© Aziz Mébarki

Cumulant plusieurs vies en une seule, Hubert Barth est à la fois un entrepreneur insatiable et un sportif invétéré. Lui ne conçoit pas l’existence ni son équilibre autrement. À 72 ans, tout en présidant le Rugby Club de Metz, il a mis au point un isolant naturel qui résiste sérieusement au feu. Révolution tous terrains !

Il est à peine plus de 8 heures, en ce frais matin de mai, et Hubert Barth, barbe blanche de trois jours savamment entretenue, est déjà affairé à son bureau du centre-ville de Metz. Rien d’anormal, direz-vous, pour un chef d’entreprise en pleine activité, attentif à ses projets et à ceux qui les accomplissent. Mais ce patron-là fêtera dans quelques jours ses 72 printemps, et son départ officiel à la retraite date déjà d’une petite douzaine d’années ! « Je n’ai jamais été inactif et je ne l’envisage pas ! », lance-t-il comme pour clore le sujet. Point, à la ligne.

Le jour de sa retraite, ou au pire le lendemain, Hubert Barth a monté une société de conseil industriel, HB Consulting. C’est vers lui par exemple qu’EDF s’est tournée pour trouver à qui confier la maintenance et la rénovation de la partie thermique des tours de Cattenom. En 2016, Hubert Barth a lancé Isolfeu-Création : une structure dont le but est de mettre au point une mousse isolante qui résiste au feu et évite la propagation des incendies. En point de mire, une sorte de couronnement implicite pour ce septuagénaire qui n’en a pas l’air : ingénieur parti d’un BTS en électrotechnique obtenu à la fin des années 60, il a touché à tout un tas de domaines au cours d’une carrière l’ayant vu prendre des responsabilités dans une demi-douzaine d’entreprises, comme Clemessy ou Technilor, une filiale de Prezioso, le géant français de la peinture industrielle : électricité, climatisation, alarmes, revêtements spéciaux… « Par exemple, indique-t-il, j’ai introduit des techniques venues d’Allemagne pour réaliser les contrôles anticorrosifs. J’ai le goût du progrès, le sens pratique et la capacité de m’adapter rapidement à toutes les technologies. » Le crâne est lisse, mais rempli de trois tonnes de savoirs et, à peu près, d’autant d’idées !

Né à Schiltigheim, banlieue de Strasbourg, deux ans après la fin de la dernière guerre mondiale, d’une mère au foyer et d’un père représentant chez Ricard (« Comme mes deux frères après lui ! »), Hubert Barth concède à la fois « n’avoir jamais trop aimé les études ni raté un examen ». Des facilités naturelles pareillement exprimées sur d’autres terrains : sportifs ceux-là. « Je me suis toujours épanoui dans le travail, résume-t-il, mais avec le sport pour passion complémentaire et, certainement, indispensable. »

Solide gabarit d’un mètre soixante-seize, Hubert Barth a d’abord joué les derniers remparts : au foot, mais son dos ne supportait pas les plongeons incessants, puis au handball. À croire que le meneur d’hommes qui sommeillait en lui s’y est révélé à toute vitesse : à 20 balais, « Je me suis toujours épanoui dans le travail, mais avec le sport pour passion complémentaire et, certainement, indispensable. »il devenait entraîneur de son équipe, dirigeant des joueurs de 15 ans plus âgés que lui ! Évoluant au plus haut niveau régional, enquillant les clubs comme, plus tard, les entreprises, Hubert Barth a fini par rejoindre La Robertsau, l’un des clubs mythiques de Strasbourg : entraîneur bénévole en Nationale 2 (le troisième échelon français), il a lui-même cédé sa place : « J’avais déjà des responsabilités professionnelles, je sortais du boulot à 20 heures, j’allais directement à l’entraînement sans avoir préparé ma séance. Ce n’était pas sérieux, j’ai dit stop ! » Plus tard, dans les années 1980, le même homme a pris la présidence du même club, avec l’ambition d’atteindre l’élite, et la conviction d’y arriver. L’affaire a duré cinq ans, « puis j’ai arrêté du jour au lendemain, comme je sais faire. » En cause : une divergence profonde avec l’adjoint aux sports de l’époque, un certain Robert Grossmann, figure du gaullisme en Alsace, devenu plus tard président de la métropole strasbourgeoise. « Je savais qu’avec lui, nous ne pourrions jamais atteindre le haut niveau… Je me suis mis au tennis. »

Après 40 années passées à Strasbourg, Hubert Barth devient Lorrain par le hasard des affectations, du moins des étapes de sa carrière d’ingénieur-entrepreneur. Il vit pendant une quinzaine d’années à Forbach, puis s’installe à Metz il y a douze ans. C’est ce qui l’amène, cette fois, au rugby. Une histoire de réseau : ses virées à Londres ou Cardiff où il invite des clients à assister aux matches du Tournoi des VI Nations arrivent aux oreilles de dirigeants du RC Metz et voilà que, de « petit sponsor qui donne 1 000 euros pour la saison », Hubert Barth devient président, à une époque particulièrement instable pour le rugby messin. Il faut dire qu’installer le ballon ovale ici est à peu près aussi incertain que la culture du basilic sur une banquise… « Pendant 6 mois, dit-il, j’ai dit non. Puis j’ai fini par dire oui, pour un an. C’était il y a plus de deux ans… »

À la tête du RC Metz, Hubert Barth fait de l’Hubert Barth : « Structurer, fédérer, convaincre, choisir les bonnes personnes aux bonnes places, dépasser les querelles individuelles, rallier un contingent solide de partenaires… A priori, ça suit, et ça avance ! » À un tel point que les rugbymen messins viennent de frôler l’accession en Fédérale 2, le quatrième échelon français, au terme d’une saison historique !

Metz, pour cet Alsacien de naissance, dans tout ça ? « Il y 40 ans, un trou noir qu’on était heureux de quitter. Aujourd’hui, une ville extraordinaire avec une dimension humaine incomparable. J’y resterai… » La région n’a aucun secret pour lui : comme si tout le reste ne suffisait pas, Hubert Barth pratique le cyclisme à raison d’environ 8 000 kilomètres par an. « Rien d’extraordinaire, même si j’ai des prothèses aux deux genoux. 8 000 kilomètres, ce n’est pas rare, même pour quelqu’un de mon âge. La différence, c’est que moi je fais tout un tas d’autres choses ! » Lui arrive-t-il quand même de ne rien faire, en dépit de tout et de lui-même ? « Pas très souvent, et jamais très longtemps. » Sur ce, Hubert Barth se lève et rassemble ses affaires : il doit filer à la gare prendre un TGV pour Paris.


La révolution Isolfire

Avec Philippe Toussaint, un ami chimiste, Hubert Barth a mis au point et développé Isolfire. C’est le nom que les deux hommes ont donné à leur invention : un isolant non seulement naturel et qui, de surcroît, résiste au feu.

Aujourd’hui, les isolants utilisés dans l’industrie et dans le bâtiment (polyurétanes, polystyrènes, laines minérales…) sont issus du pétrole pour les deux premiers, génèrent tous de nombreux perturbateurs endocriniens aux effets néfastes sur la santé et accusent une empreinte carbone déplorable. « Ils isolent très bien, mais sont catastrophiques pour l’environnement et pour la santé, insiste Hubert Barth. Et en plus, ça brûle ! » Depuis 10 ans, avec la société Isolfeu-Création qui emploie sa première salariée (une chimiste), Hubert Barth et Philippe Toussaint travaillent à l’élaboration d’une mousse 100 % naturelle et non combustible, à base d’argile et issue de la chimie verte. Le liant qui compose Isolfire est un excellent retardateur de flammes, une alternative au pétrole que contiennent même les matériaux bio-sourcés. « Non seulement, notre procédé, qui est breveté, n’engendre aucun perturbateur endocrinien, ne libère aucune fibre, n’est issu d’aucun dérivé d’hydrocarbure, ne provoque pas de fumée, mais en plus il est conforme aux attentes en matière de santé publique, de protection des personnes et d’environnement, insiste Hubert Barth. C’est une véritable révolution technologique, qui pourra s’appliquer au bâtiment, à l’industrie, et même aux composites des systèmes de transports ! »

Hubert Barth s’emploie aujourd’hui activement à chercher des investisseurs et des partenaires afin de passer à la phase de l’industrialisation, tout en sensibilisant les acteurs de la filière bois sur les enjeux qu’implique sa découverte, « née de ma curiosité personnelle » et développée avec un chimiste croisé au cours de son parcours professionnel.