets et vous décrètent timide, crétin, aigri, caustique, bobo, plouc, égocentrique, fantasque, loufoque, libidineux, mal élevé, macroniste, misogyne, radin, socialiste, fasciste ou vulgaire. Je poste à leur attention un des mes dessins de maternelle, j’avais 4 ans, je dessinais une fée. Vivement leurs conclusions.


C’EST LA GLOUGLOUTE FINALE

Télétravailleurs de tous pays, unissez-vous, prenez votre téléphone, appelez le boss, revendiquez le lavage des mains hors des temps de pause réglementaires et chantez-lui la glougloute finale.


LE ROMAN D’UNE VILLE

Joignez l’utile à l’agréable. Dans votre gymnastique ou marche quotidienne en ville, attrapez au vol tous les messages, à la plume, au pochoir ou au pinceau, que vous adressent vos contemporains. C’est le roman d’une ville, qui mériterait le Goncourt, au moins le Gonmarche.


OFFREZ-VOUS UNE PASSE

© 123RF

Le monde est fou, soyez choux, pensez aux travailleuses du sexe et dès le confinement fini, offrez-vous une passe, ça vous changera les idées et ça les aidera à rebondir (il n’y a pas que les merlans et les restaurateurs qui sont dans la panade). En attendant, en tant que travailleur indépendant, je soutiens mes consœurs (et confrères) qui viennent d’adresser au président de la République, Emmanuel Macrau, Macron pardon, une demande de création d’un fonds d’urgence « afin de permettre un revenu de remplacement le temps du confinement, sans condition de régularité de séjour. Plusieurs associations, qui ont dû cesser leurs maraudes, rapportent des cas d’expulsions de travailleuses du sexe dans l’incapacité de régler leur chambre d’hôtel – qui ont parfois décidé de fermer – ou leurs loyers ».


SONGES ET MENSONGES

© Illustration : Philippe Lorin / Droits réservés

Prenez régulièrement une dose de Churchill. Je viens de prendre celle-ci : « En temps de guerre, la vérité est si précieuse qu’elle devrait toujours être protégée par un rempart de mensonges »


PÉPÉ ET DÉDÉ SONT DANS UN BATEAU

Surveillez votre langage. Vous savez que le grand problème, ce sont les postillons, hyper répercuteurs du virus. Mais savez-vous que les plus gros producteurs de ces gouttes volantes sont les mots contenant des P, et que les plus fréquentables sont ceux avec des D ? Si vous dites « hé, papi, les pouffiasses de la presse épiant la pauvre petite Le Pen et son papounet, parce qu’ils piquent et pompent dans le porte-monnaie du parlement, sont de petits prétentieux pipeautant que nous punirons quand le pouvoir nous prendrons », vous êtes un danger public. Si en revanche, vous dites : « dis, Dédé, demande dare-dare à ton grand dadais dandy qu’il change de disque et délaisse deux secondes le dadaïsme. Qu’il daigne donc, comme Didi l’a dit dernièrement en dînant à Dinan, se dédier au doudouisme, davantage doux, dit-on, et drôlement dingue », vous êtes un être bon.


À PROPOS DE QUEUES

Queutez en chœur. En ces temps de confinement, je redoute l’heure des courses et des queues. Certains m’ont dit, et j’en suis encore coi, qu’ils sont en quête de ces assemblées allongées. J’ai cueilli un jour un phénomène du genre. Dans une queue, on pote, on papote, contait ce quidam au quintal franchi sans équivoque. Un autre coutumier de la queue, me prenant par la manche (nom féminin), quinqua qualifié et maître-queux de carrière, m’a raconté qu’il quantifiait ses quotas et combinait ses menus, tout ça dans une queue. Ceci étant, et considérant que chaque échoppe échappe aux heures de bourre, on peut équeuter sans quiproquo son heure de sortie de quarantaine, laquelle est autorisée par le ministre de l’intérieur, dit-on queutard, d’après la rumeur qui l’a fait quinaud quatre fois, je crois. Mais ceci, comme dit le poète, ne nous regarde pas. Quant à moi, je quitte un quart d’instant mon quant-à-soi et vous confie qu’en faisant queue et route vers le haut de la file, je m’enfile quelques songes. Je pense souvent à Dominiques, auquel j’ai collé un s au cul car je pense aux deux, DSQ et l’autre, Dominique nique nique s’en allait tout simplement, routier, pauvre et chantant, alias Sœur Sourire. Dans une queue, je kiffe aussi Bézu, qui me flanque le bourdon, le con. Toi aussi, essaie de fredonner A la queue-leu-leu dans une queue de la Foir’Fouille. Tu verras, tu seras l’attraction, un objet de fascination de la ménagère poilue de 70 ans, et tu verras, tu verras, la vie c’est fait pour ça, tu verras ta vie de javas, communions, mariages et saint Sylvestre défiler. Si tu n’as pas la foi, reste chez toi éculer les charentaises.


TOUCHE PAS À MON CAVISTE

Faites vivre le débat démocratique et continuez à vous interroger malgré la période qui invite à l’union nationale. Je réfléchis en ce moment à ça, avec en prévision une parution de thèse : «mais pourquoi je reçois autant de SMS de cavistes de Metz m’indiquant qu’ils sont ouverts ?».


CAPRICE DE PROLO

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Ne cédez pas à la fatigue… et pourtant il y a de quoi. J’ouvre un journal à l’instant, je tombe sur une tartine de bons sentiments : fumeurs, arrêtez de fumer ! Message du Centre National Contre le Tabagisme (CNCT) relayé par ce canard. Bien. Ils font leur taf, rien à dire… jusqu’à cette mise en garde en fin d’article : « Arrêter n’est évidemment pas facile. C’est pourquoi le CNCT précise : «si cela n’est pas possible, ne fumez ou ne vapotez pas à domicile» ». Ben tiens, t’as raison Gaston, t’es au courant du confinement Armand ? Si j’écoute bien, il faut que je me coltine une vingtaine d’attestations de déplacement dérogatoire par jour, en toute illégalité car n’ayant pu cocher la case Fumage, bêtement oubliée dans le document administratif poil aux tifs. Peut-être, je peux cocher la case Assistance aux personnes vulnérables ou alors Activité physique individuelle. Car fumer (pour celui qui n’a jamais fumé) n’est jamais une dépendance ou une maladie, juste une fantaisie, un caprice de prolo, une gymnastique des doigts. Voilà qui explique pourquoi la troupe des bons samaritains s’est offusquée, dès le lendemain de la déclaration de guerre, qu’on ne ferme point les bureaux de tabac. Mais, charitable, le CNCT propose une alternative : « Si vous sortez, sortez seul et à distance minimale de 10 mètres de toute personne et de toute habitation ». J’ai calculé, si je veux fumer sans trop perdre de temps (sur une organisation de travail, quand même Monsieur le Commissaire, très bouleversée en ce moment), je fume au milieu du petit square en face de ma maison de la rue des vignes, où la ville de Montigny a eu l’idée (excellente, au demeurant) de faire pousser de la vigne et des bacs de recyclage du verre. Donc, je fume et je pense à la vigne et aux verres, je pense donc je sens l’apéro, je vois l’apéro et je bois l’apéro, je me prends alors une rasade de la police des mœurs alcooliques qui m’engueule et m’intime ceci : Buveurs, arrêtez de boire ! C’est une manie française : toujours, à un moment, arrive l’acte d’emmerdement et de culpabilisation du fumeur, qui précède généralement l’acte de délation de l’automobiliste et le classement en paria du traître à la modernité qui becte gras et sucré, tout ceci au service évidemment de l’intérêt général et de la bonne conscience particulière de quelques ministres et sous-fifres payés par des fumeurs surtaxés et des automobilistes surpompés. Il se peut que le tome 3 de l’œuvre magistrale de Christophe Castagnette, Attestation de déplacement dérogatoire paru aux éditions Beaux-Veaux, nous honore prochainement d’une nouvelle case : Déplacements prioritaires en voiture électrique.


COVID SIDÉRAL

N’oubliez pas que nous sommes le 1er avril. L’information selon laquelle sont interdits d’usage et secrètement confinés jusqu’à nouvel ordre les mots Connard, Enfoiré, Macron, Sibeth, Jevoulavaidit, Jesavaibien, Espècedenculé, Philippe, Véran, Chloroquinetoimême, Covidesidéral, s’est révélée, après enquête approfondie, un poisson d’avril de très mauvais goût. Le syndic des colocataires de Facebook, craignant l’émeute, avait déposé plainte dans la matinée auprès du Conseil des Tas puis, constatant la supercherie, l’a retirée dans l’après-midi. Grâce à une source proche de l’enquête, nous sommes aussi en mesure de vous confirmer que le Bescherelle et la Béchamel n’ont pas été retirés de la vente.


BACCALAURÉOLE MAINTENU

Appliquons nos théories de la relativité. Pour être carrément bien, voyons les mal lotis, le roi de Thaïlande par exemple, confiné avec ses quatre épouses dans un boui boui allemand, ou le camarade François, confiné avec Dieu Moi-Même qui lui fait réviser le programme avant le baccalauréole.


LA LANGUE DES CHATS

Délaissez la souris, apprenez la langue des chats, c’est très reposant.


VOYAGE AU BOUT DE LA CUISINE

Organisons un thémathon, récoltons des idées pour les écrivains en panne (il y en a) qui vont se jeter sur le thème du confinement dès la sortie de taule. Je crains l’embouteillage, avec les titres et jeux de mots que je vois d’ici : Voyage au bout de la cuisine, Wuhan mon amour, Mulhouse mon petit chou, À la recherche du chat perdu dans le grenier, L’écume des arrière-cours, Journal d’un confiné de campagne, C’est beau une bile la nuit


VOL DE BOOMERANGS AU-DESSUS D’UN NID DE COCUS

Glandez en paix et à l’heure de la libération, gardez vos bonnes manières du confinement, bossez mou, offrez-vous des haltes bistrotières fréquentes, les guibolles détendues du mollet, allongées sous la table, les bouteilles de pif qui piaffent au-dessus, et surveillez bien, à l’aube, au loin, les vols de boomerangs au dessus des nids de cocus, vous verrez tous ces gus malotrus, promettant aujourd’hui la grande lessive, les procès, l’épuration, recevoir leur bidule dans le pif. Ceci pour dire que les politiques qui portent plainte aujourd’hui et nous serinent avec leurs bons conseils sur la gestion des services publics, devraient bosser, eux, et regarder de plus près depuis quand l’hôpital public fait l’objet d’un mépris, ce n’est pas nouveau, hélas. J’ai apprécié ce matin, sur Inter, les propos d’Olivier Faure, pas donneur de leçons, évoquant « des excuses » à faire au personnel hospitalier, pas entendu lorsqu’il tirait depuis longtemps la sonnette d’alarme (je le cite de mémoire) et victime d’un abandon de toute la classe politique. Soyons humbles dans ces moments de détresse. Ceux qui fanfaronnent, avec leurs avocats et leur obsession de reconquête des lieux de pouvoir, sont tristement indignes.


DU VERBE ERRER, « PRENDRE L’ÈRE »

Statuons sur le statut de nos statues, bustes et statuettes pas si statiques. Je constate qu’ils stationnent toujours dans nos villes et villages. Ces femmes, ces hommes, ces animaux, de pierre, de fer ou de bois, ont pris le pouvoir, c’est statistiquement incontestable. Ils sont seuls, stables et stylés, possiblement ravis de leur nouveau standing et soudaine solitude. Ils errent (du verbe errer, «prendre l’ère») dans nos rues, nos parcs, nos cimetières, nos églises, pendant que nous apprenons, reclus, à conjuguer le verbe confiner. Une marche à pas lent nous permet de bien les voir et surtout de les entendre.


#BALANCETAPORTE

Il est important d’imaginer la fin du tunnel et les portes de sortie, de se projeter. Se concentrer par exemple sur les portes de son apportement, celles que vous avez à portée de main, est un petit remède. Moi je relis Gilles Laporte, je réécoute Jacques Brel, surtout la porte d’Amsterdam, Johnny Hallyday, les portes du pénitencier, je porte aux nues mon porte-manteaux, qui porte le projet de changer de vie, faire porte-serviettes, je l’encourage, mais je proteste contre le port obligatoire du portefeuille, je reporte aussi mes rendez-vous, avec mon portable, hier j’ai repeint la portière de mon pas-de-porte, celle de droite, achetée dans le Pas-de-Calais, mettant en porte-à-faux la gauche, importée de Porto-Vecchio, que je repeindrai demain, en même temps que le portillon du portique, qui n’est pas un porte-tiques, plutôt porté sur les chats, les Portugais et les autres, je me transporte aussi dans mon portager, qui est en fait celui de Mérlanie, j’invente de nouveaux slogans, « c’est pas écrit la porte, là ! », « touche pas à ma porte », et puis je teste de nouvelles recettes, ce midi la portée lorraine. Allez, amis, portez-vous bien et méditez… pourquoi pas sur ça : fenêtre ou ne pas fenêtre, that is the question. Ceci me portant à cette pensée sincère et permanente  pour toutes les personnes confinées sans terrasse, sans jardin, sans même un petit balcon ou une grande fenêtre. Je pense très souvent à eux. Dans ces conditions, quand en plus traînent dans l’appartement un père alcoolo, une grande-mère handicapée, une marmaille sonore, respecter les règles de confinement tient de la bravoure et d’une forme d’héroïsme.


LES RÉSEAUX-CAS SOCIAUX

Ne vous laissez pas faire, soyez affirmatif dans ce débat riche, instructif et passionnant que nous servent les réseaux-cas sociaux, Snapshit, Youbute, Linkedingue, Pinterouest, Facebite et Whatslip, dites comme Socrate : «Je sais que je ne sais rien», autrement dit «Je sèche donc je chuis» (proverbe auvergnat).


CHIGNOLES À L’AIR

Nostalgisez, randonnez dans vos boîtes de diapos, vos albums-photos ! Un peu nostalgique de mes virées au grand air, je m’offre une pause chaque jour dans ma photothèque, je trie et je vous en fait profiter. Voici une sélection de vieilles et belles chignoles, attrapées partout en France. Il y a dans notre pays un gigantesque musée de l’automobile ancienne à ciel ouvert, particulièrement riche dans les secteurs ruraux.


LES ŒUVRES CON-COMPLÈTES DE SÉGOLÈNE ROYAL

N’oubliez pas de ramener à la postérité un reportage photos de votre randonnée à Confin (j’ai commencé le mien) et puis rapportez-nous un petit cadeau-souvenir, ça fait toujours plaisir, une pyramide de boîtes de mouchoirs, une cirrhose, un cendrier géant en bouteilles vides, le guide pratique «se désintoxiquer de la pâte et de la nouille», les œuvres con-complètes de Ségolène Royal…


ENCORE UN COUP DE LA POSTE

Montez votre bistrot en kit. A ceux dont la sortie au rade fait cruellement défaut, n’oubliez pas que c’est probablement le geste de l’accoudement qui vous manque le plus. Délivrez un espace dans votre salle à manger ou votre garage, quelques m² suffisent. Prenez une planche assez solide, quelques caisses ou parpaings pour la soutenir. Sur cette planche, inscrivez des ronds marrons et rouges, faisant stigmates de passages de verre ou de tasse à café. D’un côté de votre bar de fortune, installez deux sièges assez hauts. De l’autre côté, sur le mur, scotchez des cartes postales de destinations vacancières (plages, couchers de soleil, montagnes enneigées, alignement de fessiers bronzés…), ce sont des petits mots de clients partis se dorer la pilule. Ajoutez quelques clous au mur, accrochez-y quelques tasses et verres. Bien sûr que vous pouvez aussi imprimer de vieilles publicités, un Ricard sinon rien, Vittel, il faut é-li-miner, Lapeyre, y’en a pas deux si le julot de la taulière pose des portes au black le week-end. Voilà, votre bar en kit est presque prêt. Il faut penser à l’inaugurer. Fendez-vous d’un bristol que vous adresserez à votre chat et au hamster du voisin. Ne soyez pas pingre, invitez aussi le balai et la pile de chaises. Le jour de l’inauguration, vous êtes seul, pas grave, encore un coup de la Poste. Prenez un siège, asseyez-vous, affûtez votre organe et dites très fort, après avoir simulé le cri du gling de la porte, « comment ça va Mimile aujourd’hui ? », accoudez-vous bien (c’est essentiel), commandez puis buvez en passant alternativement de chaque côté du bar, entamez la conversation, sur le prix exorbitant de l’eau, par exemple.


PITIÉ

Arrêtons de jouer au docteur. Thomas Legrand cite ce matin Ernst Jünger : «Chaque remarque polémique que l’on garde pour soi est un mérite que l’on s’acquiert… et cela d’autant plus qu’elle contenait de l’esprit». Ce serait cool que certains politiques, éditorialistes et commentateurs de tout poil s’en inspirent, qu’ils abandonnent quelques semaines leur manie du buzz… et surtout (par pitié !) qu’ils arrêtent de jouer au docteur #LaissonsFaireLesPros


NE NOUS ÉGARONS PAS

Imaginez l’après. Ça gamberge dans les chaumières sur ce qu’il faudra faire pour bâtir un monde meilleur, nouveau, etc. On lit beaucoup de contributions et d’articles passionnants. Mais pour le moment, ne nous égarons pas, concentrons-nous sur l’heure de sortie de taule (dans 3, 4, 5, 6 semaines… on n’en sait rien) et imaginons le méga-apéro qu’on va s’organiser, avec amis, voisins, familles… Vous voyez que ça va déjà mieux !


BENNY DES DIEUX

Visionnez du Benny Hill, qu’est-ce que c’est bon !


UN DERNIER POUR L’E-ROUTE

Encartez-vous. On parle beaucoup des livres à lire, des films à voir, des musiques à écouter, des vins à boire… Il y a aussi les cartes. Plus que des guides, ce sont des univers. Je m’y plonge souvent et depuis longtemps (pour préparer des parcours, réviser ma géo ou m’évader de monbureau) et je conseille ce petit remède à l’enfermement. De très bons sites pour ça : viamichelin, mappy, geoportail.gouv… Il y a aussi le fabuleux site de l’IGN, remonterletemps.ign.fr où vous pouvez «comparer des cartes et des photos actuelles et anciennes».


CONFITS DE CONNARDS

Coupez les cheveux en quatre et interrogez votre soi sot. Finalement, comment est-on con finement ? Ou finement con ? Être ou ne pas être si sot, à fortiori farci. A vue de niais, je dirais que le contraire est un ballot de compétition, ou con lourd, qu’on lourde pour se convertir à la compagnie des cons fins, aux confins de la contrée des cons contents, à côté du comté des imbéciles heureux, rarement confus et qu’on fit, jadis, comme des confits de connards, bien élevés, enfin, à peu près. Vous me suivez ? Moi non plus.


COUSCOUS ET RÉPUBLIQUE

Évitons la surchauffe. J’ai noté un net déséquilibre dans les sujets traités sur les réseaux sociaux. Beaucoup de monde dans les groupes de parole Buzyn, Nouilles, Attestation, PQ. Les groupes Municipales, Balkany et Riz sont encore un peu chargés. Des ateliers manquent de participants : Littérature et saucisses, Fromages & vins, Philosophie beaujolaise, bouillie bordelaise, Philippot, Petits joueurs (ces deux groupes ont fusionné), Vuvuzela les yeux revolver, Bescherelle voulait revoir sa Normandie, Pupuce à l’oreille, Chienne de vie, Chachacha, Boutin, Sexe, Tricot, Tripes, Ophtalmologie pratique et croyances occultes dans l’arrière-pays limougeaud de 1515 à 1418, L’art de chier des bulles, Les femmes brunes dans la chanson à texte sous la IIIe République, La diaspora des clodettes, Mais où est donc Ornicar ?, Et qu’est devenue Danielle Gilbert ? L’accordéon en dix leçons, Pisser en l’air dans un violon, Accorder nos tares, Tartiner sans couler, Couscous et République, Les influences d’Albert Camus, Jean-Luc Lahaye et Raymond Aron sur la pensée intellectuelle de Nadine Morano (attention, fake, groupe autodissous).


CHEF D’ŒUVRE BRELIEN

© Illustration : Philippe Lorin / Droits réservés

Apprenez le surf (il doit y avoir des tutos qui traînent), c’est pratique pour circuler entre les conneries sur la toile et choper les bons trucs, notamment ces photos publiées par les uns et les autres, montrant des villes vides, villes aux visages bouleversés, semblant respirer mieux et, qui sait, nous remercier. Si à la sortie de ce diaporama étonnant, vous vous sentez seul, allumez le bastringue, commandez-lui Seul, par Jacques Brel, vous vous sentirez moins seul, peut-être. Cette chanson est un chef d’oeuvre, l’une des plus belles de Brel. Elle n’est pas très youkaïdi youkaïda, certes…


KAKOUS

Suivez les consignes, ne jouez pas les kakous, protégez-vous et relativisez, vous pourriez être confiné avec Kim Mepèle Le-Jong, obligé de jouer à la bataille navale.


LA SÉRÉNITÉ DE LA TONDEUSE

Prenez une chaise, posez-là sur votre terrasse, posez vos fesses, reposez vos yeux, admirez le jardin en friche et contemplez la sérénité de la tondeuse, sortie d’un confinement de six mois entre un parasol Kanterbrau et une friteuse en panne.


AVEC CONVICTION, S’IL VOUS PLAÎT

Réorganisez votre armoire à gnôles, humez, goûtez avec modération et conviction, matez les étiquettes manuscrites, laissez apparaître les madeleines de Proust


À LA MI-AOÛT

Àdéfaut de copains/pines sous la main, refaites le monde avec votre chat, vous verrez qu’il en a des idées : la retraite à taux plein à 2 ans, l’heure de travail hebdomadaire généralisée, TVA à 0% sur les Sheba, prix Nobel de littérature à Philippe Geluck, fête nationale à la mi-août, Et ron et ron petit patapon nouvel hymne national.


RALLUMEZ LES SOUVENIRS

Relancez l’industrie de la carte postale et du papier à lettre, écrivez à vos vieux camarades de classe, vos maîtresses abandonnées, vos amants vieillis, vos cousins perdus de vue, vos parents qui s’ennuient de ne plus recevoir que des relevés de l’assurance maladie.


LES CŒURS CHAMBARDÉS

Chouchoutez votre chat et chatouillez votre chou si ça vous chante aussi. Un chat chassé de la chambrée revient souvent à la charge, parfois en char d’assaut, sachez-le. J’apprends que ce charivari de covid chahute aussi quelques malchanceux privés de la charmante chaleur de leur chat, châtré ou pas, là n’est pas la question. Leurs cœurs chambardés battent la chamade. On les dirait en chaloupe, chancelant lentement loin du félin ou de la charitable chatte. Du haut de ma chaire, qui n’est qu’une chaise de bureau à roulettes où je me rends chaque matin à chameau ou à cheval imaginaire, je leur chante un air de chakra, le charleston préféré de Charlemagne. Ça chassera leur chagrin. Je peux aussi vous enchanter, si vous voulez, sur le chouette charabia de Charles Aznavour. Le cas échéant, je peux même chiper une chute de Schubert et vous la chuinter dans un champ de chips, rien que pour vous, ou alors mettre en mélodie Charles Peggy la cochonne, au chanceux châssis soit dit en pensant, bien en chair et pourtant chaste, que chaperonnait d’ailleurs Charles Perrault, le saviez-vous, le frère de Toussala, souvent charrette et porté comme chacun sait sur la chartreuse et le chablis. Toussala Perrault, auteur du roman Un chat et sa sœur sachant châtier, un soir de shabbat, Chateaubriand et le shah de Perse échoués sur la chaussée est un bon châtieur, aux éditions Chambranle, avait reçu le prix Quonchoure (pas de jury, tu t’autoproclames the best). Toussala était gras comme un chanoine. Champion des grands chelems, il chérissait les dîners chatoyants aux chandelles et menus chargés : chapon aux champignons en chamaille pour l’entrée, charcuterie aux châtaignes de Chartres ensuite, puis chaource et chabichou en chapelure. Après les brochettes de chacal et la charade, sorte de trou normand intello chapardé par les Chalonnais en châle (secte très louche), arrivait la chausse-trappe, un gâteau en charpie, fait de chocolat au chanvre et chardons, comme Chabrol et Chancel les aimaient. Cette gâterie, à ce qu’on dit, chavire surtout les papilles et manies des chauves et des chauvins, mais également des fabricants de chausse-pieds à charnière. Bref, votre chic chat chine au loin, chuchotez-lui la double ration de shamallows et promettez-lui la chandeleur au printemps.

[c’était une spéciale dédicace pour ma sœur Claire qui a retrouvé son chat, et pour les trois autres, Marie, Bénédicte et Christine, et leurs chats et leurs mecs aussi] 


AU FESTIVAL DE CONNES

Le festival de Cannes ayant déserté l’agenda des pince-fesses pailletés, décrétons la création du festival de Connes (et Cons) et remettons dès à présent les palmes d’or… Pour la palme d’orbite, décernée à celui ou celle qui court le plus vite et le plus loin, moi et mes connards (c’est notre titre officiel de jurés) réservons notre verdict car il semble qu’un député marcheur mosellan, du courant randonnée dans Lubéron, soit entré par effraction dans la liste des nominés. Nous enquêtons et vous tenons au courant. Pour la palme d’ordure, ça se bouscule au portillon, les nominés serrent les fesses. La palme d’oreiller est remise à l’unanimité à Ségolène Royal, qui dort depuis une semaine et nous fait des vacances. La palme d’orteil est décernée haut la main à la comtesse de Ségur en espadrilles, pour son entrée feutrée à l’Académie des fientes avec une heure de retard et cette citation : « un âne à deux pieds peut devenir général et rester âne ». La palme d’orthographe revient naturellement au directeur des études de Facebook et au correcteur de Snapshit. La palme d’orgasme, fusionnant cette année avec la palme d’orgie pour des raisons d’économie de bandes-son, fait l’objet d’une enquête approfondie. Nous vous tenons au courant. Reste à désigner le lauréat de la palme d’orang-outan, décernée traditionnellement au connard le plus le plus poilu du canton. Les candidats sont légion. Nous trions, poil au nichons, et vous tenons au courant, poil aux dents.


DARD VADOR

Révise l’impératif du présent avec San Antonio et Frédéric Dard. Faire une faute de grammaire, ce n’est pas grave, ça arrive à tout le monde. Si tu en fais dix dans une phrase, ce n’est pas la fin du monde, pas d’inquiétude, mais tu peux quand même consulter, la sécu ne te cherchera pas de poux. Cela dit, constatant que les phrases les plus en vogue en ce moment sont «prends soin de toi» et «porte-toi bien» ou «portez-vous bien», prends quand même la peine d’accorder tes violons avec le camarade Bescherelle, un type brillant mais pervers. En fait, au singulier, c’est le 1e groupe (90% des verbes) qui est trompeur, tu ne mets pas de «s» à l’impératif du présent : porte donc à boire à Hubert qu’il berce le Béru, mange ta soupe et ramène pas ta fraise, achète des mouchoirs et des masques du temps que t’y es, appelle la voisine qu’elle nous ramène du rosé. Par contre, prendre étant un verbe du 3e groupe, tu dis : prends soin de toi ou prends mémère en bas de chez elle quand tu pars faire les courses espèce de feignasse.


AVANT BRAUDEL ET MICHELET

Retombez en enfant. Si comme moi vous ne comprenez pas grand chose aux explications scientifiques sur ce qui nous arrive, reportez-vous à la presse enfant-ado, souvent très pédagogue. Ceci fonctionne avec tout. On est tous gamin face à un sujet, une époque qu’on ne pige pas. Pour ceux qui veulent s’attaquer à la Révolution Française sans rien y connaître, avant d’avaler d’une seule gorgée Braudel et Michelet, écoutez l’opéra-rock La Révolution Française, sorti en 1973 et réédité en CD dans les années 2000. Je viens de le retrouver avec bonheur sur le net (ceci me renvoie 40 ans en arrière). Excellents interprètes et musiques, histoire fictive sur de bons repères historiques (certes très partiels). Parmi les interprètes : Alain Bashung (Robespierre), Antoine (Bonaparte), les Charlots (des curés), Gérard Rinaldi (Talleyrand), Gérard Blanc (Danton), Jean Schultheis (Fouquier-Tinville), Daniel Balavoine (choriste), Claude-Michel Schonberg (Louis XVI)…


DANS PLOUF-PLOUF MAGAZINE

Apprenez à reconnaître un con sur les réseaux sociaux. Il existe deux grands courants dans l’univers abyssal des cons. Sachant que nous le sommes tous plus ou moins, ce qui me rend sur le coup moins con, je ne saurais pourtant vous dire dans quel camp je campe. Le courant N°1 est celui des cons hésitants, ou débutants, facilement identifiables à l’aide de ce test : quand ils déversent une connerie, vous leur demandez d’où ils la tiennent, quelle est leur source, ajoutez « ça m’intéresse ». Généralement, le con en question ne demande pas son reste et vous n’entendez plus parler de lui. Les cons courant N°2 sont plus compliqués à diagnostiquer. À la même question, ils répondent et reviennent avec le compte-rendu de la conférence du cousin de la voisine qu’a compulsé Plouf-Plouf Magazine. Pour expérimenter ma théorie à la con, il existe un logiciel du nom de Twitter, très pratique. Attention, il faut être concis et aussi con parfois que l’objet de votre étude.


FASTOCHE, L’ÉCONOMIE

En couple, bien se répartir les taches pour ne pas se marcher sur les pieds. J’ouvre les cartons, je vide les bouteilles qu’il y a dedans, je plie les cartons dans le garage, Mélanie les récupère, les découpe et double la surface de logement des godasses. Ça marche aussi si vous avez des gosses, vous leur faites plier les cartons, ainsi vous doublez l’achat de cartons, nécessitant le doublement d’achat de pompes, ceci réjouissant probablement votre épouse, vous relancez donc la production de la chaussure, du carton et du pinard. CQFD.