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Robert Seethaler (Le Tabac Tresniek, Une vie entière) signe avec Le Champ le portrait d’une petite ville en faisant parler les habitants du cimetière. Habile, drôle et émouvant.

Natif de Vienne, la capitale autrichienne, Robert Seethaler vit à Berlin, la capitale allemande. Cette géographie personnelle a-t-elle contribué à faire de lui un écrivain majuscule ? Grâce à Sabine Wespieser éditeur, une maison qui a le chic pour faire découvrir aux lecteurs français de nouveaux joyaux de la littérature étrangère, voici déjà le troisième titre de ce grand romancier contemporain en langue allemande. Robert Seethaler est arrivé chez nous en 2014 par la porte du Tabac Tresniek, tenu à Vienne dans les années 1930 par un buraliste et son employé rustique au service d’une clientèle parmi laquelle se trouve un certain Sigmund Freud lui-même. Il a accédé à la notoriété grâce à Une vie entière, le portrait réussi d’un trentenaire un peu gauche, pas bien chanceux mais très déterminé, un récit un brin fabuleux dans lequel l’imagination de l’auteur lui avait même permis de réinventer avec brio la description d’une déclaration d’amour, pourtant tant de fois ressassée dans la littérature.

Toujours chez la même éditrice et avec la même traductrice, Élisabeth Landes, qui doit être pour beaucoup dans la faculté que montre Robert Seethaler à transmettre de grandes émotions par une écriture pleine de souffle mais dépourvue de grands apprêts, revoici l’écrivain germain avec Le Champ, un roman polyphonique qui, au-delà (si l’on ose dire) de donner la parole aux morts, un par chapitre, dessine au final le tableau incroyablement vivant d’une petite ville imaginaire (Paulsdadt) depuis le Champ, le surnom donné au cimetière par les autochtones. Des commerçants, le facteur, l’ancien maire bien sûr, mais aussi le curé anéanti par un incendie qu’il a lui-même provoqué : chacun s’exprime à sa manière, ce qui n’est pas la moindre des performances de l’auteur, et tous racontent à leur façon une seule et même chose : la vie, qui remonte à la surface grâce à l’entrain d’un écrivain décidément en pleine forme.