© MA Villers-lès -Nancy

Gamin, il voulait être « Björn Borg, ou plutôt Stan Smith ». Dans le sport de haut-niveau, François Werner a finalement opté pour une discipline collective : la politique. Passé par la case « homme de l’ombre », il est aujourd’hui vice-Président de la Région Grand-Est et de la Métropole du Grand Nancy et maire de Villers-lès-Nancy.

On ne saisit pas complètement François Werner si l’on passe outre son goût de l’ombre. De toute évidence ravi et serein dans ses fonctions d’élu, exposé à la lumière, il le fut également dans ses missions de directeur de cabinet, ces redoutables « dircab », hommes de l’ombre parfois plus puissants que les élus ou ministres qu’ils servent. C’est auprès de Guy Drut, ministre des Sports de 1995 à 1997, qu’il dit avoir pris son meilleur pied. Aux côtés de l’ancien athlète, François Werner pilotait une armée de collaborateurs et des dossiers lourds, dont la construction du Stade de France et l’organisation de la Coupe du Monde de 1998. Dans l’ombre, le Villarois a participé à des destins divers : auprès de Robert Badinter, président de la Mission interministérielle pour les Droits de l’Homme, dont François Werner était le secrétaire général, ou de Nicolas Sarkozy, dont il fut conseiller technique au ministère du Budget. Finance, économie, budget, son univers originel : François Werner est Inspecteur général des Finances. Il a notamment dirigé TRACFIN, service de lutte anti-blanchiment du ministère de l’Économie. Combatif et modéré, grouillant d’humour, tel est le Werner composé au présent. Le Werner du temps de son irruption en politique était plus bruyant : « Je suis entré en politique en braillard, en colleur d’affiches. En plus, ça impressionnait les filles ! ». C’était le temps du RPR version Séguin. Fidèle à une droite modérée, François Werner s’est pris au jeu : « par attachement à ma ville [Nancy, où il est né en 1963, NDLA],« J’ai de plus en plus de mal avec la violence politique, c’est pour cela que je suis de plus en plus modéré »j’avais envie de faire de la politique localement, j’avais des choses à dire. A l’époque, j’étais critique sur certains aspects de la politique d’André Rossinot ». Il ouvre une liste dissidente en 2001 à Nancy, puis la retire « après des transactions compliquées ». André Rossinot gardant la main, il fait de François Werner son Adjoint aux Finances et au Budget. Le voilà aux affaires, oui, mais… Un grand classique français veut qu’un politique armé d’ambition prenne la tête d’un bastion. Oui, mais… Nancy est pris. François Werner fait alors un pas de côté, vise Villers, ville mixte, le corps banlieusard, le cœur villageois. Le second coup sera le bon : aux municipales de 2014, il déloge le socialiste Pascal Jacquemin. Cet ancrage affûte sa vision et étoffe son expérience, mixte elle aussi, dans les coulisses ou aux manettes, « élu minoritaire ou majoritaire, de ville-centre ou de banlieue ». En quatre ans, François Werner a marqué la ville de son empreinte et introduit un style, qu’il veut serein, soulignant « la difficulté à débattre posément en France » : « J’ai de plus en plus de mal avec la violence politique, c’est pour cela que je suis de plus en plus modéré ». Il a imposé une méthode et intégré vite les problématiques des villes moyennes : « on a de moins en moins de moyens, donc on travaille différemment d’il y a dix ou vingt ans ». D’une contrainte il fait un challenge et dit aimer ce mandat pour « sa grande proximité, pour l’impact qu’on a plus directement sur les choses ». À la région Grand Est, où il est vice-président chargé de la coordination des politiques européennes, de l’enseignement supérieur et de la recherche, l’embarcation est plus lente. Copilote du paquebot Grand Est, il carbure à la conviction, celle d’abord que « la Lorraine a une longueur d’avance dans un certain nombre de domaines, comme la transition numérique. Le principal problème, il est en nous, on ne sait pas toujours se vendre ». Autre conviction : la nécessité d’asseoir mieux les relations transfrontalières, sans être « satellite » ni se limiter au rôle de « pourvoyeur de main d’œuvre ». Des enjeux d’avenir qu’il connaît aussi à l’échelle de la Métropole nancéienne où il supervise des matières en  ébullition, dont le numérique. Le braillard est devenu boulimique, mais un boulimique qui se soigne à l’équilibre familial : « J’ai une femme que j’aime, des enfants, des petits-enfants, donc j’ai posé des règles ». Quatre jours tous les deux mois, il part, coupe la lumière et goûte à nouveau l’ombre.