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Le groupe Muckrackers distille une musique bruitiste, industrielle et électronique tout en mettant en lumière l’identité de la vallée de la Fensch et surtout celle des hommes à travers documentaires ou expositions photos. Ils fêtent leurs 20 ans au Gueulard Plus à Nilvange avec un show et une exposition inédits.

À la marge, ils le sont par définition. Depuis leurs débuts, les membres de Muckrackers mènent une démarche Do It Yourself (« fais-le toi-même »), concevant eux-mêmes leurs albums, de beaux objets augmentés de contenus divers, pièces métalliques et créations graphiques. Une démarche mais aussi une nécessité lorsque que l’on joue comme eux une musique extrême faite de murs de guitares saturées, de sons électroniques et d’échantillons sonores, souvent des sons industriels et des citations de sidérurgistes, de mineurs, de politiciens qui illustrent, tout comme leur musique, une réalité : le déclin industriel de leur contrée d’origine, la vallée de la Fensch. « C’est notre histoire personnelle, notre ressenti que l’on raconte : on n’a pas la prétention d’analyser l’Histoire, explique l’un des membres fondateurs. Muckrackers ne revendique rien, à part le fait que nous sommes des enfants de sidérurgistes. La sidérurgie ne produit pas que de l’acier, mais aussi des histoires communes. »

Ce sont ces histoires que Muckrackers et le collectif RF36, qu’ils ont fondé en 2003 et qui regroupe des artistes de la vallée de la Fensch, ont choisi de raconter. A travers la musique, mais aussi une identité graphique forte, des expositions comme celles du photographe Michel Olmi ou des documentaires comme Fils de la Fensch. Un véritable travail de mémoire qui leur a permis de rassembler au-delà de la sphère musicale. « Brasser les publics et les générations, c’est très important pour nous. Avec les expositions, les projections, les débats que l’on organise, on attire des publics différents. Et ces événements sont le reflet de notre musique. » En vingt ans, Muckrackers a arpenté l’Europe « de Brest à Ekaterineburg », à la rencontre des scènes musicales et des territoires irrigués par ces « histoires communes » : Charleroi, Saint-Etienne, Dunkerque, la Ruhr, la Pologne, la République tchèque, la Russie… ils rencontreront le groupe Ferbotten, Flutwacht, qui travaille l’acier sur scène, se produiront au festival Chalons dans la rue pour un spectacle à 25 sur scène. « Ce que l’on aime, c’est prendre le temps d’un certain recul, ne rien faire à chaud, emmagasiner au fil des rencontres. On est à plus l’aise en collectifs, en résidences, qu’en tournée où tout est fugitif, où tu passes surtout du temps sur la route. »

A l’occasion de ses vingt ans d’existence, Muckrackers sort un nouvel album, HFX : UCK, second volet d’une série sur les hauts-fourneaux après HFX : Joeuf, qui aborde « la représentation mentale des hauts-fourneaux pour les Lorrains » Une idée inspirée d’une phrase de Jacques Chérèque, le métallo devenu ministre : « il faut retirer les hauts-fourneaux de la tête des sidérurgistes lorrains. » La sortie de l’album sera aussi l’occasion de fêter leur anniversaire au Gueulard Plus à Nilvange avec un show unique, avec la présence d’Igor M, accordéoniste russe lui aussi fils de sidérurgiste. Une exposition reviendra sur deux décennies de création graphique, entre pochettes, tracts et affiches sérigraphiées.

Unique, Muckrackers l’est assurément : la façon qu’ils ont de raconter l’histoire de leur vallée n’a pas d’équivalent connu. Leur Fensch Vallée World tour, entamé à l’occasion de leurs vingt ans, constitue « un nouvel aller-retour dans une région où l’on ne vit plus, mais où l’on revient sans cesse. On aura toujours un rapport ambivalent à la Fensch, tout comme notre identité musicale restera toujours hybride et difficile à définir. Muckrackers, comme la région qui l’a vu naître, garde un œil dans le rétroviseur mais n’oublie jamais de regarder vers l’avant. L’histoire n’est pas terminée. »  

Le 16 mars au Gueulard Plus de Nilvange
www.muckrackers.org
www.legueulardplus.fr