SORTIE LE 25 SEPTEMBRE

C’est assurément un film qui fera parler, et on a envie de dire : « Tant mieux ! » En tournant Au nom de la terre, le journaliste et réalisateur Edouard Bergeon livre un vibrant plaidoyer en faveur d’un monde agricole ébranlé par les fermetures d’exploitations et les suicides. Une œuvre coup-de-poing qui est aussi une œuvre engagée.

Edouard Bergeon est un récidiviste. Un récidiviste doublé d’un ambassadeur. Dans son dernier film, il tend sa caméra comme on tendrait un micro. Ou une main. Il tend la main à ce monde agricole, souvent méconnu, parfois décrié, qu’il connaît bien, lui le fils et petit-fils de paysan. En 2012, ce journaliste de formation lui avait consacré un documentaire de 90 minutes, diffusé sur France 2. Les fils de la terre racontait l’histoire, et surtout la descente aux enfers, d’un producteur de lait du Lot, accablé de dettes et en proie à la dépression et au surmenage… Une version du cauchemar paysan… parmi d’autres. Car dans le domaine des maux et des douleurs, les agriculteurs ont déjà donné, beaucoup. Bon nombre d’entre eux tirent le diable par la queue, s’efforcent de « J’espère que ça va donner envie aux gens d’aider les agriculteurs à leur manière. Qu’ils pensent à privilégier l’exploitant ou le maraîcher du coin »maintenir à flot des exploitations souvent transmises de père en fils, dont la saveur familiale est aussi sacrée que ce sol labouré et ensemencé destiné à nourrir la population. D’autres décident d’en finir, et ils sont nombreux (lire ci-dessous). Ils abandonnent la vie au bord du précipice. Le suicide a gangrené la profession, en même temps qu’il a jeté une lumière crue sur une détresse longtemps étouffée.

Au nom de la terre reprend le même constat. En s’inspirant de l’histoire de sa famille, Edouard Bergeon livre une œuvre pleine d’humanité sur les 40 dernières années du monde agricole, sans concession, qui pousse à s’indigner et à s’interroger sur le sort réservé à ces forçats « qui ne sont que des variables d’ajustement du système », dixit le cinéaste. Cette saga familiale a pu compter sur l’investissent d’un autre amoureux de la terre : Guillaume Canet. Très en vue au cinéma ces derniers temps (Nous finirons ensemble, Le grand bain), ce fils d’un éleveur de chevaux a lui aussi grandi dans le monde rural. Touché par le documentaire d’Edouard Bergeon, il projetait d’en faire une fiction, sauf que l’histoire était déjà écrite. Les deux hommes se sont rencontrés. Le courant est passé. On connaît la suite. Méconnaissable – et très convaincant – dans la peau de Pierre, qui quittera le Wyoming pour retrouver sa fiancée (Veerle Baetens) et reprendre l’exploitation de son père – un patriarche sans pitié incarné par Rufus – le compagnon de Marion Cotillard souhaite lui aussi que ce drame coup-de-poing bouscule les consciences. « J’espère que ça va donner envie aux gens d’aider les agriculteurs à leur manière. Qu’ils pensent à privilégier l’exploitant ou le maraîcher du coin. » Chose certaine : ce film ne laisse pas indifférent. Comme le 4 juillet dernier, au cinéma Le Plaza Marmande dans le Lot-et-Garonne, où les spectateurs avaient été nombreux à essuyer leurs larmes à l’issue de la projection.


Grosse déprime

Une hécatombe, un mal profond étouffé par le silence et la honte. La crise que traverse le monde agricole ne date pas d’hier, mais depuis quelques années, le cancer qui le ronge fait la une des journaux, interpelle. Ce cancer, c’est le suicide. Il fait des ravages parmi les forçats de la terre. En France, le risque de suicide est plus élevé chez les exploitants et salariés agricoles, sous la pression du surendettement, mais aussi du stress, de l’isolement ou encore du célibat… Face à cette situation dramatique, la Mutualité sociale agricole (MSA) a mis en place, depuis 2014, une ligne téléphonique pour venir en aide aux exploitants en détresse. Plus récemment, c’est un élu de Lot-et-Garonne qui entreprenait une marche de plus de 500 km pour alerter la population sur ce fléau longtemps resté tabou, dont s’est emparée la petite commune bretonne de Sainte-Anne d’Auray, qui rend hommage depuis quelques années à ceux qui ont mis fin à leurs jours. Triste constat dans un pays où, selon un sondage paru en février, 85% des Français ont une bonne ou très bonne opinion des agriculteurs.

À lire : Agriculteurs, les raisons d’un désespoir (Plon).