Alors que les réfugiés continuent d’affluer en masse vers l’Allemagne, la Sarre et la Rhénanie-Palatinat se mobilisent mais commencent à manquer sérieusement de place pour les accueillir tous dans de bonnes conditions..
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La Rhénanie-Palatinat vient d’ouvrir son sixième centre d’accueil pour les réfugiés. (©DR)

Longtemps la Sarre a cru pouvoir réussir à loger tous les réfugiés arrivant sur son territoire dans des appartements ou au centre d’hébergement central de Lebach. Il y a quelques semaines, le Ministre sarrois de l’Intérieur Klaus Bouillon a bien dû se rendre à l’évidence : les réfugiés étaient trop nombreux, il a fallu installer les premières tentes et utiliser (provisoirement pour quatre semaines) un gymnase de la ville de Püttlingen pour les accueillir. En Rhénanie-Palatinat, la situation est encore plus extrême puisque les autorités ont admis qu’à Trèves, certains réfugiés arrivés de nuit – parfois jusqu’à 200 en une soirée – n’avaient pas pu trouver de Les prévisions de Klaus Bouillon sont d’environ 3 000 nouveaux arrivants pour chacun des mois à venir.place dans le bâtiment et avaient dû passer la nuit dehors. La Rhénanie-Palatinat vient d’ouvrir son sixième centre d’accueil pour réfugiés. L’aérodrome de Bitburg et l’aéroport de Hahn accueillent des hébergements d’urgence mais les structures en place explosent sous l’afflux continu de nouveaux migrants. En Sarre, un programme de décentralisation des réfugiés du centre d’accueil situé à Lebach vers des habitations individuelles dans tout le Land a vu le jour. Cependant, la cadence est difficile à suivre. Les prévisions de Klaus Bouillon sont d’environ 3 000 nouveaux arrivants pour chacun des mois à venir. En plus d’un problème de place, la Sarre fait également face à un problème de personnel pour s’occuper des migrants, ce qui ralentit leur prise en charge. Les organisations caritatives déployées comme la Croix-Rouge allemande sont à bout de souffle et les autorités cherchent déjà d’autres manières de renforcer les moyens humains par exemple en élargissant le service civique à l’encadrement des réfugiés. Le prochain défi attend les enseignants et les établissements scolaires, en particulier les écoles primaires. En effet, la rentrée a lieu dans quelques jours – l’école est obligatoire à partir du cours préparatoire – et beaucoup de jeunes enfants font partie des réfugiés arrivés au cours de l’été. Traumatisés et ne parlant pas un mot d’allemand, ils devront cependant être intégrés à la vie scolaire.


L’ALLEMAGNE AUX DEUX VISAGES

Ces dernières semaines, les tensions autour des réfugiés arrivés en Allemagne s’intensifient. Les opposants aux demandeurs d’asile, encouragés par le parti politique d’extrême-droite NPD et des groupuscules identitaires, ne se contentent plus d’intimider la population avec des manifestations. Sur les réseaux sociaux, l’arrivée massive des réfugiés entraîne une déferlante de commentaires haineux dont certains à caractère néo-nazi tombent sous le coup de la loi. Et la violence ne reste pas cantonnée au domaine verbal. Les centres d’hébergement sont quotidiennement la cible d’attaques. Plusieurs lieux sensés accueillir des migrants ont été incendiés avant même l’arrivée des nouveaux occupants. Le paroxysme (jusqu’à présent) de ces actions criminelles a été atteint fin août lorsque qu’un cocktail molotov a été lancé par la fenêtre d’un appartement occupé par une mère et ses enfants dans un centre pour réfugiés en Basse-Saxe. Cette attaque, qui a fait ressurgir le souvenir douloureux des émeutes de Rostock en 1992 contre les immigrés vietnamiens, contraste avec l’immense vague de solidarité dont font preuve de nombreux Allemands. Dans la plupart des villes, des réseaux de bénévoles s’occupent de coordoner les dons matériels et d’organiser des cours d’allemand pour les adultes ou des activités de sport et de loisirs pour les enfants. C’est par exemple le cas en Sarre, région dans laquelle les réfugiés sont bien accueillis par la très grande majorité de la population. Des étudiants aux retraités en passant par les entreprises et de très nombreux particuliers, la société civile est particulièrement mobilisée. Avec le Land de Brême, la Sarre est la seule région n’ayant pas enregistré en 2015 d’actes hostiles aux réfugiés.