Plusieurs fois médaillée aux championnats du monde et d’Europe Handisport, la Thionvilloise Anita Fatis prépare les Jeux Olympiques de Rio.
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Atteinte de sclérose en plaques depuis l’âge de 26 ans, Anita Fatis, 51 ans, est aujourd’hui bardée du statut de championne. Elle est symbole, exemple et preuve. (©-Stéphane-Thévenin)

Elle est un joli mélange, un duo à elle seule. D’un côté, la détermination, la force, l’envie. De l’autre, un regard clair, lucide, une douceur, une beauté simple des mots, et puis le doute, auquel carburent tous les grands champions. Anita Fatis est revenue des championnats du monde – c’était en juillet dernier, à Glasgow – avec un sentiment plus que mitigé. « Ma maladie a progressé », explique-t-elle sobrement. Pendant les championnats, ce sont ses filles, Élise et Émilie, animatrices de sa page Facebook, qui renseignaient les fans, quasiment en direct. 19 juillet, premier message : « 100 mètres libre, 3ème de sa série, 5ème au général !  RDV à 21 heures pour la finale. Allez Anita ! Tous avec toi ». Second message, quelques minutes plus tard : « Malgré des entraînements très productifs, la maladie prive maman de performance en attaquant son bras gauche. Son efficacité dans les nages en est affectée (…) Elle se voit dans l’obligation de déclarer forfait pour la finale de ce soir. » Anita Fatis est atteinte de sclérose en plaques depuis l’âge de 26 ans – elle en a aujourd’hui 51 –, une maladie qui l’a frappée de manière progressive. La dépression est venue s’ajouter au verdict médical, surtout à partir de 2006 où ses jambes faiblissaient davantage. La réponse aux maux qui bouleversent alors sa vie se trouve dans l’eau, la natation, le sport ; une idée soufflée par son mari. Elle plonge, s’entraîne, progresse, en demande, en redemande, avant d’atteindre les dessus de podiums : « Aujourd’hui, le handisport est médiatisé, surtout depuis les JO de Londres. Mais nous, les anciens, on n’a pas trop l’habitude de ça » .deux médailles de bronze au championnat du monde de 2010, une médaille d’argent, et une autre de bronze au 50 mètres libres, l’année suivante, au championnat d’Europe. « A star is born », dit-on dans les milieux où la compétition règne. Pas sûr qu’Anita Fatis perçoive ainsi sa carrière. Elle est d’une génération où le handisport n’avait pas encore croisé la notoriété : « Aujourd’hui, le handisport est médiatisé, surtout depuis les JO de Londres. Mais nous, les anciens, on n’a pas trop l’habitude de ça » explique la jeune quinqua. « Quand j’ai démarré en 2007, on ne me voyait pas comme une sportive, on me voyait comme une handicapée dans l’eau. Un an plus tard, les gens venaient me voir. » L’eau a coulé vite dans les bassins. Elle est aujourd’hui bardée d’un statut de championne, elle est symbole, exemple et preuve. Preuve qu’ à force de volonté… Sportive aimée, entourée, encouragée, alignant les succès, elle n’en subit pas moins cette sorte de double peine, propre aux « handisportifs » : assurer sur le mental – classique, dirons-nous – de tout sportif de haut niveau, mais agir aussi pour écarter la maladie, quelques minutes, de sa pensée. « Le mental, c’est essentiel. En compétition, il faut se concentrer sur l’instant, pour faire abstraction de tout ce qui se passe autour, les bruits notamment » explique Anita Fatis, avant de préciser qu’il lui arrive de perdre confiance en elle « par rapport à la maladie ». Une sincérité fraîche se dégage de tous ses propos.Dans un an, elle entend bien gravir quelques marches à Rio. Une, deux ou trois ?… Y compris lorsqu’elle aborde son mandat d’élue municipale à Thionville, qu’elle a récemment abandonné : « Je ne suis pas du tout politique. Madame Grommerch [NDLR : député-maire de Thionville] l’a parfaitement compris, elle m’a alors proposé d’intégrer une commission sur le handicap ». À Thionville, Anita est également entraîneur, au centre de loisirs nautique de la ville, « pour des gamins valides », dans les bassins où elle s’entraîne elle-même. Une nouvelle charnière se profile à l’horizon de sa vie, celle qui séparera l’avant et l’après de sa carrière professionnelle. Après les Jeux Olympiques, elle y mettra un terme. Aujourd’hui, elle se concentre sur la préparation de l’événement, dont le dernier en date, à Londres, en 2012, l’a plantée sur la place la plus rageante, la quatrième. Dans un an, elle entend bien gravir quelques marches à Rio. Une, deux ou trois ? Quoi qu’il advienne, Élise et Émilie seront là pour nous dire tout de l’escalade de maman. Et de son retour, dont tout Thionville rêve, dans le Top 3 mondial.