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Si demain François Hollande décidait de ne pas se représenter à l’élection présidentielle, ou si – scénario largement envisageable – il était tout simplement battu, il pourra écrire avec son propre sang, sur les murs de l’Elysée : « Macron m’a tuer… » L‘actuel Président de la République l’imaginait sans doute déjà, lorsqu’il répondait le 14 avril 2016 à la presse, qu’il ne craignait pas son ancien ministre de l’économie, dans la mesure où celui-ci savait ce qu’il lui devait. Une affirmation qui était, somme toute, déjà un aveu d’impuissance de la part d’un homme politique formé à l’école du mitterrandisme, celle qui sait que la trahison constitue, sur le chemin escarpé du pouvoir, un meilleur point d’appui que la reconnaissance.

Toujours est-il qu’Emmanuel Macron est désormais En Marche sur ce chemin et qu’il constitue un caillou dans la chaussure présidentielle. À moins que François Hollande – scénario de moins en moins probable – ne se retire de la course, au profit de ce candidat aux allures de jeune premier. Une manière d’ouvrir grande la route à ce meilleur ennemi et ainsi sortir brillamment de scène pour mieux entrer dans l’Histoire et faire, par la même, la pige à ceux – nombreux – qui l’ont trahi depuis 2012. Mais, quel que soit le plan machiavélique échafaudé par le locataire de l’Elysée, Emmanuel Macron constitue pour lui un obstacle majeur.

Tout d’abord, il est celui qui incarne des valeurs dont il pourrait avoir besoin le moment venu : une forme de modernité et de tradition, enchâssée dans un sourire rassurant à la Lecanuet, capable de séduire l’électorat de la jeunesse sans inquiéter les seniors.

Ensuite, parce qu’il doit encore faire ses preuves, son expérience du pouvoir ayant été, pour le moment, de courte durée et que son bilan est encore par trop virginal. C’est, assurément, une relative faiblesse.

Enfin, parce que les annonces programmatiques qu’Emmanuel Macron va devoir faire pourraient constituer un vivier de propositions dans lequel François Hollande n’hésitera pas, au moment le plus opportun pour lui, à puiser sans vergogne, afin de nourrir sa propre démarche. Pour le leader du mouvement En Marche, la ligne de crête est étroite et le place dans une position de nature à réconcilier les Anciens et les Modernes : il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne…Une manière de constater que, pour le leader du mouvement En Marche, la ligne de crête est étroite et le place dans une position de nature à réconcilier les Anciens et les Modernes : il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne…

Car pour avoir rendez-vous avec le pays, comme le veut l’élection clé de voûte du système institutionnel français, pour faire se rencontrer « un Homme et un peuple », il faut une sacrée alchimie ! Il ne suffit pas de gérer, avec adresse et talent, une communication qui allie les « vieux » médias et le marketing digital. Il est insuffisant de faire la Une de Paris Match tout en occupant la Toile.

Macron en est conscient, qui a fait précéder sa démarche d’une longue campagne de porte à porte, menée dans tous les quartiers de France, par une armée de militants, jeunes, brillants, à l’écoute, pour approcher au plus près les attentes citoyennes. « Dites-moi ce que vous attendez, je vous montrerai le chemin pour y arriver », tel pourrait être le slogan de cet espoir de la politique française dont on aimerait qu’il incarne une France nouvelle, tournée vers l’avenir, ouverte sur sa jeunesse et capable d’embrasser la mondialisation.

Mais pour ce faire, il faut passer le cap de la posture et de l’attitude, pour atteindre celui de la crédibilité du fond. Une gageure, quand on n’a que trente-neuf ans et que l’on doit évoluer au milieu d’une gérontocratie politique à la française, engluée dans ses habitudes et ringardisée par sa déconnexion du monde. Emmanuel Macron ira-t-il jusqu’au bout, saura-t-il rassembler toutes les forces de progrès dans une nation à la fibre conservatrice plus prompte à être « ni de gauche, ni de droite » alors que l’intéressé prône le « et de droite et de gauche » ? La question est encore trop en suspens.

A fortiori parce qu’Emmanuel Macron reste encore, pour beaucoup, une énigme. On le reconnaît sans le connaître. On sent bien qu’il y a chez cet homme aux talents certains et à l’assurance affichée, un véritable potentiel, une réelle envie et une sincère appétence à la chose publique. Mais la mue n’est pas encore totalement achevée. Il faut transformer désormais le technicien en bête politique. Car l’élection présidentielle est une machine à broyer qui suppose une force physique, mentale et morale, exceptionnelle.

Les murs porteurs sont-ils suffisamment solides derrière cette façade impeccable pour consolider la maison France ? La réponse à cette question doit être sans équivoque pour gagner en crédibilité. C’est sans nul doute ce que François Hollande cherche à tester pour, au moins espérer en lézarder le crépi. C’est à cela que l’on mesurera si Emmanuel Macron peut incarner, plus qu’un projet, une espérance.